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Colloque Moyen-Orient



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II. Les populations

Il convient de distinguer la Turquie et les peuples turcomans, les Kurdes, les Arabes et les Perses.

Ces peuples se vouent entre eux des animosités historiques, malgré la tentative, au début du XXème siècle, de les réunir autour d'une idéologie anticoloniale. Le panarabisme en effet n'a jamais eu le succès espéré. Il a dû laisser la place à une idéologie religieuse, construite sur le mythe de l'oumma. Sur le plan géopolitique néanmoins, cette idéologie reste relativement « molle » et nécessite d'être portée par un leader charismatique, ce qui se traduit par une grande difficulté à mettre en place des accords inter-économiques entre ces Etats. Nous pourrions presque considérer qu'Israël constitue le seul point de ralliement du monde arabe.

III. L'Irak implosé

La nouvelle donne en Irak constitue l'un des éléments au coeur de la situation du Moyen-Orient. Nous parlons d'implosion dans la mesure où ses frontières externes, elles, restent stables. Malgré la nouvelle constitution de 2005 en effet, les rivalités entre Irakiens ont tendance à augmenter. Ainsi, les attentats entre sunnites et chiites sont-ils plus nombreux que ceux dirigés contre les Américains. Cette guerre civile, qui a démarré avec l'intervention anglo-américaine de 2003, laisse aujourd'hui deux questions en suspens, concernant, d'une part, le maintien ou non des troupes américaines et d'autre part, la répartition du pays. Le Kurdistan en effet a acquis une grande autonomie. La langue arabe y est en voie de disparition. Il dispose en outre de sa propre armée et s'est déclaré propriétaire des nappes de pétrole sur son territoire. Actuellement, le seul élément commun reste la monnaie. Néanmoins, la décision d'accroître ou non l'autonomie du Kurdistan se joue davantage à Ankara et à Washington qu'à Bagdad.

La zone sunnite, historiquement située entre le Tigre et l'Euphrate, c'est-à-dire là où était la richesse, a perdu le pouvoir au moment de la chute de Saddam Hussein en 2003. Elle représente à peine 20 % de la population. En principe partisane d'un Etat fort, elle reste néanmoins extrêmement divisée.

Disposant sur son territoire de deux des lieux saints du chiisme, l'Irak est en réalité un grand pays chiite, même si cette communauté est plus précisément située entre la frontière de l'Iran et l'ouest de l'Irak, près de la zone de Karbala. Malgré sa victoire aux élections, cette communauté connaît de nombreuses divisions (entre ceux qui sont au gouvernement et ceux qui ne le sont pas, entre les proaméricains et ceux qui souhaitent le départ des forces d'occupation, entre Karbala et Nadjaf, entre les partisans de l'Iran et les indépendants, etc.)

A ces facteurs d'implosion interne s'ajoute le cadre régional, notamment l'influence prépondérante de l'Iran qui pourrait s'avérer plus pacificatrice si son gouvernement acceptait de passer un accord sur le nucléaire avec la communauté internationale. Or ce pays a compris que plus les Américains seraient embourbés en Irak, plus il aