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Colloque Asie centrale et Caucase (jeudi 25 mars 2010)

Table des matières


 

Actes du colloque SÉNAT - UBIFRANCE

Voir plus loin ensemble en Asie centrale et au Caucase

Jeudi 25 mars 2010
Palais du Luxembourg

 

 

 

Tribune à l'ouverture

M. André DULAIT

M. Alain COUSIN

     

 

 

 

M. Aymeri de MONTESQUIOU

Salle Clemenceau

Président DULAIT et la délégation du Parlement ouzbèke

Ouverture

André DULAIT,
Sénateur des Deux-Sèvres

Il me revient l'honneur d'ouvrir cette séance. Je commencerai mon propos en saluant la délégation du Parlement ouzbèke et en lui souhaitant la bienvenue au Sénat français.

André Dulait donne lecture d'une déclaration de M. Gérard Larcher, Président du Sénat : 

«Madame et Messieurs les Présidents, Messieurs les Ambassadeurs, Chers collègues, Mesdames, Messieurs,

Le Sénat est heureux d'accueillir, pour la quatrième année consécutive, cette rencontre sur les pays du Caucase et de l'Asie centrale.

Nos Chefs de mission économique soulignent à juste titre leur position stratégique, pour l'Orient comme pour les États occidentaux. Je ne doute pas que nos travaux confirmeront leur analyse.

Permettez-moi, avant tout, de saluer chaleureusement la délégation du Parlement d'Ouzbékistan qui nous fait l'honneur d'être parmi nous ce matin.

Conduite par Mme Mavjuda Rajabova, vice-présidente du Sénat d'Ouzbékistan, cette délégation est reçue en France à l'invitation du groupe d'amitié France-Asie centrale, que préside avec dynamisme mon ami André Dulait.

Bien entendu, j'associe à ces remerciements les deux autres groupes d'amitié France-Caucase et France-Arménie, qui ont contribué à l'organisation de cette rencontre, ainsi qu'Ubifrance, avec qui notre assemblée a engagé une fructueuse collaboration il y a maintenant plus de dix ans.

Le Caucase et l'Asie centrale sont des régions avec lesquelles le Sénat entretient des liens anciens et réguliers. Longtemps méconnus du public français, ces ensembles géographiques se hissent dans le peloton de tête des puissances émergentes, servis par une population dynamique et bien formée, et, pour plusieurs d'entre eux, par des ressources extractives exceptionnelles.

Rien de surprenant, dans ces conditions, que sur ses deux rives, le bassin de la Caspienne revête désormais une importance stratégique pour l'Union européenne, tant sur le plan économique que du point de vue de sa sécurité internationale.

Certes, la situation propre de chacun des huit pays concernés diffère tant sur les plans politique, démographique ou culturel, que du strict point de vue économique.

Mais dans l'ensemble, ils constituent un vaste espace de croissance, où se forge un marché intérieur soutenu par la montée en puissance d'une classe moyenne ouverte aux produits étrangers.

Les entreprises européennes -et françaises, en particulier- auraient tort de rester à l'écart d'un courant de développement hautement prometteur.

A l'exception de quelques grands groupes, nos compagnies ne semblent pas encore avoir bien pris la mesure de ces évolutions et gagneraient à s'investir plus activement dans une compétition où elles disposent d'excellents atouts.

C'est d'autant plus vrai que tous ces États ont aujourd'hui en commun un fort tropisme pour l'Europe, à la fois en tant que modèle de développement et comme zone d'influence susceptible d'équilibrer celles de leurs grands voisins, russe et chinois notamment.

Dois-je rappeler, par exemple, que pour la première fois depuis sa création, l'OSCE est aujourd'hui présidée par l'un d'entre eux, le Kazakhstan ?

Plusieurs de ces États sont aussi membres du Conseil de l'Europe : ce sont autant de points communs, avec tous les progrès qu'on peut en attendre sur le plan des droits de l'homme et des libertés fondamentales, propices à la mise en place de partenariats et des solidarités durables.

Le Caucase et l'Asie centrale comptent beaucoup d'amis fidèles dans les rangs des sénateurs : soyez assurés que pour ce qui la concerne, notre assemblée sera à vos côtés dans une démarche à laquelle, de toute évidence, notre pays a beaucoup à gagner.

Je souhaite à nos collègues ouzbèkes un excellent séjour en France, et à tous de fructueux travaux au Palais du Luxembourg. »

André COUSIN,
Président d'UBIFRANCE

Monsieur le Président, Chers amis, Monsieur le Ministre, Messieurs les Ambassadeurs, Mesdames et Messieurs les Sénateurs, Mesdames, Messieurs,

Je me réjouis d'ouvrir ce colloque, signe d'une collaboration toujours aussi étroite entre la Haute Assemblée et Ubifrance. Je remercie vivement Monsieur le Président de nous accueillir dans ce cadre si prestigieux du Palais du Luxembourg.

Je souhaiterais saluer la présence dans l'auditoire de M. Giorgi Karbechlachvili, vice-ministre du développement économique de Géorgie, S. Exc. Amirbayov, ambassadeur d'Azerbaïdjan, et S. Exc. Danenov, ambassadeur du Kazakhstan, qui non seulement nous honorent de leur présence à ce colloque mais ont également accepté de venir nous dire leur vision des choses et échanger avec les participants.

Nous honorent également par leur présence aujourd'hui, S. Exc. Aloev, ambassadeur d'Ouzbékistan, S. Exc. Mamuka Kudava, ambassadeur de Géorgie. MM. Karibjanov, co-président du Fonds Samruk-Kazyna et co-président du Conseil des affaires franco-kazakhstanais et Bakhtier Irmatov, directeur de l'agence Uzinfoinvest d'Ouzbékistan, n'ont finalement pu être des nôtres aujourd'hui et m'ont demandé de les excuser auprès de vous.

Le succès de la réunion d'aujourd'hui est une nouvelle preuve du grand intérêt des entreprises françaises pour cette région du monde. Je vous remercie tous d'être venus.

Notre action d'information sur l'Asie centrale et le Caucase est menée depuis plusieurs années en partenariat régulier avec le Sénat, soit par des colloques au Palais du Luxembourg, soit par l'accueil régulier à Ubifrance de sénateurs comme M. Aymeri de Montesquiou, représentant du Président de la République pour l'Asie centrale et président délégué pour le Kazakhstan du groupe interparlementaire d'amitié France-Asie centrale.

Il est important de rappeler que cette collaboration entre le Sénat et Ubifrance a maintenant un peu plus de dix ans. Elle a débuté le 4 février 1997 par un premier colloque préparé en commun sur la Géorgie, un des pays qui nous intéressent à nouveau aujourd'hui. Depuis 1997, pas moins d'une douzaine de colloques, alternativement au Sénat ou à Ubifrance, ont été organisés sur tout ou partie de cette région du monde, Caucase et Asie centrale.

Qu'est-ce qui justifie cette persévérance ? Au-delà des différences importantes entre les pays qui la composent comme la présence, ou non, de ressources naturelles, la région qui s'étend du Caucase à l'Asie centrale est confrontée à des défis communs et présente des opportunités similaires.

La plupart des pays qui nous intéressent aujourd'hui sont parvenus à limiter les effets négatifs de la crise financière et de la chute des cours des hydrocarbures, pour ceux qui en sont producteurs. Si la situation a été délicate en 2009 pour l'Arménie et la Géorgie, l'ensemble des pays du Caucase et de l'Asie centrale devraient enregistrer une croissance positive en 2010. Ces États demeurent donc des relais de croissance importants avec de réelles capacités de rebond.

En termes sectoriel, il est essentiel, tenant compte notamment de l'importance des domaines traditionnels d'activités de nos entreprises, de ne pas négliger les secteurs moins communs, comme celui des biens de consommation, qui émergent assez clairement ces dernières années. De manière traditionnelle, ces pays restent bien sûr intéressants pour leurs grands projets énergétiques. L'implication de Total, de GDF Suez ou encore d'Areva au Kazakhstan ou en Azerbaïdjan reflète le potentiel de ces pays en la matière.

Cependant, l'exploration-production n'est pas le seul débouché offert par le secteur. En effet, ces pays riches en matières premières ont besoin d'infrastructures parapétrolières. A cet égard, le projet d'oléoduc porté par Spiecapag au Kazakhstan est révélateur. Par ailleurs, l'aval pétrolier présente des perspectives de développement intéressantes. Les pays producteurs souhaitent en effet valoriser leur production, ce qui implique la construction d'unités de transformation avec des savoir-faire modernes dont disposent les entreprises françaises. Enfin, le secteur énergétique offre des débouchés intéressants pour l'ensemble des services ou équipements connexes tels que la restauration collective, les transports en hélicoptères ou l'imagerie satellitaire.

Un autre secteur traditionnel et structurant au niveau régional est celui des infrastructures. Les besoins en matière d'eau, d'énergie, d'environnement et de transports sont très importants et concernent l'ensemble des pays de la zone. D'importants contrats ont déjà été remportés par des entreprises françaises, notamment CNIM en Azerbaïdjan pour la construction du centre de traitement des déchets de Bakou ou encore Pharmex et Sade en Arménie dans le secteur de l'eau.

Mais tout, ou presque, reste à faire ou tout simplement à refaire. Le savoir-faire des entreprises françaises, qu'il s'agisse des grands groupes, des cabinets d'ingénierie ou des PME, n'est plus à démontrer dans ces secteurs. Il s'agit bien souvent de priorités clairement affichées par les autorités gouvernementales dans la mesure où ces projets expriment aussi bien des nécessités sociales qu'économiques.

A cet égard, 2010 est en Azerbaïdjan l'année de l'environnement et le gouvernement souhaite développer d'ambitieux projets dans ce domaine tout au long de l'année. De son côté, le Kazakhstan est de plus en plus sensible à la problématique des économies d'énergie et des énergies renouvelables, ayant récemment mis en place un cadre législatif favorisant le développement de ce secteur. Enfin, le Kirghizstan et le Tadjikistan disposent d'un potentiel hydro-électrique que les gouvernements souhaiteraient développer.

Le secteur agricole et agroalimentaire est également au coeur des priorités gouvernementales. Les pays de la région ont, ou avaient, un potentiel agricole non négligeable - céréales au Kazakhstan, coton en Ouzbékistan ou au Turkménistan, fruits et les légumes dans le Caucase. Suivant la même logique que pour les hydrocarbures, ces pays veulent à présent développer leurs capacités de transformation. Là encore, le savoir-faire des entreprises françaises n'est plus à démontrer. La réussite de la Thalys et de Soufflet au Kazakhstan ainsi que l'installation de Danone dans ce pays témoignent des possibilités existantes dans un secteur qui reste à développer dans l'ensemble des pays qui nous intéressent.

Enfin, il me semble essentiel de revenir sur l'un des aspects qui est amené à devenir l'une des clés de la réussite dans l'ensemble de la région : le transfert de technologies. Les pays de la région Caucase-Asie centrale n'aspirent plus à être de simples marchés de débouchés. Ils souhaitent également, et à juste titre, développer des filières de production à valeur ajoutée, ce qui passe par un transfert de technologies. Ils sont ainsi de plus en plus sensibles à l'approche globale de leurs partenaires commerciaux et donnent la priorité aux projets susceptibles de favoriser l'émergence de lignes de productions locales. Ce critère est certainement appelé à prendre de plus en plus d'importance dans le futur.

Les enjeux cités constituent à des degrés divers des problématiques communes aux pays de la région. L'Union européenne et les bailleurs de fonds multilatéraux ont d'ailleurs axé leur stratégie sur ces aspects régionaux pour lesquels ces pays seront amenés à coopérer, voire coopèrent déjà. Si chaque pays présente ses spécificités, il est important d'avoir à l'esprit cette dimension globale à l'approche de l'un de ces marchés.

L'après-midi sera consacré à un échange d'expériences et à des débats que nous souhaitons aussi interactifs et approfondis que possible. Les tables rondes d'experts et d'hommes d'affaires, qui seront consacrées au Caucase et à l'Asie centrale, seront présidées par nos partenaires dans l'organisation de colloque : les chefs des services économiques d'Astana et de Bakou, Jean-Jacques Guillaudeau et Daniel Patat, ainsi que le sénateur Aymeri de Montesquiou.

Je les remercie tous pour leur participation, sans oublier l'appui apporté à l'organisation de ce colloque par Diane Douville, attachée économique au service économique à Tachkent, et Gaëlle Assayag, responsable géographie Asie centrale-Caucase à la direction générale du Trésor.

Je voudrais rappeler que l'action d'Ubifrance sur cette région du monde prend également d'autres formes telles que la présence de trois pavillons français au salon de Kazbuild à Almaty, du 7 au 10 septembre 2010. Je tiens par ailleurs à signaler certaines publications récentes d'Ubifrance : S'implanter au Kazakhstan et en Ouzbékistan, paru en 2009, et Ouzbékistan 2008-2009.

Je remercie l'ensemble des intervenants qui se sont associés à ce colloque et dont plusieurs ont fait le déplacement depuis ces pays pour nous les présenter. Je souhaite adresser un remerciement tout particulier à la délégation permanente de la République d'Ouzbékistan auprès de l'Unesco pour sa participation à cette journée.

Giorgi KARBELASHVILI,
Vice-ministre du Développement économique de Géorgie

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Sénateurs, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Mesdames et Messieurs, Chers amis,

En premier lieu, je voudrais vous saluer et remercier le Sénat et Ubifrance de me permettre de m'exprimer aujourd'hui, devant vous, et de vous parler de mon pays, la Géorgie. Je voudrais aussi remercier l'ambassade de France en Géorgie et son service économique avec qui nous collaborons très efficacement, avec la volonté d'approfondir et d'intensifier tous les domaines de coopération entre nos deux pays.

Depuis plusieurs années déjà, la Géorgie conduit une politique extérieure prioritairement orientée vers le développement de relations économiques mutuellement avantageuses. Une croissance économique stable constitue une base fondamentale du développement national. C'est pourquoi le gouvernement géorgien poursuit intensément des réformes démocratiques et ne ménage pas ses efforts pour que la Géorgie entre dans la famille européenne et devienne membre à part entière de l'Europe et des institutions euro-atlantiques.

Des réformes économiques importantes ont été réalisées avec succès. Elles avaient pour objectif la création d'un environnement attractif pour les affaires et les investissements. La stratégie du gouvernement géorgien et les mesures prises dans un passé récent pour lutter contre la corruption ont favorisé la création d'un service public efficace, professionnel et transparent.

Le développement des entreprises privées par la création d'un environnement favorable pour les affaires est l'un des objectifs les plus importants de la politique économique du gouvernement géorgien. Les réformes économiques réalisées dans un premier temps visaient la libéralisation et le développement du secteur privé. Le gouvernement géorgien a fait des pas très importants dans cette direction.

Conformément au code fiscal actuellement en vigueur, le nombre et le taux des impôts ont sensiblement diminué. Les procédures de délivrance des licences et des autorisations ont été considérablement facilitées. Les réformes du système de régulation technique et de la douane ont facilité les procédures d'exportation et d'importation. Une loi sur les zones franches, visant à libéraliser davantage l'environnement pour les investissements dans le pays et à tirer ces derniers, a été adoptée. A l'initiative du gouvernement géorgien ou d'un investisseur privé, elle autorise la création d'une zone de ce type sur une superficie minimale de 10 hectares. Le processus de privatisation se poursuit activement afin de développer le secteur privé et d'attirer des investissements étrangers.

Citons deux exemples et en premier lieu le processus de privatisation en cours dans le secteur de la santé publique. Les hôpitaux sont offerts à des investisseurs sur la base de cahiers des charges de services de santé précis visant à garantir le meilleur service à l'ensemble des Géorgiens. Le deuxième exemple concerne l'agriculture, avec la privatisation des terres agricoles et des forêts qui vise à relancer la dynamique dans ce secteur.

Les évaluations de différentes organisations et institutions internationales classent la Géorgie en bonne place, attestant de la réussite de cette politique économique libérale. De fait, si la Géorgie occupait la 137ème place sur la liste de la Banque Mondiale pour la facilité de l'exercice des affaires en 2003, elle s'est hissée aujourd'hui au 11ème rang. Par ailleurs, la Géorgie figure en quatrième position mondiale selon l'indice Forbes de la pression fiscale la plus faible pour l'entrepreneur.

Pour en venir à la seconde étape du processus de réformes, je voudrais souligner l'initiative de notre Président de la République annoncée il y a quelques mois concernant les lois constitutionnelles connues sous le nom d'« axe de la liberté économique ». Cette initiative entend démontrer et garantir une fois encore que la Géorgie est un pays où l'irréversibilité de l'orientation économique libérale est protégée par la loi suprême.

En ce qui concerne les domaines de développement prioritaires, je voudrais distinguer l'agriculture et le tourisme. En effet, la Géorgie offre des conditions particulièrement avantageuses en matière agricole. Véritables jardins, potagers et vignobles du Caucase, les campagnes géorgiennes ne demandent qu'à renaitre et à se convertir en producteurs de qualité susceptibles de s'élever aux meilleurs standards européens.

Des industriels français y produisent déjà d'excellentes boissons. D'autres pourraient contribuer à accroitre et à valoriser leur potentiel agroalimentaire d'autant plus aisément que l'environnement règlementaire de l'investissement est l'un des plus ouverts, des plus stables et des plus prévisibles de la région. N'oublions pas que la Géorgie, qui aspire à conclure rapidement un accord de libre échange approfondi et étendu avec l'Union européenne, est aussi membre de l'Organisation Mondiale du Commerce.

La Géorgie se présente aussi comme l'une des meilleures destinations touristiques du Caucase. A ce titre, elle peut proposer de nombreuses offres aux visiteurs et, de ce que point de vue, constitue un objectif intéressant pour les investisseurs. La culture nationale, l'histoire, les traditions populaires particulièrement riches alliées à des conditions climatiques très variées, font de la Géorgie un pays tout à fait remarquable en matière de développement touristique.

La Géorgie dispose en particulier d'un grand potentiel de développement en matière de sports et de tourisme d'hiver. Son domaine skiable est considérable et plusieurs stations de ski sont d'ores et déjà actives. De ce point de vue, je voudrais mettre en exergue la station de Bakouriani qui est très populaire dans le Caucase et qui pourrait devenir une station hivernale et estivale d'envergure internationale. L'étude de faisabilité effectuée il y a quelques années par la compagnie française Les Arcs l'a démontré. Selon celle-ci, moyennant la réalisation d'un investissement convenable, cette station présente toutes les qualités pour se porter candidate à l'organisation des Jeux Olympiques d'hiver. Les vallées riantes, les vignobles, les plaines, les stations balnéaires de la mer Noire, les sites historiques et religieux, témoignages d'une histoire plus que millénaire, offrent encore bien d'autres possibilités qui font de la Géorgie une nation d'exception pour des investisseurs et des opérateurs de voyages avisés.

Chers amis, je voulais vous dire en conclusion tout mon plaisir de me trouver parmi vous aujourd'hui. Je suis venu pour établir et renforcer des contacts et des liens avec vous et vous assurer que la Géorgie vous attend, fière de sa grande tradition d'accueil et de fidélité dans ses amitiés. Merci.

Elchin AMIRBAYOV,
Ambassadeur de la République d'Azerbaïdjan en France

Monsieur le Président, Monsieur le Député, Monsieur le Ministre, Chers collègues, Mesdames et Messieurs, Chers amis,

Permettez-moi tout d'abord de remercier le Sénat et Ubifrance de m'avoir proposé de participer à ce colloque dont l'organisation est une nouvelle manifestation de l'intérêt et de l'importance que la France attache aux relations avec des pays du Caucase du Sud et de l'Asie centrale. Je voudrais aussi remercier l'ambassade de France à Bakou et son service économique pour leurs efforts visant au développement de relations économiques approfondies entre nos deux pays. Je me réjouis notamment de la présence de M. Patat, chef du service économique à Bakou.

L'une des priorités de la politique extérieure de l'Azerbaïdjan est le développement et l'approfondissement de relations stables et pragmatiques avec les pays de l'Europe. L'intégration en Europe est l'un des principaux objectifs de notre politique étrangère. Nous entretenons avec la France, en particulier, d'importantes relations économiques et un excellent dialogue politique. La France est un pays très important dans la mesure où elle s'engage comme présidente du groupe de Minsk de l'OSCE et nous aide à régler notre conflit avec l'Arménie.

Aujourd'hui, des sociétés françaises comme Total ou GDF Suez sont déjà présentes dans le secteur énergétique. Les banques françaises telles que la Société Générale et BNP Paribas participent quant à elles largement aux projets du secteur non pétrolier. Il convient également de souligner l'intérêt croissant des sociétés françaises pour l'Azerbaïdjan, en particulier pour les secteurs non pétroliers tels que l'assurance, le tourisme, l'agriculture ou la protection de l'environnement.

Le traité bilatéral sur la protection et l'encouragement de l'investissement et le traité bilatéral visant à éviter la double taxation constituent une base juridique importante. L'existence d'un vol direct entre Paris et Bakou est un autre atout pour les cercles d'affaires des deux pays.

Permettez-moi de vous présenter l'environnement économique de l'Azerbaïdjan. Grâce à sa position stratégique entre l'Europe et l'Asie, grâce à ses ressources en hydrocarbures et à son rôle de force motrice dans les projets régionaux, grâce enfin à une main d'oeuvre qualifiée, l'Azerbaïdjan est considéré comme l'un des pays les plus attirants de la région pour l'investissement étranger, surtout dans le secteur non pétrolier. La stabilité macroéconomique de l'Azerbaïdjan et la réputation de Bakou comme la seule capitale-métropole du bassin caspien rendent le pays encore plus attirant aux yeux des investisseurs étrangers.

Je souhaite à présent aborder les évaluations internationales du climat des affaires en Azerbaïdjan et les législations favorisant l'investissement dans le pays. Entre 2004 et 2009, l'économie de l'Azerbaïdjan a presque triplé. Son PIB a presque doublé au cours des dernières années et les experts internationaux le considèrent comme l'un des pays les plus croissants et les plus stables du monde. Pour eux, l'augmentation de la production d'exportation du pétrole et du gaz a constitué l'un des facteurs clés de cette croissance sans précédent.

La forte croissance qui touche le secteur non pétrolier est l'un des signes de la performance économique réussie du pays. Malgré la crise économique et financière en 2009, l'économie de l'Azerbaïdjan a continué de croitre avec un PIB en progression de 9 %. Les secteurs potentiels d'investissement sont la production de pétrole et de gaz, le raffinage du pétrole, la métallurgie, la chimie, la pétrochimie, la construction automobile, l'industrie légère, l'agriculture, le traitement des biens agroalimentaires, la production de vin, les technologies de l'information et de la communication, la construction, le tourisme ou encore la banque. Malgré sa petite taille, l'Azerbaïdjan abrite des climats allant du subtropical au semi-arctique, ce qui crée des opportunités uniques pour l'agriculture et le tourisme.

Selon le rapport Doing business de la Banque Mondiale, l'Azerbaïdjan est passé de la 97ème à la 33ème position mondiale en termes de climat des affaires au cours des deux dernières années. Les réformes ont eu un impact sur des domaines tels que le lancement d'affaires, le recrutement, l'enregistrement des propriétés, l'obtention des crédits, le paiement des impôts et la protection des investisseurs. L'élément clé qui a permis à l'Azerbaïdjan de se hisser au sommet du classement est l'application du principe d'une fenêtre unique pour diminuer les coûts et le temps relatifs à la documentation liée à la fondation d'une affaire. Depuis le 1er janvier 2009, le gouvernement a commencé à appliquer ce principe.

Le rapport de compétitivité globale du forum économique mondial de Davos de 2009 et 2010 a placé l'Azerbaïdjan en 51ème position sur 133 États, le pays ayant gagné 18 places dans un délai d'un an seulement.

Une législation favorisant les investissements directs est en place et évolue conformément aux objectifs stratégiques du gouvernement, qui reflètent la politique de la bienveillance envers les entreprises étrangères.

Les investisseurs étrangers bénéficient du régime de non discrimination et les politiques économiques majeures comprennent un élément d'investissement direct. Par exemple, le gouvernement a levé des restrictions pour la participation étrangère dans le secteur bancaire. Le processus de privatisation est également ouvert aux investisseurs étrangers et les investissements étrangers sont protégés par la loi et par des garanties du gouvernement, y compris contre des changements défavorables dans la législation. Il existe également des garanties contre les nationalisations et les réquisitions, des garanties de restitution de dommages et de rapatriement de profits.

Les investisseurs étrangers sont les bienvenus dans le marché azerbaidjanais, particulièrement sur le projet Greenfield qui devrait être financé à 100 % par des capitaux étrangers. Cela paraît particulièrement attirant si l'on considère les marchés régionaux et la position géographique du pays, qui est à l'intersection des transports de la région caspienne et centrasiatique.

Enfin, l'Azerbaïdjan bénéficie du système généralisé de préférence de plusieurs pays développés comme la Suisse, le Japon, le Canada et les États-Unis. Toutefois, le niveau l'utilisation de ce système dans le pays reste encore faible et il reste un énorme potentiel de production et d'exportation conformément au plan GSP.

J'invite toutes les sociétés françaises intéressées par l'Azerbaïdjan à s'y rendre. Nous sommes prêts à traiter chaque dossier individuellement. Merci de votre attention.

Nourlan DANENOV,
Ambassadeur de la République du Kazakhstan en France

Monsieur le Président, Monsieur le représentant du Président de la République pour l'Asie Centrale, Monsieur le Président d'Ubifrance, Chers collègues, Mesdames et Messieurs,

Tout d'abord, je voudrais remercier le Sénat de la République française et Ubifrance d'organiser ce colloque. C'est pour moi un grand honneur de prendre la parole dans le Palais du Luxembourg, devant un parterre d'hommes politiques, d'hommes d'affaires, de chercheurs et d'experts qui s'intéressent à mon pays et à la région de l'Asie centrale et du Caucase.

Au cours des dernières années, les autorités françaises ont fait en sorte que les représentants des grandes sociétés manifestent le plus grand intérêt pour le développement de la coopération avec le Kazakhstan et prennent des mesures concrètes compte tenu du grand potentiel de la région, notamment dans le domaine de la sécurité énergétique.

La visite au Kazakhstan du président Nicolas Sarkozy en octobre dernier, celle du Premier ministre François Fillon en 2008, du président du Sénat Christian Poncelet en 2006 ou encore la tenue sous la présidence française de l'Union européenne du premier forum de l'Union européenne et de l'Asie centrale en septembre 2008 ont été des événements de grande importance démontrant l'intérêt croissant de la France à l'égard du Kazakhstan.

Le Kazakhstan à son tour construit des relations avec la France, tenant compte des intérêts géopolitiques de long terme. Cette orientation est clairement marquée dans son programme étatique, « la voie vers l'Europe » et stipulée dans le traité relatif au partenariat stratégique signé avec la France. Le programme « la voie vers l'Europe » a un caractère pragmatique : ses principales clauses concernent le développement de la coopération commerciale et économique et la réalisation de projets mutuellement avantageux dans le domaine des transports, de la communication et de l'énergie. Nous sommes très intéressés par l'expérience française en matière fiscale, de gestion douanière, de politique de tarification, de formation des ingénieurs techniciens pour les différentes industries, de transports, d'énergie et d'agriculture.

Aujourd'hui, notre pays a la réputation d'être un partenaire actif, cohérent et prévisible, respectant les principes de la coopération et du dialogue. De plus, grâce au niveau de développement économique qu'il a atteint, grâce à son potentiel et à son activité diplomatique, le Kazakhstan est devenu un acteur performant dans le cadre de plusieurs processus globaux. A cet égard, sa contribution au renforcement de la sécurité régionale et globale et les initiatives qu'il a prises dans le cadre de sa présidence de l'OSCE ont apporté une confirmation convaincante. Nous assumons pleinement notre responsabilité et notre rôle dans le développement durable de la région Asie centrale.

Malgré la crise financière globale, la situation socio-économique du pays reste stable. Le Kazakhstan diversifie son économie et de solides réserves monétaires s'accumulent dans le fonds national. Les gros investissements concernent l'industrie, l'infrastructure et la formation. Je voudrais informer les participants à ce colloque de nos objectifs post crise et de nos priorités économiques. J'aborderai également des perspectives de coopération entre nos deux pays.

Le 29 janvier dernier, le président Nazarbayev a défini les priorités de développement suivantes :

- La préparation au développement de la période post-crise : il s'agit de réaliser l'ensemble des mesures visant à améliorer le climat des affaires, à stabiliser le système financier et à créer une base juridique stable.

- La diversification accélérée de l'économie : il s'agit de développer les secteurs prioritaires tels que le raffinage et l'infrastructure du secteur du gaz et du pétrole, la métallurgie et la production de produits métalliques, la chimie, l'industrie pharmaceutique, l'industrie de la défense, le traitement de la production agroalimentaire, l'industrie de la construction et de la production des matériaux de construction, l'énergie, les transports et les télécommunications.

- Les investissements à venir : il s'agit d'accroître la compétitivité du pays pour assurer une croissance stable de l'économie et garantir la prospérité et le bien-être des kazakhs.

- La population profite des services sociaux et communaux.

- L'harmonie des relations entre ethnies, la sécurité et la stabilité des relations internationales.

Les priorités de la diversification seront mises en oeuvre dans le cadre du programme public de développement accéléré de l'innovation industrielle du pays (2010-2014). Les composantes les plus importantes du programme sont le schéma de l'implantation rationnelle des sites de production et la carte de l'industrialisation régionale et nationale du pays. Le premier permettra à l'État d'élaborer avec le secteur privé des solutions d'investissement raisonnables, la seconde est une liste de nouveaux sites de production en phase de construction ou planifiés.

L'État est prêt à créer les conditions les plus favorables à la coopération avec la France dans ces domaines et à débloquer des investissements publics pour la réalisation des projets. Le gouvernement du Kazakhstan est notamment prêt à garantir les taux de crédit des sociétés. Sur certains projets, il est prêt à octroyer des remises fiscales ou des dégrèvements d'impôts pour stimuler le développement du secteur privé.

Des accords ont été signés avec la France, la Corée du Sud, la Chine, l'Italie et la Turquie. Il s'agit de projets mixtes qui représentent plus de 25 milliards de dollars (production de combustibles pour les centrales nucléaires par les sociétés Kazatomprom et Areva ; construction de la centrale électrique sur le lac Balkhach etc.) Cette année aura lieu à Almaty l'inauguration de la nouvelle usine de production de produits laitiers de Danone. Pour la première fois, nous sommes en train de créer une société mixte complexe de test et d'assemblage d'appareils spatiaux, sans précédent dans les pays de la CEI. Dans le cadre du développement des nouvelles technologies de la communication, la société mixte Thales-Kazakhstan engineering produira des équipements de télécommunications. En collaboration avec la société Sales, nous avons établi un centre franco-kazakh de transfert de technologies qui constituera une base pour la réalisation de recherches communes et pour l'organisation de nouvelles productions de technologies innovantes.

Le climat d'investissement reste globalement favorable. Dans ce cadre, des institutions telles que le Conseil des investisseurs étrangers auprès du président de la République, la Commission mixte Kazakhstan-française pour la coopération économique et le Conseil des affaires Kazakhstan-français ont toute leur importance. La deuxième réunion de cette dernière instance, qui s'est tenue à Astana en février dernier, lui a permis de devenir un terrain ouvert d'échanges sur la question de la coopération commerciale et économique pour les entrepreneurs et le Premier ministre.

Malgré les difficultés, nous entrevoyons des bénéfices à long terme suite à la création de l'union douanière entre le Kazakhstan, la Russie et le Bélarus. Cette union est la première étape de l'Union eurasiatique que notre président Nazarbayev annonçait pour la première fois en 1994.

Il est important, pour le gouvernement français, d'analyser les conséquences et les tendances de ce processus économique intégrateur pour élaborer la stratégie d'échanges extérieurs et d'investissements la plus avantageuse. Avant tout, cette union douanière a formé un marché de 170 millions de personnes, ce qui créera de grandes possibilités pour de nouveaux sites de production.

Pour éviter l'influence négative de l'augmentation des droits de douanes sur l'activité des entreprises qui exercent sur son territoire, le Kazakhstan a décidé d'appliquer le taux le plus bas sur l'importation pendant la période de transition. Le Kazakhstan, grand exportateur de graines, développe actuellement non seulement sa capacité agraire mais aussi ses voies d'acheminement vers le marché extérieur, y compris l'Asie centrale, l'Union européenne, les autres pays d'Asie et le Proche Orient.

L'année passée, nous avons produit 23,1 millions de tonnes de graines, soit un tiers de plus qu'en 2008. En 2006, le Kazakhstan a élaboré une stratégie de transports de long terme qui est devenue le principal document de développement de l'infrastructure de transport du pays. Nous envisageons de réaliser environ 80 grands projets d'investissement pour la somme de 30 milliards de dollars. Nous avons conclu des accords sur des emprunts à hauteur de 3 milliards de dollars avec la Banque Mondiale de la Reconstruction et du Développement, la Banque Européenne, la Banque Asiatique et la Banque Islamique.

En 2009, l'économie du Kazakhstan a surmonté la crise grâce au programme anticrise, aux petites hausses de prix de marchandises d'exportation et à la croissance de la consommation intérieure. L'accroissement du PIB en 2009 a atteint les 1,1 %, l'inflation a stagné à 7,3 %. Il est à noter que le programme anticrise adopté en temps opportun a apporté les résultats escomptés, permettant de créer des emplois et d'améliorer certaines infrastructures locales. Les actifs du fonds national, les réserves d'or des devises du pays ont augmenté fin 2009 pour représenter 52 milliards de dollars.

Lors de la crise financière, l'État est provisoirement entré dans le capital des quatre principales banques du pays par le biais de la holding publique SAMU-Kazinka. Aucune banque au Kazakhstan n'a fait faillite et nous pouvons enfin commencer à parler de redressement progressif du système financier.

La dynamique positive de développement socioéconomique constatée fin 2009 sera préservée en 2010. Selon les pronostics, l'augmentation de taux de croissance réelle oscillera entre 1,5 et 2 %. Le volume de la production de pétrole augmentera de 4,7 %, le volume de la production industrielle de 3,2 %.

Notre coopération bilatérale se développe avec succès dans les différents domaines de l'économie, y compris dans les secteurs de l'énergie, des transports et des activités spatiales compte tenu des positions principales de la France dans le domaine de l'industrie nucléaire, de l'aéronautique, des télécommunications et de la construction de matériaux de transport. Pour le Kazakhstan, il est important de développer des projets compétitifs réels.

Les visites officielles des chefs d'État ont permis de faire un grand pas dans les relations bilatérales économiques avec la signature d'un partenariat stratégique et de plusieurs accords sur la création d'entreprises communes de technologies avancées dans le domaine de l'aviation, de l'espace, du transport, de l'énergie et de la construction. La France, selon les résultats de 2009, occupe la deuxième place parmi les partenaires européens et la quatrième place parmi les partenaires étrangers du Kazakhstan après la Chine, la Russie et l'Italie. Le volume des échanges kazakhstano-français en 2009 a atteint plus de 3,8 milliards de dollars. Le volume total des investissements français dans l'économie du Kazakhstan est de plus de 5,5 milliards de dollars. L'année dernière, les investissements français au Kazakhstan ont atteint près d'1,2 milliards de dollars.

La prochaine visite du président du Kazakhstan en France sera le principal événement de cette année. Dans le cadre de cette dernière, nous envisageons de tenir le forum d'affaires et la troisième séance du Conseil des affaires. Nous prévoyons également de signer des accords intergouvernementaux importants, notamment dans le domaine du développement de l'industrie nucléaire. Avant cette visite, nous préparons la neuvième réunion de la Commission mixte kazahstano-française.

Un accord préalable sur l'organisation de la visite au Kazakhstan de M. Jean-Louis Borloo, ministre d'État, ministre de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de la mer, en charge des technologies vertes et des négociations sur le climat, a été conclu. Cette visite visera à mieux préparer la visite de notre chef d'État en France et contribuera au développement de nouveaux aspects de la coopération dans le domaine de l'énergie.

Les pays d'Asie centrale recèlent des réserves importantes de matières premières, d'uranium et de sources alternatives d'énergie comme le soleil, le vent et l'eau. Il existe ainsi un grand potentiel pour la réalisation de projets mutuellement avantageux.

Enfin, je rappellerai que nous nous trouvons dans un contexte favorable à l'intensification de la coopération économique compte tenu de la situation politique et de la présence de mécanismes bien admis.

Fadi FARRA,
Directeur du programme Eurasie à l'OCDE

Le Président Nazarbayev a récemment rendu visite à M. Karimov en Ouzbékistan. Sur cette base, pensez-vous que les échanges entre ces deux pays pourraient s'intensifier à terme ? Par ailleurs, quel regard portez-vous sur les échanges économiques interrégionaux ?

Nourlan DANENOV

Il existe un grand potentiel de coopération entre nos deux pays et nous sommes sur le point de renforcer nos échanges économiques et commerciaux. Pour favoriser l'investissement étranger dans notre région, nous devons examiner toutes les possibilités du Kazakhstan et de l'Ouzbékistan. Je vous invite à nous rendre visite au Kazakhstan afin que nous puissions poursuivre nos échanges à ce sujet.

Patrick GREGOIRE, Chef de zone export, RAGT Semences

Quels sont les projets du gouvernement du Kazakhstan en matière de développement des semences de tournesol et de maïs, sachant que nous avons des difficultés à inscrire nos variétés au catalogue de l'Etat ?

Nourlan DANENOV

Le mois prochain, une délégation française se rendra au Kazakhstan pour étudier la possibilité de développer une coopération dans le domaine agroalimentaire. Vous aurez alors l'occasion de vous exprimer auprès du ministère de l'agriculture.

Aymeri de MONTESQUIOU

Le développement de l'agriculture est un sujet prioritaire pour le président Nazarbayev. L'équipe qui traite des questions relatives à l'agriculture prendra contact avec vous.

Gérard LOUSSIGNIAN, Responsable de la société France Tech China

J'ai cru comprendre que l'accès aux couvertures Coface pour les PME et les PMI n'était pas si aisé et que le risque revenait souvent aux entreprises.

Alain COUSIN

Je propose d'organiser un rapprochement avec les équipes de la Coface.

Asie centrale, épicentre de sécurité et de prospérité : quand ?

Aymeri de MONTESQUIOU,
Représentant du Président de la République pour l'Asie centrale, Sénateur, Président pour le Kazakhstan du groupe d'amitié France-Asie centrale

J'aurais tendance à dire maintenant, même si cette région suscite encore des craintes. Zone de confrontations bordée de grandes puissances telles que la Chine, la Russie, l'Iran ou encore la Turquie, l'Asie centrale abrite une grande hétérogénéité ethnique et se situe à la jonction des deux « plaques tectoniques » musulmane et chrétienne.

Malgré quelques convulsions au moment de l'indépendance, en particulier au Tadjikistan et plus récemment en Ouzbékistan, malgré la proximité de l'Afghanistan, je considère que la sécurité de la région est acquise. Le développement économique considérable qui s'affirme depuis l'indépendance de cette partie du monde est en effet un facteur apaisant. Ces pays, dont l'économie était entièrement rattachée à Moscou et qui ont dû faire face à une indépendance qu'ils n'avaient pas demandée, se sont brillamment adaptés aux bouleversements économiques et politiques.

Nous pouvons contribuer à la stabilisation de la région en aidant ces États, qui présentent un fort potentiel, à se développer. Ainsi, la prospérité n'est pas un objectif illusoire. Le Kazakhstan va devenir le premier producteur d'uranium au monde et le premier fournisseur d'Areva, avec le Niger. D'ici une douzaine d'années, ce pays, dont le sous-sol recèle tous les éléments du tableau de Mendeleïev, deviendra l'un des plus importants producteurs moyens de pétrole.

Riche en gaz, en uranium, en cuivre et en or, l'Ouzbékistan a une grande tradition industrielle. Fort d'une population qualifiée et éduquée, il est l'un des premiers producteurs de coton du monde. Le Turkménistan affiche un potentiel gazier considérable et deviendra l'un des cinq premiers producteurs mondiaux. Enfin, si le Tadjikistan et le Kirghizstan sont moins gâtés par la nature, ils constituent des châteaux d'eau pour toute la région et présentent un potentiel d'hydroélectricité considérable dans une zone qui est déficitaire en électricité.

La France a l'opportunité de réussir dans cette région car elle peut lui apporter son savoir-faire en matière d'énergie, d'eau, de transports, de médecine et d'environnement. Peu de PME sont sur le terrain alors qu'elles maitrisent un savoir-faire dont les pays d'Asie centrale sont demandeurs.

Il existe des analogies dans les rapports public-privé en France et dans ces pays où le pouvoir exécutif est fort. Il convient de profiter de cette situation et d'utiliser les liens tissés entre les dirigeants pour aboutir à la signature de contrats. Le président de la République m'a chargé de doubler dans les cinq ans à venir les échanges avec cette partie du monde. Je pense que cet objectif ambitieux est atteignable car les fleurons de l'industrie française sont en mesure de répondre aux besoins des États.

Pourquoi la France réussit-elle moins bien que l'Italie, que l'Allemagne ou que la Corée en Asie centrale et au Caucase ? Le Kazakhstan ne souhaite pas que la Chine et la Russie soient omniprésentes sur son territoire et entend se tourner vers l'Union européenne pour parvenir à un équilibre. Les États-Unis sont aussi présents depuis plusieurs années à cause du pétrole, suite à la publication du rapport de Brezinski en 1994 sur la Silk Road.

La France, qui est considérée comme le pays européen ayant la plus grande autonomie politique, a une carte à jouer dans cette partie du monde. Or, les Français réussissent moins bien que les autres car ils ne savent pas travailler « en meute ». Les autres États travaillent collectivement alors que nous avons plutôt tendance à être individualistes. Sur le champ géant de Kashagan, par exemple, dont l'ENI était opérateur, 60 % des PME étaient italiennes.

Je m'adresse à présent aux conseillers économiques pour leur signaler un manque d'informations et un manque de centralisation des données. Peut-être est-il nécessaire de créer un lettre d'information à laquelle pourraient s'abonner les entreprises et les pouvoirs publics? Enfin, les entreprises françaises doivent faire preuve de modestie et apprendre à ne pas considérer que les contrats sont gagnés d'avance.

Comment doubler le chiffre d'affaires de nos entreprises en Asie centrale ? Les technopoles semblent pouvoir apporter une réponse à un double besoin : celui de répondre à la volonté de transfert de technologies de ces pays d'une part ; celui de fédérer les entreprises françaises d'autre part.

J'ai pensé à trois technopoles :

- Une technopole financière, sachant qu'il existe un intérêt en France et au Kazakhstan, celui-ci ayant souffert de la crise économique et ayant été victime des conseils avisés des anglo-saxons.

- Une technopole agricole, l'agriculture étant l'une des priorités du président Nazarbayev. La France dispose d'un véritable savoir-faire qu'elle peut intégrer aux savoir-faire locaux.

- Une technopole énergétique avec Areva, Total, EDF, Veolia Environnement, GDF Suez etc. dans la mesure où le transfert de technologies est un besoin pour ces pays et où les entreprises françaises ont un véritable potentiel.

Entreprises, allez vers cette nouvelle frontière qui peut constituer pour vous un Eldorado ! Osez, car le bonheur est le prix de l'audace!

Déplacements présidentiels, délégation de chefs d'entreprises, rencontres business to business : approches comparées dans le Caucase

Pascale PEREZ,
Directeur du Développement groupe Derichebourg, Administrateur Medef international

C'est un honneur pour moi d'intervenir aujourd'hui, en tant que femme et en tant que chef d'entreprise.

J'apporterai le témoignage d'un groupe français de taille moyenne, de son expérience, des problèmes rencontrés et de la manière dont il est possible de les résoudre. J'évoquerai également l'intérêt de participer aux voyages présidentiels et les actions menées par le Medef international. L'objectif est de faire évoluer les échanges entre notre pays et les pays de cette zone, éventuellement de les doubler en cinq ans.

Le groupe Derichebourg est une société tournée vers l'international qui doit opérer des choix stratégiques de développement. Pourquoi avoir choisi de s'implanter dans cette zone ?

Tout d'abord, les analyses macroéconomiques sont positives et les perspectives de croissance sont importantes, soutenues et sécurisées par l'exploitation des matières premières. Les liens politiques étroits entre la France et ces pays, ainsi que leur volonté de se tourner vers l'Europe, constituent un deuxième atout.

Nous avons longuement évoqué le climat des affaires. Les huit pays de cette zone ont compris la nécessité de modifier leurs cadres fiscaux et légaux. En Géorgie, par exemple, il existe une véritable facilité d'installation et un contexte de transparence pour les investisseurs étrangers. Ainsi, les pays de la région ont réalisé un effort conséquent pour permettre au climat des affaires d'être plus que favorable.

Il existe dans cette zone des marchés capteurs et bien identifiés avec des besoins en termes de technologies et de savoir-faire, ainsi qu'une véritable volonté d'échanges. Les bailleurs de fonds internationaux y sont présents et actifs, sécurisant nos investissements et facilitant la réalisation des projets. Ils permettent également de faire évoluer la législation autour des contrats. Enfin, la question des couvertures Coface devra être développée.

La présence des grands fleurons français sur place est un élément à prendre en compte. L'implantation de Total, Areva ou encore EADS est importante pour les entreprises de plus petite taille, voire pour les PME. Si nous ne chassons pas encore « en meute », les plus gros aident les plus petits, sont de véritables appuis et de vraies portes d'entrée. Ils offrent en outre à la France une réelle crédibilité. Enfin, l'accueil est toujours chaleureux et bienveillant dans cette partie du monde.

Quel est l'intérêt des voyages officiels dans cette zone ?

J'ai participé aux voyages de Nicolas Sarkozy et de François Fillon au Kazakhstan. Etre dans le sillon des chefs d'État et de gouvernement permet aux entreprises françaises d'acquérir une certaine crédibilité lorsqu'elles sont peu connues et leur offre la possibilité de se positionner auprès des décideurs. Lorsque ces voyages sont bien organisés, ils permettent de nouer des contacts directs au plus haut niveau sur des projets ciblés. Enfin, les entreprises peuvent aussi, à l'occasion de ces visites, conclure avec les grands groupes français des accords de sous-traitance et construire des stratégies locales de développement.

Le Medef international consent des efforts importants pour inciter les entreprises françaises à regarder cette zone de près, en organisant des voyages, en leur offrant un accès à des partenaires locaux potentiels et en leur présentant des projets sur lesquels elles peuvent se positionner. L'idée des technopoles est intéressante. Enfin, je pense qu'il faut aller au-delà des relations économiques formelles et envisager des échanges plus culturels.

Les entreprises françaises ont ainsi tout intérêt à développer leurs activités et leurs relations dans cette partie du monde.

Gisèle HIVERT-MESSECA, Chef du service Événements spéciaux, Ubifrance

Notre gouvernement a compris cela depuis longtemps. En témoigne la création de l'équipe de France de l'export qui travaille avec des institutions comme le Medef et avec les conseillers du commerce extérieur.

Asie centrale, Caucase : marchés porteurs pour 2010

Gilles REMY,
Président-Directeur général, Cifal Groupe, Président de l'OSCI et Conseiller du commerce extérieur de la France

J'essaierai d'apporter l'éclairage plus particulier de l'entreprise que je dirige et qui est présente depuis plus de 20 ans au Kazakhstan, en Ouzbékistan, au Turkménistan et en Azerbaïdjan.

Comme l'a rappelé le sénateur de Montesquiou, les États de la zone ont dû faire face à une indépendance soudaine et ont réussi une transition qui n'allait pas de soi. Ils ont subi de nombreuses évolutions et ont suivi des itinéraires relativement différents. Entre l'économie du Turkménistan qui reste quasiment totalement contrôlée par l'État et celle du Kazakhstan qui est pour l'essentiel privatisée, les points communs sont peu nombreux. Les affaires ne se mènent donc pas de la même manière dans ces deux pays. La région est une mosaïque de pays qui n'ont plus en commun que le fait d'avoir appartenu à l'URSS et le russe comme langue de communication. Pour les entreprises, l'approche de l'Asie centrale et du Caucase est ainsi de plus en plus complexe.

Je pense que, globalement, ces pays ne sont pas accessibles aux PME mais plutôt aux ETI (Entreprises de Taille Intermédiaire). En effet, ces marchés sont éloignés et peu accessibles en termes de développement et de prix des transports. Les coûts de l'hébergement et des salaires y sont en outre particulièrement élevés. Ainsi, une présence permanente dans la zone représente plusieurs millions d'euros. Une entreprise qui souhaiterait y investir doit tenir compte de ces éléments de réalisme.

Pour autant, ces marchés demeurent intéressants et la région est peut-être l'une des rares dans laquelle la France peut accroitre ses parts de marché -qui restent relativement faibles- au cours des prochaines années. Par ailleurs, le contexte politique n'a jamais été aussi favorable aux entreprises françaises. Entre le voyage du président Mitterrand en 1993 et celui du président Sarkozy, il ne s'est pratiquement rien passé, les ministres de la République française n'ayant pas vu l'intérêt de se déplacer dans la zone et ayant laissé l'Union européenne y assurer une présence. Or, la politique européenne n'a pas remporté un vif succès et, aujourd'hui, chaque pays joue sa carte et soutient ses propres entreprises.

L'engagement du président de la République et du gouvernement témoigne de l'intérêt nouveau porté à cette partie du monde. Il s'agit d'une région de grands contrats, nécessairement du ressort présidentiel. Le voyage de Nicolas Sarkozy au Kazakhstan a permis de faire aboutir des discussions longues de plusieurs années. Aussi convient-il de s'appuyer sur cette mobilisation politique qui a longtemps fait défaut.

Si la situation économique de la région est contrastée, elle est globalement bonne avec des taux de croissance qui restent positifs malgré la crise mondiale, le coût des matières premières allant vers une certaine stabilisation. Des programmes qui avaient été gelés ou abandonnés seront relancés en 2010 et 2011 et les grands contrats qui permettront de les mettre en oeuvre correspondront à des pôles d'excellence français (énergie, infrastructures, eau, télécommunications etc.). Enfin, nous pouvons noter un effet d'entrainement des grandes entreprises même si la solidarité des grands groupes français est moins marquée que celle des sociétés italiennes.

Je terminerai en insistant sur le besoin général d'information, la conquête de marchés étrangers dépendant de notre capacité à nous adapter et à entretenir des relations de confiance. Si les colloques, de même que la production d'information des conseillers, ont une réelle importance, nous manquons d'un document qui pourrait s'apparenter à une « lettre d'information ». Nous aurions tous intérêt, administrations et entreprises, à soutenir un projet de cette nature.

Pour conclure, je dirai que l'Asie centrale et le Caucase constituent des marchés complexes et morcelés mais à fort potentiel. Ceux qui ont investi dans la zone peuvent aujourd'hui récolter les fruits d'un travail plus ancien.

Kazakhstan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Kirghizstan : le destin conduit celui qui consent et tire celui qui résiste

Jean-Jacques GUILLAUDEAU,
Chef du service économique à Astana

Il serait vain de prétendre décrire en quelques minutes ces pays qui sont extrêmement divers. Ainsi, je souhaite plutôt évoquer quatre thématiques qui leur semblent communes: le rapport au sous-sol ; le rôle de la Chine ; le projet d'union douanière et l'environnement général des affaires.

Les quatre pays sont sortis de la crise avec somme toute peu de dommages. Le Kazakhstan a enregistré une croissance positive de 1,2 % en 2009, l'Ouzbékistan, qui n'était pas inséré dans le système financier mondial, a affiché un taux de croissance de 8 %, le Kirghizstan et le Tadjikistan de 3 %. Cette région, qui n'a pas été épargnée par la crise, a ainsi bien résisté et bien réagi.

Toute activité menée dans cette zone est impactée par la richesse relative du sous-sol. La part prépondérante des hydrocarbures dans le PIB du Kazakhstan (30 %) implique la présence de poids lourds de l'industrie française : Total - qui est le seul français siégeant au Conseil des investisseurs étrangers du Kazakhstan - et Areva - dont la joint venture emploie près de 2500 personnes. Il est important d'avoir ces poids lourds de l'énergie sur place afin de créer des opportunités pour les PME.

Le plan de développement industriel du Kazakhstan sur les dix prochaines années témoigne d'un réel désir de diversifier l'économie en dépit du poids conséquent des hydrocarbures. Les entreprises qui oeuvrent dans l'un des huit secteurs jugés prioritaires - en particulier l'agriculture qui représente 32 % de la main d'oeuvre - auront des facilités pour se développer dans le pays. En Ouzbékistan, il s'agit de gérer l'appauvrissement tendanciel des ressources et de se diversifier, notamment dans le secteur de l'eau. Le Tadjikistan et le Kirghizstan manifestent une obsession pour l'hydroélectricité dans la mesure où l'eau constitue l'une des seules ressources de ces deux petits États. Par ailleurs, l'accès des populations à l'électricité et à l'eau n'est pas encore satisfaisant dans la zone. Ainsi, s'il existe dans ces pays un fort potentiel pour de petites stations hydroélectriques, un modèle économique et financier rentable reste à imaginer.

Le rôle de Chine dans la région ne peut plus être ignoré et appelle le constat suivant : les Chinois, pragmatiques, souhaitent avoir accès aux ressources naturelles et exporter une partie de leurs produits en Asie centrale. Au cours des dix dernières années, les échanges commerciaux globaux entre la Chine et les pays de la région ont augmenté de 30 % par an. La Chine est le deuxième client et le deuxième fournisseur de la région. Au Kazakhstan, elle exploite environ 30 % du pétrole grâce, notamment, au pipeline qui a été construit en deux ans. La Chine a prêté 15 milliards de dollars à ce pays sur la même période, notamment sur les grands projets d'infrastructure. Enfin, les trois sociétés d'hydrocarbures chinoises ont une prise de participation importante dans les sociétés locales.

L'Ouzbékistan échange 2 milliards de dollars par an avec la Chine. L'Eximbank chinoise a proposé un crédit de 10 milliards de dollars à l'Ouzbékistan pour mener à bien différents projets impliquant des entreprises chinoises. Si le Tadjikistan et le Kirghizstan ne suscitent l'intérêt des Chinois que dans une moindre mesure, l'Empire du milieu a proposé à ces pays de construire des centrales hydroélectriques en échange de licences d'exploitation des mines d'or, d'argent et de tungstène.

De manière symptomatique, la demande d'apprentissage de la langue chinoise dans la région connaît une augmentation spectaculaire. S'il ne faut pas fantasmer sur une prise de contrôle chinoise de la région, il convient de tirer deux enseignements de ces éléments : les Chinois sont des concurrents acharnés pour l'exploitation des ressources naturelles ; à l'avenir, ils seront de plus en plus présents sur les grands marchés d'infrastructure.

L'Union douanière entre la Biélorussie, la Russie et le Kazakhstan a été inaugurée en janvier 2010. Le Kirghizstan est déjà candidat et d'autres pays pourraient souhaiter rejoindre ce groupement. L'union douanière favorisera l'investissement international au Kazakhstan, qui offre des conditions meilleures que la Russie. Un certain nombre d'industriels feront ainsi le pari de s'implanter au Kazakhstan pour servir le marché local mais également le marché russe. Je pense que ce choix sera opportun. Nous pouvons aussi imaginer que le Kazakhstan veuille contrebalancer la puissance de la Chine par le rapprochement avec un autre voisin puissant.

Ce projet nous paraît positif pour au moins deux raisons. Il constitue tout d'abord une opportunité de développement de l'investissement au Kazakhstan. Par ailleurs, l'union douanière se formant sur le modèle de l'Union européenne, les pays qui la composeront seront demandeurs du savoir-faire européen en la matière. Cela ne peut, à terme, que favoriser la présence industrielle de l'Europe dans la zone.

L'Union douanière soulève néanmoins des inquiétudes. 400 lignes de produits font par exemple l'objet de discussions entre le Kazakhstan et la Russie. Celles-ci pourraient aboutir à une augmentation de 20 % des droits de douane sur les aéronefs. Selon notre lecture de la situation, le Kazakhstan est, dans cette union, le pays qui ne souhaite pas cette évolution.

S'agissant de l'environnement des affaires, je dirai que nous avons affaire à des pays dans lesquels les signatures de contrats passent par le niveau politique. Si nous pouvons y voir une opportunité, je conseille aux entreprises de ne pas se reposer sur les ententes politiques et de ne pas s'exonérer d'un travail de fond avec les équipes présentes sur le terrain.

De Bakou à Batoumi, Azerbaïdjan et Géorgie, trait d'union des deux mers

Daniel PATAT,
Chef du service économique à Bakou

« De Bakou à Batoumi », cela suggère une zone de transit, un trait d'union. J'ai la chance, après avoir servi en Asie centrale, de travailler aujourd'hui au Caucase Sud et d'avoir emmené avec moi un de ces pays qui émergent et dont on ne sait pas encore très bien comment décrypter le langage: le Turkménistan.

Le déplacement du ministre Giorgi Karbelashvili montre combien la dynamique du Caucase gagne à être connue. Cette zone n'est pas facile à cause de sa grande histoire, de sa grande diversité et de son aspiration à redevenir ce qu'elle a toujours été, un trait d'union entre l'Asie et l'Europe occidentale.

La Géorgie, pauvre en matières premières, affiche une réelle volonté de progresser. L'Azerbaïdjan qui est mieux pourvu à cet égard, a aussi conscience qu'il lui faudra trouver autre chose pour continuer d'exister après l'ère du pétrole. Enfin, l'Arménie sait qu'elle doit développer ses capacités et qu'elle devra tôt ou tard participer à une solution.

Nous devons faire en sorte que cette région se réconcilie avec elle-même afin de travailler à son avenir en termes d'aménagement du territoire, de valorisation des richesses et de capacité de trait d'union. Que seraient, en effet, les richesses de l'Asie centrale si elles ne pouvaient transiter par le Caucase ?

Échanges avec la salle

Thierry POUPEAU, Directeur K2B Petroleum

Je dirige un cabinet de conseil de petite taille qui est implanté au Kazakhstan et en Asie centrale depuis quelques années. Je souscris à ce qui a été dit au sujet de la qualité de l'offre française, de l'envie de ces pays de diversifier leurs partenariats et de la nécessité de travailler en meute.

Toutefois, nous pouvons nous interroger sur les raisons qui nous empêchent d'adopter cette approche. Alors que nos concurrents européens travaillent en amont sur les études et le conseil, alors qu'ils analysent le marché et tissent des liens, l'une des caractéristiques du marché français et de ne pas agir en meute au niveau de la prestation intellectuelle. Ainsi, il est essentiel d'inventer les projets avant de les déployer.

Yves MALPEL, représentant de l'agence française de développement pour l'Asie centrale

L'idée de concevoir des projets et de les dérouler de manière intelligente me paraît pertinente. L'agence française de développement essaiera de jouer son rôle en identifiant les demandes prioritaires des autorités locales et en procédant, de concert avec les bureaux d'études, à une analyse fine des projets. Les prestataires et les consultants français sauront alors mieux dialoguer.

Kasia REY, Présidente de l'Agence Trad'est

Depuis deux ans, nous avons de plus en plus de clients qui travaillent en Asie centrale. Toutefois, certains ne savent pas s'ils doivent demander une traduction vers les langues locales ou vers le russe. Si je conseillais sans hésitation de traduire vers le russe il y quelques années, je ne sais plus si cette recommandation est toujours pertinente aujourd'hui.

Pascale PEREZ

Nous nous posons fréquemment cette question. En général, nous traduisons en langue locale et en russe.

Gilles REMY

L'avantage de la langue russe est d'offrir la possibilité de contrôler la qualité d'une traduction. Cependant, il revient au client de décider dans quelle langue il souhaite travailler.

De la salle

J'assiste à tous les colloques organisés par le Sénat et Ubifrance depuis quelques temps et j'entends, inlassablement, les mêmes questionnements, notamment sur les moyens de susciter un esprit de corps pour servir au mieux les intérêts de la France.

Je ne suis pas spécialiste de la zone ou d'un secteur industriel en particulier. Toutefois, je pense que la France a des handicaps culturels qu'elle ne maîtrise pas. Lors du colloque consacré au Golfe, j'ai par exemple entendu le représentant du développement international de GDF Suez dire que son entreprise était la meilleure sur son secteur. Or, j'ai lu dans la presse qu'un cluster d'entreprises françaises, dont GDF Suez faisait partie, avait perdu un projet.

Je crois que nous manquons de professionnels qui puissent assurer un lien entre tous les mondes qui se posent les mêmes questions. J'ai récemment supervisé le transfert de compétences d'un groupe aéronautique dans le cadre d'un contrat qui avait été passé au niveau étatique. J'ai pu voir à cette occasion la différence entre un contrat passé au niveau étatique et un contrat implémenté par ces grands groupes. La France a-t-elle la volonté de se doter des spécialistes qui pourraient opérer une communication transverse pour aider à la réalisation de projets importants ?

Aymeri de MONTESQUIOU

Je pense que nous devons savoir rester modestes et avoir de la considération pour des interlocuteurs de haut niveau qui ont été formés dans les grandes universités du monde. Nous sommes victimes de notre histoire, pensant que nous sommes les meilleurs et faisant parfois preuve d'arrogance. S'il est vrai que notre littérature et notre histoire nous permettent de jouir d'une image positive dans cette région, la constance et l'opiniâtreté restent des qualités essentielles pour les entreprises françaises.

Il est en outre nécessaire d'analyser les territoires, sachant que nous sommes dans une guerre économique dans laquelle sont entrés de nouveaux concurrents tels que le Brésil, l'Inde ou encore la Chine. Enfin, le manque d'information demeure un problème de taille. L'élaboration d'un bulletin spécialisé est indispensable même si ce projet est onéreux pour les entreprises.

Ainsi, nous devons conduire la politique économique comme une véritable guerre, changer de mentalité et ne pas nous reposer sur notre passé.

Michel LEBEDEFF, Président de l'AREP

Un oléoduc ou gazoduc passera-t-il un jour sous la mer Caspienne ?

Daniel PATAT

Si le besoin s'en fait réellement sentir, les pays qui bordent la Caspienne devront s'entendre sur le statut de cette mer, de ce lac. La question posée porte sur le renforcement des liens énergétiques de l'Europe et de l'Asie centrale, sachant que la donne évolue assez rapidement et qu'une partie non négligeable des ressources en hydrocarbures de la partie méridionale de l'Asie centrale est désormais fortement orientée vers la Chine. La réponse est dans notre volonté européenne de réaliser un projet pour que l'Asie centrale devienne un fournisseur attitré et pérenne, avec un transit par la Turquie et pourquoi pas par l'Iran.

Jorge GOMEZ DERVAUX, Représentant pour les activités du contrôle de trafic aérien et aéroportuaires, Thales

Nous parlons d'une belle région dans laquelle la présence des grandes entreprises françaises est importante. Toutefois, peu de ces sociétés sont présentes dans tous les pays car les déplacements et l'accès à l'information y sont compliqués. Pourquoi ne pas créer des groupes de travail sectoriels dans le cadre desquels les entreprises pourraient monter des projets en collaboration avec les acteurs étatiques ?

Les tables rondes sont animées par Régis GENTÉ, journaliste, correspondant pour le Caucase-Asie centrale (RFI, le Figaro, Bip)

Table ronde Caucase (Arménie, Azerbaïdjan, Géorgie)

La table ronde est présidée par Daniel PATAT, avec :

Ardavan AMIR-ASLANI, président de la Chambre de Commerce France-Azerbaïdjan, avocat à la Cour, Cabinet Cohen Amir-Aslani Ornano et Associés
Diane DOUVILLE, attachée commerciale, ambassade de France en Arménie
Jacques FLEURY, président, IDS Borjomi International, CCEF
(industrie des boissons)
Catherine GRASSET, vice-président Kazakhstan & Azerbaïdjan, Total Exploration & Production
Gilbert HIE, directeur général, Bank Republic
(filiale de la Société Générale), président du French Business Council, vice-président de ICC Georgia, CCEF
James HOGAN, Avocat associé, Salans
Pascale PEREZ, directeur du développement Groupe Derichebourg, administrateur Medef international
Armand PINARBASI, Managing Partner, Grant Thornton Amyot
(audit et conseil)

Daniel PATAT

Le Caucase, qui est connu depuis la plus haute Antiquité, est une région tourmentée et complexe qui abrite des populations variées parlant des langues différentes. Malmenée par les empires ottoman, soviétique et perse, elle essaie aujourd'hui de se construire avec l'objectif de devenir une zone clé, une zone de transit, un trait d'union entre l'Asie et l'Occident européen.

Régis GENTÉ

Maitre Ardavan Amir-Aslani, vous avez été récemment élu à la présidence de la Chambre de commerce France-Azerbaïdjan. Quelles sont vos ambitions pour cette dernière ? Quel est l'intérêt géostratégique de l'Azerbaïdjan, et plus globalement, du Caucase ?

Ardavan AMIR-ASLANI

Je pense que le fait de définir le Caucase par exception et par défaut constitue une erreur d'approche. La Géorgie a certes du potentiel parce qu'elle est une voie de transit du pétrole de la mer Caspienne vers l'Europe, l'Azerbaïdjan a bien sûr de l'intérêt car il constitue une source de production d'hydrocarbures susceptibles de remplacer les produits russes et l'Arménie est, c'est vrai, un pays chrétien dans une zone islamique. Mais au-delà de ces clichés, ces pays présentent avant tout un véritable potentiel propre.

Alors que leur niveau intellectuel et universitaire compte parmi les plus élevés au monde, ils offrent également des opportunités d'investissement et de vente. L'Azerbaïdjan a connu ses instants difficiles mais il abrite une population jeune, éduquée et particulièrement ouverte sur l'Europe. Si le pays s'est focalisé sur l'industrie pétrolière - qui représente aujourd'hui plus de 50 % de son PIB - d'autres activités peuvent y être développées. Bakou se situe au centre d'un marché global de plus de 100 millions de personnes dont 25 millions ont un pouvoir d'achat équivalent à celui de la moyenne des Européens.

Ne regardons pas ces pays comme des zones exotiques mais appréhendons-les comme un point d'ancrage important pour toute la région!

L'Azerbaïdjan est membre du Conseil de l'Europe et se situe à la jonction de l'Europe, de l'Asie centrale et du Moyen Orient. Dans ce pays, un tapis rouge est déroulé aux entreprises qui souhaitent investir et développer le potentiel du Caucase, en dehors du pétrole.

Régis GENTÉ

James Hogan, quelles sont les mesures de diversification introduites par le gouvernement azerbaidjanais et quelles sont les difficultés principales pour les investisseurs en Azerbaïdjan aujourd'hui?

James HOGAN

Nous sommes un cabinet international créé à Paris il y a 32 ans et qui s'est internationalisé à partir de 1991. Mon expérience avec l'Azerbaïdjan a commencé en 1991 avec le grand projet ACG. Le bureau de Bakou a été ouvert il y a onze ans et emploie actuellement douze juristes.

Le gouvernement azerbaidjanais est très sensible à la diversification de l'économie, l'économie locale étant gouvernée par le secteur pétrolier (42 % du PIB). En effet, malgré les réserves extraordinaires présentes dans le sous-sol, un déclin de la production pétrolière est prévu pour 2014-2015.

Le gouvernement a lancé un programme ambitieux de développement des infrastructures. En témoigne, par exemple, le contrat de la CNIM pour la conception, la construction et l'exploitation d'un grand incinérateur pour convertir les déchets de la ville de Bakou en énergie.

En 2009, le gouvernement a adopté une nouvelle loi importante sur les zones économiques spéciales avec des régimes douaniers simplifiés, des exonérations des droits de douanes et d'autres impôts. Les zones économiques spéciales existent dans tous les secteurs à l'exception de quelques uns tels que la production et le traitement des hydrocarbures et des ressources naturelles ou la production et la vente de produits alcoolisés.

Dans le cadre des accords de partage de production signés par les grandes sociétés pétrolières, de nombreux avantages sont concédés aux sous-traitants étrangers, notamment des exonérations de charges.

Il convient de promouvoir la diversification de l'économie, peut-être de manière plus ciblée et plus importante comme l'a fait le Kazakhstan à travers les zones économiques spéciales dans les secteurs prioritaires de l'industrie. Je pense que l'Azerbaïdjan présentera de nombreux avantages dans les années à venir. Enfin, notons que le pays a accompli beaucoup de progrès et selon le rapport Doing Business 2010 publié par la Banque Mondiale, il occupe la 33ème place sur 183 pays pour la facilité des mener des affaires.

Régis GENTÉ

Madame Grasset, comment jugez-vous le climat des affaires en Azerbaïdjan où Total est présent depuis 1996 ?

Catherine GRASSET

Nous jugeons le climat des affaires en Azerbaïdjan plutôt bon. La meilleure preuve en est la croissance continue de nos activités dans ce pays. Nous avons signé un nouveau contrat en février 2009 pour l'exploration du puits d'Absheron qui est situé en mer Caspienne en partenariat avec la compagnie nationale SOCAR et GDF Suez. Je précise que nous sommes opérateurs sur ce projet et que c'est notre technicité qui nous a aidés à obtenir le permis. En effet, le démarrage du puits d'exploration sera techniquement très difficile. Il coûtera plus de 150 millions de dollars et l'objectif sera de creuser à plus de 7 000 mètres.

Nous détenons par ailleurs 10 % sur le projet de gaz de Shah Deniz qui est opéré par BP. Son potentiel de production actuel est de 9 milliards de m3 de gaz par an. Une deuxième phase permettrait de produire 16 milliards de m3 supplémentaires mais reste en suspens du fait des difficiles négociations entre l'Azerbaïdjan et la Turquie concernant les ventes de gaz.

L'Azerbaïdjan est un pays de transit important pour la production pétrolière et gazière de la région. Nous sommes présents dans le transport depuis quelques années. S'agissant du gaz, nous avons une participation de 10 % dans le South Caucasus Pipeline qui permet d'acheminer le gaz de Shah Deniz vers la Géorgie et la Turquie. Enfin, nous avons une participation dans le BTC qui permet d'acheminer le pétrole de la région vers la Méditerranée. La capacité de ce pipeline, qui a déjà été augmentée, devrait être portée à 1,6 millions de barils/jour.

Nous avons d'autres objectifs de croissance dans ce pays, toujours en partenariat avec la société nationale SOCAR avec laquelle nous entretenons de bonnes relations.

Régis GENTÉ

Intéressons-nous à présent à la Géorgie. Les relations entre Tbilissi et Moscou sont au plus bas depuis le mois de mars 2006, avec l'embargo russe sur les eaux minérales et les vins géorgiens. Jacques Fleury, quelles sont les conséquences de l'embargo sur ces marchés ?

Jacques FLEURY

Les Russes essaient de trouver un moyen d'empêcher l'entrée des produits géorgiens sur leur territoire en dépit de l'union douanière. Je n'ai pas trouvé dans la presse d'études précises sur les conséquences de l'embargo, mais il a été extrêmement rude pour les industries de l'eau minérale et du vin, animées par des entreprises relativement jeunes et issues de privatisations.

L'industrie de l'eau minérale a perdu environ 250 millions de dollars de valeur. En 2008, nous avons réussi à retrouver 51 % du niveau des exportations de 2005 grâce aux exportations vers d'autres pays amis (Pays baltes, Pologne, Ukraine, Kazakhstan, Azerbaïdjan).

Nous sommes nous-mêmes devenus la multinationale de l'eau, ce qui nous a permis de racheter cette année Nestlé Russie. Aujourd'hui, nous sommes une entreprise plus forte et nous attendons avec impatience la réouverture du marché russe.

L'industrie du vin a connu plus de difficultés. En effet, 90 % des volumes étaient destinés à l'exportation dont 92 % à la Russie. En 2008, les volumes d'exportation n'avaient été rétablis qu'à hauteur de 21 %. Toutefois, il est sorti de cette crise des entreprises plus fortes et restructurées.

Trois ou quatre entreprises géorgiennes jouissent aujourd'hui d'une certaine envergure. Je pense que dans les quatre ou cinq années qui viennent, elles pourront faire une percée sur le marché international.

Régis GENTÉ

La croissance géorgienne, essentiellement tirée par la finance et l'immobilier, était de 9 % en moyenne avant la crise financière. Gilbert Hie, quelles sont les conditions d'une reprise efficace en Géorgie ? Comment le French Business Council peut-il attirer les entreprises françaises dans ce pays afin qu'elles prennent part à la relance de l'économie ?

Gilbert HIE

La Société Générale est présente en Géorgie depuis trois ans. Au cours de ces trois années, nous avons dû faire face à deux périodes différentes. De fin 2006 à mi 2008, nous avons traversé une phase d'expansion avec une croissance nationale de 10 % et une croissance de nos activités de 30 à 50 % par an. A partir de l'été 2008, la Géorgie a été confrontée à une crise financière et politique aiguë.

Ceci étant, la finance en Géorgie se porte bien puisque le secteur bancaire, qui est solide, a été recapitalisé. La fuite des dépôts, de l'ordre de 15 % après les événements de l'été 2008, a été endiguée dès la fin de la même année. L'activité est depuis lors plus atone car le niveau d'endettement des entreprises et des ménages est important. Si l'activité économique a connu des difficultés en 2009, elle présente de nettes preuves de reprises qui tendent à se confirmer, notamment dans l'immobilier.

Ce secteur, ainsi que celui des investissements étrangers, étaient les principaux vecteurs du développement économique avant la crise. Il est important que la Géorgie parvienne à restaurer la confiance des investisseurs étrangers. Le gouvernement s'y emploie activement. Toutefois, l'initiative privée est moins dynamique parce que les taux des dépôts et des crédits sont élevés dans le pays. Le mouvement de contraction des taux permettra néanmoins de contribuer à la réactivation du secteur privé et à la croissance économique. Le taux de croissance 2010 devrait être de 2 % après une récession de 4 % en 2009.

Le Géorgie est un pays accueillant, ouvert, avec une fiscalité légère. La création de zones franches industrielles est un élément important pour les investisseurs, notamment à Poti, qui représente une porte vers le Caucase du Sud. Il est donc possible pour une entreprise française de s'implanter et de produire en Géorgie. Le pays a en outre signé des accords de droits de douanes avec l'Union européenne.

Il y a deux ans, suite au constat que les échanges avec la France représentaient environ 2 % des échanges commerciaux de la Géorgie, nous avons décidé de créer un club d'affaires, le French Business Council. Celui-ci compte désormais 70 membres et aide les entreprises des deux États à entrer en contact.

Régis GENTÉ

Armand Pinarbasi, en quoi la crise a-t-elle modifié le climat des affaires en Arménie ? Quelle est la situation du secteur bancaire dans ce pays ?

Armand PINARBASI

L'Arménie a été fortement affectée par la crise qui a mis en lumière les faiblesses de son développement économique. En effet, son PIB a chuté de 15 % après des années de croissance à deux chiffres et nous avons réalisé que le pays basait son développement sur l'immobilier. La chute des cours des matières premières au niveau international été relativement brutale et le montant des transferts de la diaspora, qui est deux fois plus nombreuse que la population arménienne locale, a été divisé par deux.

Le gouvernement a revu son approche de l'économie et a tenté de flexibiliser les entreprises, les impôts, les taxes et la méthodologie administrative. Le secteur bancaire s'en est sorti sans trop d'encombres, aucune banque n'ayant fermé malgré un premier semestre 2009 très difficile. Il reste néanmoins sous perfusion du FMI, de la Banque Mondiale et d'autres organisations internationales.

Les secteurs qui enregistraient de belles performances continueront à le faire alors que les points faibles de l'économie arménienne devront être rapidement pris en charge par le gouvernement. Tout ce qui relève des minerais, des IT, de l'industrie, de l'immobilier et de l'énergie (nucléaire, hydroélectricité, éolienne) présente un réel potentiel. Le potentiel humain avec des personnes ayant une formation de haut niveau doit également être pris en considération. Enfin, les pays du Caucase peuvent servir l'incubateur pour aborder les marchés russe, ukrainien et kazakhs, sachant qu'il existe des accords douaniers entre la Russie et l'Arménie.

Le système juridique, fiscal et comptable arménien est similaire au système français.

Enfin, je dirai que notre société est présente dans les trois pays du Caucase - Azerbaïdjan, Arménie et Géorgie- mais également en Ukraine et en Russie avec des projets de développement en Asie centrale.

Régis GENTÉ

Diane Douville, quels sont les points forts et les points faibles de l'Arménie aujourd'hui ? Par ailleurs, quels sont les efforts consentis par le pays pour améliorer le climat des affaires ?

Diane DOUVILLE

La France et l'Arménie ont une relation privilégiée qui se ressent au quotidien. Les Français sont toujours bien accueillis dans ce pays, que ce soit par les entreprises ou par les autorités.

Les entreprises françaises qui se sont installées dans le pays ont rencontré un succès considérable. Elles sont surtout présentes dans le domaine de l'eau, de la finance et de l'énergie. La volonté de l'Arménie de se tourner vers l'Europe est patente, notamment pour la téléphonie mobile et Internet. Orange a par exemple remporté la troisième licence de téléphonie mobile et devient le troisième opérateur après deux sociétés russes.

Si l'Arménie a été fortement touchée par la crise en 2009, elle enregistrait une croissance à deux chiffres au cours des années précédentes. Ce petit pays en transition présentera des opportunités qu'il conviendra de saisir rapidement dans les secteurs de la technologie et des services. Enfin, la perspective d'ouverture des frontières entre la Turquie et l'Arménie pourrait changer le climat des affaires et offrir de nouvelles opportunités.

Les points faibles du pays sont les quasi-monopoles de la Russie dans des secteurs stratégiques tels que l'énergie, le gaz, les chemins de fer et les télécommunications. Cependant, rien ne prouve que la dépendance commerciale de L'Arménie à l'égard de la Russie sera pérenne. Enfin, le pays fait face à un manque de concurrence et à une certaine corruption. Ce dernier problème constitue le chantier prioritaire du gouvernement d'après le discours du Premier ministre.

L'ouverture de la frontière avec la Turquie permettrait de désenclaver le pays qui n'a aucun accès à la mer, dont deux frontières sur quatre sont fermées et qui importe 80 % de ses marchandises via la Géorgie. Le climat des affaires est en définitive relativement satisfaisant en Arménie. Le pays est membre de l'OMC depuis 2003 et occupe la 44ème place du classement Doing Business de la Banque Mondiale.

Charles DENIVELLE

Le Nakhitchevan, morceau de territoire azerbaidjanais isolé entre la Turquie et l'Arménie, n'est-il pas de nature à déstabiliser la région ?

Ardavan AMIR-ASLANI

L'Azerbaïdjan a été séparé en deux parties à l'issue du conflit qui l'a opposé à l'Arménie. La plupart des Azerbaidjanais ont quitté cette région pour s'installer dans l'autre partie du pays et ce morceau de territoire est majoritairement peuplé de Kurdes. Nous avons l'espoir que ce conflit puisse un jour se pacifier et ramener la paix dans cette région. Les petits pays du Caucase sont le théâtre de petits conflits incessants. Je pense cependant que ce colloque n'est pas le lieu adéquat pour traiter cette question.

Son Excellence Mamuka KUDAVA

J'aimerais que vous évoquiez la question de la corruption dans la stratégie d'investissement en Géorgie.

Par ailleurs, quelle est la position énergétique française depuis d'EDF et GDF Suez ont intégré les projets Southstream et Northstream qui sont menés par la Russie ? Celle-ci va-t-elle à l'encontre des intérêts européens, en particulier au regard de Nabucco ?

Quelles sont les perspectives pour l'implication des entreprises françaises et européennes dans la région ? Enfin, il me semble que l'absence des Européens dans les projets énergétiques d'envergure laisse la place à d'autres pays tels que la Chine ou la Corée.

Gilbert HIE

La Géorgie fait partie des pays qui enregistrent les meilleurs résultats en matière de lutte contre la corruption, le gouvernement ayant consenti de nombreux efforts à cette fin. En trois ans de présence dans ce pays, je n'ai jamais entendu parler de problème de ce genre.

Catherine GRASSET

Le projet Nabucco verra le jour s'il est rentable. Aujourd'hui, les perspectives à court terme ne vont pas dans ce sens. Il est en outre patent que l'Europe est lente par rapport à la Chine qui est capable de monter un projet de pipeline et de le rendre opérationnel en deux à quatre ans.

Un participant

La carte de cette région du monde indique qu'elle n'est pas sereine et il n'est pas raisonnable de vouloir rassurer les investisseurs sans leur présenter aussi l'autre réalité des choses. Par ailleurs, nous avons évoqué plusieurs grands projets depuis ce matin mais je rappelle que 2,5 millions de PME souhaitent et ont besoin d'exporter. Elles ne peuvent toutefois pas le faire dans n'importe quelles conditions. Si cela fait douze ans que nous parlons de « chasser en meute », ce mode opératoire n'est toujours pas une réalité sur le terrain. Enfin, le portage par les grandes sociétés est une douce légende.

Nous ne sommes pas venus pour vous entendre tenir des propos lénifiants. Les interventions lyriques de Messieurs Amir-Aslani et Patat sont éloquentes mais manquent de réalisme.

Daniel PATAT

Le Caucase convient-il aux PME ? Il est manifeste que ces pays ne sont pas accessibles aux entreprises qui n'ont pas acquis suffisamment d'expérience en matière d'exportation. Par ailleurs, s'il est vrai que nous abordons les grands projets, nous ne devons pas oublier l'effet porteur des grands groupes sur les exportations et sur la création des courants d'affaires. Les grands contrats ne sont pas la panacée mais apportent beaucoup aux plus petites entreprises.

Vous avez raison, nous ne pouvons pas regarder cette région sans prendre en compte le morcellement des territoires qui est le fruit d'une histoire tourmentée. Toutefois, la situation du Caucase n'est pas de nature à rendre impossibles les investissements. Notre intention n'est pas de brosser un tableau idyllique et merveilleux de la zone mais de signaler qu'au beau milieu du conflit avec la Russie, par exemple, les affaires ont continué et que l'exportation d'électricité n'a jamais été interrompue. Le climat des affaires reprend, nous l'avons vu, de manière plutôt positive.

En Azerbaïdjan, malgré les tensions, l'économie continue de croître de manière incroyable et attire des investisseurs. De plus, le pays a peu souffert de la crise liée au système financier. La Géorgie est le pays qui a le plus progressé en matière de privatisation de services. La seule question que nous pouvons nous poser concerne notre incapacité à monter des tours de table qui puissent, par exemple, se lancer dans la concession d'une centrale hydroélectrique.

Jacques FLEURY

La réussite des entreprises dans le Caucase dépend des conditions locales et de la volonté des PME de faire face sur ces marchés. Je suis la preuve qu'il est possible de faire des affaires en Géorgie. Partis de rien en 1996 et malgré les difficultés, nous avons réussi à faire de notre société l'une des entreprises d'eau minérale les plus rentables au monde. Nous sommes parvenus à créer l'une des rares multinationales nées de l'ex-URSS. La rentabilité de ces économies est telle qu'elle permet de gagner de l'argent. Enfin, je confirme que la corruption dans le milieu des affaires a été éradiquée en Géorgie.

Les PME italiennes et allemandes peuvent servir d'exemple aux PME françaises qui ont des velléités d'implantation dans le pays. J'ai toujours favorisé les fournisseurs français mais force est de constater que ces derniers sont plus chers que leurs concurrents européens, moins accrocheurs et de plus en plus rares dans le secteur des biens d'équipement. Les Italiens ont des bases commerciales et des représentants actifs dans le pays. Ainsi, la faiblesse de l'industrie française est patente.

Christian MARTIN, Senior Strategic Advisor, SOPREMA

Quelle autre région du monde, à proximité de l'Europe, est aussi prometteuse que le Caucase ? Nous avons une très forte confiance dans le développement de la région.

Je m'interrogeais en outre sur la convertibilité des monnaies géorgienne et azerbaidjanaise.

Gilbert HIE

Après les événements de 2008, la monnaie géorgienne a été dévaluée d'environ 15 %. Depuis, elle s'est rétablie et se comporte bien vis-à-vis de l'euro et du dollar. Il s'agit plutôt d'une monnaie forte dans la région. Il n'existe pas de contrôle des changes en Géorgie et la convertibilité du lari est totale.

Daniel PATAT

Il n'y a aucun problème de convertibilité de la monnaie azerbaidjanaise. Le pays légifère en outre pour renforcer son arsenal de lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme. Enfin, le repositionnement du manaat en nouveau manaat a permis d'établir une parité avec le dollar.

Avant 2008, la banque centrale observait un système d'ancrage flottant sur un panier de monnaies (50 % de dollars, 40 % d'euros et 10 % de roubles et de yens). Puis, elle s'est rendu compte, devant le constat de l'incroyable volatilité des monnaies, qu'il était préférable de revenir à un ancrage flottant avec le dollar. Cette solution est la moins couteuse en termes de flux de soutien et d'équilibrage des parités monétaires.

James HOGAN

Pendant la crise financière, le gouvernement d'Azerbaïdjan a décidé de défendre la monnaie à l'aide du fonds national de ressources pétrolières, avec succès.

Régis GENTÉ

Qu'en est-il du drachme arménien?

Armand PINARBASI

Tous les pays de l'ex-URSS, à l'exception de l'Azerbaïdjan, ont dévalué leur monnaie durant la crise. Le drachme est une monnaie flottante, convertible et libre même si des contrôles sont régulièrement effectués pour lutter contre le blanchiment d'argent et le terrorisme.

Régis GENTÉ

Le Kazakhstan a annoncé qu'il gèlerait ses projets de raffinerie ou de terminaux céréaliers dans le Caucase suite à la crise russo-géorgienne de 2008. Il semblerait néanmoins que le pays s'apprête à acheter des terres à Poti pour y construire un terminal céréalier et que les logiques régionales se réinstaurent.

Son Excellence Mamuka KUDAVA

Si le Kazakhstan a été le premier investisseur en Géorgie pendant deux ou trois ans, les Émirats Arabes Unis, l'Égypte et l'Ukraine sont devenus les investisseurs les plus importants du pays en 2009. Le Kazakhstan a en outre repris les projets qui avaient été gelés.

J'aimerais revenir sur l'embargo russe. Nous pensons que la Russie, même si elle rejoint l'union douanière avec le Kazakhstan et la Biélorussie, trouvera toujours des moyens pour que les produits géorgiens ne pénètrent pas son marché.

Daniel PATAT

Le transit est l'un des facteurs importants de développement de cette région. Le Kazakhstan devient un important exportateur de pétrole brut et ne pourra pas gérer ses exportations par le seul réseau russe : il devra traverser la mer Capsienne par transbordement, remonter via le Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC) et alimenter toute cette partie de l'Europe à partir des bases qu'il développe sur les ports géorgiens.

Des investissements conséquents sont en cours d'étude et verront le jour car ils répondent à une nécessité matérielle absolue. Les débouchés conditionneront la construction des pipelines. Ainsi, le transit représentera dans les dix années à venir l'une des plus grandes opportunités pour les grandes, les moyennes et les petites entreprises.

Si nous ajoutons à cela la relance des liaisons ferroviaires et routières, nous prenons la mesure du nombre de projets en cours qui sont financés par les multinationales. Toutefois, nous ne sommes pas les seuls intéressés par ce créneau. Les Turcs sont extrêmement dynamiques et considèrent cette région comme une zone d'expansion. Rien ne nous empêche cependant de travailler avec eux.

Azamat KAYYRALIEV, président de l'Association des Kirghizes de France

Nous avons peu parlé des grandes puissances régionales, notamment des grands frères turc, russe ou occidentaux qui soutiennent respectivement l'Azerbaïdjan, l'Arménie et la Géorgie. N'est-il pas préférable, pour ceux qui souhaitent faire une percée dans cette région, de passer par l'Union européenne ? Que fait Bruxelles pour ouvrir cette région aux Français ?

Daniel PATAT

L'Union européenne est très active mais ses efforts ne sont pas visibles. Elle contribue à l'approfondissement des capacités de construction de ces États et a notamment mis en place des jumelages qui permettent à des pays européens de réaliser des travaux intégrés et intégrants dans la zone. Le partenariat oriental et le processus d'accord de libre échange approfondis contribuent à améliorer la qualité du terrain de jeu. Il me semble qu'il y a là un réel partenariat en devenir.

Table ronde Asie centrale (Kazakhstan, Kirghizstan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Turkménistan)

La table ronde est présidée par Aymeri de MONTESQUIOU et Jean-Jacques GUILLAUDEAU, avec :

Paul ANDREYS, gérant , SFEC (traitement de l'eau)
Éric COKINI, directeur, Adéa Entreprises
(investissement et conseil)
Catherine GRASSET, vice-président Kazakhstan & Azerbaïdjan, Total Exploration & Production
Pierre HUBERT, chargé d'affaires CEI, Areva
Jean-Michel MEUNIER, représentant de la Société Générale au Kazakhstan, président du Conseil de surveillance de ProstoKredit, CCEF
Matthieu MITTERRAND, directeur général, Asia Gulf Services, membre du Comité exécutif de CIFAL Groupe, CCEF
Daniel PATAT, chef du Service économique à Bakou, compétent pour le Turkménistan
Hélène ROGÉ, Attachée économique, Service économique à Tachkent

Aymeri MONTESQUIOU

Je souhaite à nouveau souligner combien cette région est passionnante, combien elle correspond aux possibilités françaises et combien les attentes de ces pays sont réelles. L'entente politique particulière entre les chefs d'État constitue également un atout considérable même si elle ne dispense pas les entreprises d'être compétitives.

Paul ANDREYS

Je suis gérant d'une SARL et je m'apprête à faire mentir tous ceux qui ont affirmé que l'export n'était pas pour les PME. En effet, celui-ci est avant tout un état d'esprit. La société pour laquelle je travaille emploie 15 personnes et réalise un chiffre d'affaires de 2 millions d'euros, dont 40 à 50 % à l'export.

Notre aventure a commencé par le Maghreb dans les années 90. Mon prédécesseur a bénéficié, pour poursuivre l'ouverture de la société, d'accompagnements, d'associations et de partenariats. Nous avons récemment bénéficié d'un FASEP sur le Kazakhstan. Celui-ci nous permettra, je l'espère, de nous développer durablement dans ce pays.

Si la visite de Nicolas Sarkozy a constitué un atout pour notre entreprise, il est manifeste que la large diffusion de la culture française dans le pays est un élément favorable à notre implantation. Ainsi, le 18 mars dernier, une personne à Astana m'a souhaité bonne fête, à l'occasion de l'anniversaire de la création de la Commune de Paris en 1871 ! Mon entreprise profite en outre de l'aura des grands groupes français.

Il est par ailleurs extrêmement important d'avoir des contacts et des partenaires. Le Kazakhstan est un pays de réseaux mais surtout d'accueil et il est important de prendre le temps de cet accueil. J'ai par exemple fait honneur à une famille en lui rendant visite et celle-ci m'a remercié lorsque je suis parti.

Il n'est pas toujours aisé de choisir des partenaires sérieux qui puissent tenir leurs engagements. La mise en commun de l'information est primordiale. A Lyon, nous avons formé un club Maghreb avec la CCI dans le cadre duquel nous pouvons échanger des informations. Ainsi, il serait intéressant de pouvoir échanger des expériences, notamment sur les hôtels et les conditions de voyages.

Avoir une maison des entreprises françaises, une base commerciale, serait de la plus haute utilité. Nous sommes aidés par Ubifrance et les missions économiques mais ces structures ne peuvent pas se substituer à notre secrétariat.

Régis GENTÉ

Catherine Grasset, suite aux évolutions récentes du cadre législatif au Kazakhstan, Total reste-t-il confiant dans le potentiel énergétique du pays ? Pouvez-vous par ailleurs apporter des précisions sur l'influence chinoise ?

Catherine GRASSET

Nous sommes présents au Kazakhstan depuis 1992 avec une participation de 17 % dans le gisement géant de Kashagan. La première phase lancée en 2004 devrait être mise en production fin 2012 avec 300 000 barils/jour mais les réserves, gigantesques, laissent espérer une production qui pourra aller à terme jusqu'à 1,5 millions de barils/jour.

Les deux contrats que nous avons récemment signés - sur le gisement Khvalynskoïe opéré par Loukoil et sur la prise de participation dans un permis à terre au nord du pays - témoignent de notre confiance dans le potentiel du Kazakhstan. Le dernier accord nous permettrait de devenir opérateurs dans ce pays.

Enfin, nous restons moteurs sur le développement de voies d'accès vers le Sud comme alternatives à l'exportation vers la Russie ou la Chine. Dans ce cadre, nous avons mené une étude conceptuelle pour le KCTS (Kazakhstan Caspian Transportation System).

Total est présent au sein du Conseil des affaires franco- kazakhes. Il est également le seul groupe français du conseil des investisseurs étrangers.

Aujourd'hui, l'influence de la Russie dans la région a tendance à décliner alors que la Chine se positionne très rapidement, étant capable d'investir des montants considérables et de monter des projets à un rythme que nous sommes incapables de tenir.

Aymeri de MONTESQUIOU

Ce matin, Jean-Jacques Guillaudeau a indiqué que la Chine représentait 28 % du pétrole exploité au Kazakhstan. Cette présence crée des tensions dans le pays et a provoqué des grèves il y a deux semaines. Il y a deux mois, des Kazakhs ont manifesté devant la mise à disposition d'un million d'hectares pour des exploitants chinois. Je pense par conséquent que le Kazakhstan n'allouera pas de territoires supplémentaires à la Chine.

Régis GENTÉ

Pierre Hubert, le Kazakhstan est devenu le premier producteur d'uranium en 2009. Pouvez-vous décrire les étapes du projet minier qui vous a conduit à considérer le Kazakhstan comme un pays hautement stratégique ?

Pierre HUBERT

Areva construit des centrales nucléaires et gère le cycle complet du combustible, depuis son extraction jusqu'à son recyclage.

Le Kazakhstan est le premier pays dans lequel nous produisons. Nous avons commencé à prospecter cette zone au début des années 90. Après quelques années de prises de contacts, nous avons conclu une alliance avec le producteur national Kazatomprom. En 2000, nous avons obtenu des permis miniers pour 25 ans puis avons lancé une étude de faisabilité et réalisé un pilote. Enfin, en 2004, nous sommes parvenus à établir tous les accords constitutifs de la société d'exploitation d'uranium au Kazakhstan à partir de deux gisements.

Nous sommes opérateurs dans cette société et nous y détenons une participation de 51 %. En 2005, nous avons obtenu des Kazakhs qu'ils agrandissent notre périmètre et qu'ils prolongent la durée de vie de la convention à 35 ans. En 2008, nous avons obtenu de pouvoir produire 4000 tonnes d'uranium à partir de ces gisements.

Ainsi, nous avons dû nous adapter en permanence et gérer des éléments de circonstances. En 2009, par exemple, le président de Kazatomprom a été arrêté puis mis en prison, comme beaucoup des dirigeants qui l'entouraient. Par ailleurs le Kazakhstan sera bientôt le premier producteur d'uranium au monde et aura donc besoin d'acide sulfurique. Or, ce composant fait défaut dans le pays et nous envisageons la possibilité de construire notre propre usine de production d'acide sulfurique.

Régis GENTÉ

Jean-Michel Meunier, où en sont les plans de développement au Kazakhstan ?

Jean-Michel MEUNIER

La mise en place des plans de développement comprend plusieurs étapes. Au cours des deux dernières années, la holding industrielle Samruk a été créée et fusionnée avec le fonds souverain Kazina. L'État détient ainsi des participations dans de nombreuses entreprises qui couvrent entre 40 et 50 % du PNB kazakh.

La holding Samruk-Kazina a joué un rôle important pendant la crise financière. Elle a recapitalisé les banques et distribué des crédits à différents secteurs. L'arrivée du nouveau ministre de l'industrie, qui vient d'être promu Vice-premier ministre, correspond à la mise en place d'un « programme de développement accéléré de l'industrie et de l'innovation au Kazakhstan ». Il s'agit d'un plan décennal divisé en deux périodes de cinq ans qui prévoit une planification relativement poussée et marque le retour d'une politique volontariste.

Le programme impose une diversification de l'économie et met en exergue la nécessité de nationaliser la production. Il prévoit que de nombreux intrants utilisés dans le montage des équipements industriels devront être produits localement. Des pénalités sont prévues en cas de non respect des normes.

Pendant cinq ans, les ressources de matières premières n'augmenteront pas. Kashagan, par exemple, commencera à produire en 2012 mais ne génèrera des volumes importants que plus tard. D'autres secteurs de l'économie devront ainsi être développés grâce au plan et à la nouvelle équipe gouvernementale. Le problème du financement demeure néanmoins présent dans la mesure où il n'y a plus, dans le pays, de sources financières. L'Etat doit intervenir pour se procurer les financements que les banques ne sont pas en mesure d'obtenir. Enfin, les investissements étrangers devront jouer un rôle dans ce développement et les banques nationales pourront intervenir dans deux ou trois ans.

Jean-Jacques GUILLAUDEAU

Pour compléter les propos de M. Meunier, je rappellerai que la part du secteur public dans le PIB kazakh est estimée entre 65 et 72 %. Par ailleurs, si la production de pétrole n'augmentera pas de manière spectaculaire au cours des prochaines années, la production d'électricité nucléaire connaitra une véritable ascension.

Aymeri de MONTESQUIOU

Il convient de souligner la jeunesse des équipes dirigeantes du Kazakhstan et leur niveau de compétence. Par ailleurs, l'État kazakh comme l'État français ont un poids très important dans l'économie nationale. Ainsi, je suis convaincu que la place française a une forte attractivité sur la place kazakhe.

Régis GENTÉ

Matthieu Mitterrand, existe-t-il une véritable amélioration du climat de l'investissement au Turkménistan ?

Matthieu MITTERRAND

S'il est vrai que le nouveau président turkmène a la volonté d'ouvrir son pays et d'en changer l'image, le climat des affaires n'est pas encore optimal au Turkménistan. Il est toujours difficile d'obtenir un visa par ce pays, les interlocuteurs changent régulièrement, ne sont pas toujours formés et ne parlent pas toujours anglais. Le président décide de tout et les ministres ont peur de défendre un dossier techniquement auprès de lui. Enfin, le processus de décision est très lent, l'obtention des diverses autorisations pouvant prendre entre deux et trois mois. Aujourd'hui, avoir l'appui présidentiel n'est plus suffisant, ce qui complique l'entrée en vigueur des contrats.

En dépit de ces entraves, le Turkménistan essaie de s'ouvrir. Je reste pour ma part convaincu qu'il s'agit d'un pays dans lequel il faut investir maintenant pour s'assurer une position avantageuse dans le futur.

Régis GENTÉ

Nous constatons, à travers ces témoignages, la disparité des chemins empruntés par ces jeunes États. L'Ouzbékistan n'a pas la réputation d'être un pays facile d'accès. Éric Cokini, l'Ouzbékistan a-t-il une économie à deux vitesses ?

Éric COKINI

La stratégie de l'Ouzbékistan est claire depuis l'indépendance. Le pays a souhaité dans un premier temps développer l'exploitation des ressources naturelles et les transports, investir dans des technologies permettant d'apporter une valeur ajoutée aux ressources naturelles en les transformant en produits. L'Ouzbékistan a mis en place de nouvelles industries, notamment automobiles avec les usines Daewoo et General Motors, et a modernisé les infrastructures afin de réaliser des économies en énergie et en eau.

Concernant l'import- export, la stratégie du gouvernement a été conditionnée par le souci d'éviter tout choc social. Elle consiste en la mise en place progressive et contrôlée d'une économie de marché. Cela explique le peu d'impacts de la crise asiatique de 1998 et de la crise mondiale actuelle sur ce pays. Le crédit hypothécaire et à la consommation est peu significatif en Ouzbékistan.

Les Ouzbèkes souhaitent maintenir une dette extérieure inférieure à 10 % du PIB et éviter de «dilapider » les ressources en devises étrangères en limitant les importations au moyen de tarifs douaniers élevés et d'un contrôle des changes. La politique fiscale avantageuse pour les investisseurs étrangers vise à favoriser la production locale.

Pour les fournisseurs d'équipement et les investisseurs potentiels, il est important de prendre en compte la politique et la culture du pays. L'importation des biens de consommation courante n'est toujours pas d'actualité. En revanche, la production locale est fortement encouragée et les produits se vendent bien compte tenu de la faible concurrence. Les marges sont confortables en raison de coûts de revient très bas qui s'expliquent par une exonération de tout droit d'importation, par des salaires raisonnables, par des exemptions fiscales et par les économies réalisées sur les coûts de transport.

La difficulté consiste à bien préparer le projet en amont et à convertir la monnaie locale.

Deux grandes centrales hydroélectriques seront modernisées et d'autres, plus petites, seront mises en place par le gouvernement. Le secteur gazier est très dynamique depuis quelques années et bénéficiera de près de 15 milliards de dollars d'investissement dans les trois années qui viennent. La Corée, la Russie ou encore la Malaisie réaliseront ces investissements. L'irrigation fait également l'objet de nombreux projets, de même que le secteur minier et l'agriculture.

Tous les projets que je viens de citer ont été conclus dans le cadre de visites présidentielles. Je suis convaincu que l'Ouzbékistan présente un potentiel important de projets pour les entreprises françaises. Toutefois, celles-ci ont besoin d'un soutien politique français significativement plus actif.

Enfin, le sens de l'hospitalité des Ouzbèkes est fantastique. Dans la culture ouzbèke, la création de liens d'amitié est nécessaire à l'établissement de la confiance, qui ouvre elle-même la porte à une communication de qualité.

Régis GENTÉ

Hélène Rogé, qu'implique la volonté de diversification de l'économie pour les entreprises françaises ? Des contrats n'ont-ils pas été signés récemment entre Paris et Tashkent?

Hélène ROGÉ

Si l'Ouzbékistan n'a pas été profondément touché par la crise, il n'a pas pour autant été totalement épargné. Le gouvernement a d'ailleurs mis en place un programme anticrise qui prévoyait un volet relatif à la localisation de la production.

Les Ouzbèkes veulent aujourd'hui moderniser et diversifier le tissu industriel dont ils ont hérité de l'époque soviétique, sachant que 70 % des investissements étrangers se concentrent dans le domaine de l'énergie. Les autorités sont demandeurs d'un transfert des technologies européennes, offrant de réelles opportunités aux entreprises françaises dans les domaines définis comme prioritaires (production, industrie pharmaceutique, automobile, électrique, agroalimentaire etc.). Enfin, les Ouzbèkes souhaitent malgré tout attirer les investisseurs dans le domaine de l'énergie pour améliorer l'efficacité énergétique du pays.

Ce désir de modernisation s'est dernièrement concrétisé par la création de la zone économique libre de Navoi, et partant, de nouvelles opportunités pour les Européens. Les Espagnols ont par exemple vendu un TGV au gouvernement et un important projet de chemin de fer, financé par la BAD (Banque Asiatique de Développement) est en cours de préparation pour relier l'Ouzbékistan et l'Afghanistan. Les entreprises françaises ne sont pas de reste et se sont dernièrement distinguées dans le domaine des passeports biométriques et de l'énergie.

Si l'Ouzbékistan est un marché difficile, il offre de véritables opportunités pour les grands groupes et pour les PME. Cifal, J-C Decaux ou encore Sanofi Aventis sont déjà présents sur place. Il convient également d'avoir à l'esprit que les négociations prennent plus de temps qu'en Europe. Enfin, il est important d'être présent sur place pour créer une véritable relation avec les partenaires ouzbèkes.

Jean-Jacques GUILLAUDEAU

Nous n'avons pas parlé des Coréens alors qu'ils sont, juste après les Chinois, les plus actifs dans la région. La Corée a été le premier pays à investir dans la zone au moment de l'indépendance et ceci, pour deux raisons très simples : le pays s'est construit sur l'export et les États d'Asie centrale abritent une forte communauté coréenne sur laquelle les investisseurs ont pensé pouvoir s'appuyer.

Ainsi, les Coréens deviennent des adversaires frontaux dans des domaines d'excellence de l'industrie française et arrivent sur place avec des financements publics.

Jean-Luc FECHNER, Groupe Casino

Quel est le niveau de développement de la grande distribution dans ces pays ?

Jean-Jacques GUILLAUDEAU

Le potentiel de développement de la grande distribution en Asie centrale est sans doute important. Le Kazakhstan accuse à cet égard un retard assez conséquent. Le principal opérateur étranger dans le pays est Ramstore et l'implantation récente de Métro a été assez remarquée. La situation est pour moi comparable à celle de la Corée au début des années 90.

Ainsi, il me semble qu'il existe dans ce pays un grand potentiel de développement d'un mode de distribution à la française qui a fait ses preuves un peu partout en Asie. Enfin, la présence forte d'industriels du secteur agroalimentaire comme Lactalis ou Danone constitue un atout supplémentaire

Hélène ROGÉ

Il me semble que, s'agissant de la grande distribution, la situation de l'Ouzbékistan est similaire à celle du Kazakhstan. On trouve à Tachkent des centres commerciaux tenus par des Turcs et de plus en plus de centres commerciaux pour la distribution de produits alimentaires. Toutefois, les Ouzbèkes sont plutôt enclins à faire leurs courses dans les bazars.

Éric COKINI

En Ouzbékistan, de nombreux bazars permettent à la population de s'approvisionner en toute sorte de produits. Les supermarchés installés à Tachkent et dans les grandes villes du pays offrent des produits à des prix plus élevés que dans les autres lieux d'achats. Cependant, l'implantation de supermarchés peut permettre de développer la production locale de biens de consommation courante.

Robert PEJAC, Directeur général, Synergy Resources

Notre PME, qui est installée au Kazakhstan depuis 2004, emploie aujourd'hui un peu moins de 100 personnes. Elle opère dans le secteur des services pétroliers et miniers. Depuis quelques années, il existe une obligation légale de local content (recours obligatoire à des produits ou à des services locaux, parfois à hauteur de plus de 50 %). Si cette mesure peut encourager les entreprises étrangères à produire localement, le problème des work permits complique la mission des investisseurs. L'obtention de ces permis est de plus en plus contraignante alors qu'il est difficile de trouver des spécialistes sur le marché local. Ainsi, il nous faudrait plus de temps pour garder nos spécialistes européens et parfaire la formation du personnel kazakh.

Jean-Jacques GUILLAUDEAU

La situation est en effet paradoxale : le Kazakhstan demande plus de transferts de technologies et de savoir-faire mais rend en même temps plus difficile la venue des experts étrangers. Nous avons transmis le message au ministre de l'industrie, au ministre de l'économie et au Premier ministre. La question des visas de travail et du statut des VIE et des VIA sera abordée lors de la prochaine Commission mixte entre le Kazakhstan et la France

Thomas COMPTE, Vice-président sales Europe, Vallourec

Nous sommes confrontés à la concurrence des Chinois qui reçoivent des soutiens massifs de leurs pouvoirs publics. Comment les institutionnels français peuvent-ils contrebalancer cet avantage compétitif ?

Jean-Jacques GUILLAUDEAU

La seule méthode efficace consiste à présenter des procédures anti-dumping à l'OMC. Il s'agit néanmoins de dossiers lourds qui demandent un temps important. Il est également possible de démontrer aux clients que si les produits sont plus chers, c'est parce qu'ils sont de meilleure qualité.

Thomas COMPTE, Vice-président sales Europe, Vallourec

J'évoquais surtout les incentives financiers des autorités chinoises qui couvrent les risques et permettent d'assurer des financements sur un ou deux ans. Ces procédés rendent l'offre chinoise encore plus compétitive.

Jean-Jacques GUILLAUDEAU

Nous ne disposons que de la Coface qui ne peut offrir que ce qu'elle a dans l'état actuel de ses finances.

Aymeri de MONTESQUIOU

Il est manifeste qu'aujourd'hui, la Chine possède les plus grandes réserves monétaires du monde. L'année dernière, les Chinois ont donné 10 milliards de dollars au Kazakhstan, dont 2 milliards à usage libre. La qualité des produits et la bonne utilisation des crédits internationaux peuvent constituer une réponse au problème.

Patrick GREGOIRE, Chef de zone export, RAGT Semences

La culture du tournesol se développe fortement des deux côtés de la frontière sino-kazakhe. Me conseillez-vous, à moyen terme, de produire au Kazakhstan pour vendre au Kazakhstan et en Chine ou de produire de l'autre côté de la frontière?

Aymeri de MONTESQUIOU

Je pense qu'il est plus facile de s'implanter au Kazakhstan et j'ignore s'il est possible de le faire en Chine. Le Kazakhstan a un potentiel agricole très important et il me semble aisé d'augmenter par exemple sa production de blé de 20 % en améliorant les semences ou la manière de cultiver la terre. L'introduction de la culture de tournesol au Kazakhstan est enfin tout à fait intéressante.

Azamat KAYYRALIEV, Président de l'Association des Kirghizes de France

Il ne faut pas oublier que quatre des cinq pays d'Asie centrale sont turcophones. De plus, le poids de l'histoire ne doit pas être négligé et les 70 ans de domination soviétique ne peuvent pas être effacés d'un claquement de doigts. Si la Chine est proche de la zone, je pense que les marchés d'Asie centrale sont toujours ouverts. Comme l'a dit le sénateur de Montesquiou, il convient d'investir avec l'aide des fonds internationaux. Aujourd'hui, la France manifeste un réel intérêt à l'égard du Kirghizstan. A partir de cette année, sa représentation diplomatique dans le pays prendra la forme d'une ambassade.

Les Indiens, intéressés par le lithium, l'uranium et de molybdène, sont présents dans la région. La société Areva travaille-t-elle dans ces domaines ? Par ailleurs, que doit faire le Kirghizstan pour attirer les sociétés françaises ?

Pierre HUBERT

Il existe une usine d'affinage à côté de Bichkek qui travaille sur de l'uranium en provenance du Kazakhstan. De petites sociétés avaient commencé des travaux au Kirghizstan pour trouver de l'uranium mais j'ignore si ces derniers ont abouti. Il est vrai qu'il est nécessaire d'investir dans des travaux géologiques et qu'Areva cible souvent des lieux qui sont plus proches de la production que du greenfield.

Jean-Jacques GUILLAUDEAU

Ce petit pays qui compte 5 millions d'habitants et dont les réserves en hydrocarbures sont faibles peine à attirer les investisseurs. Deux secteurs sont néanmoins porteurs au Kirghizstan: l'eau et l'électricité d'une part ; le tourisme avec une nature exceptionnelle d'autre part.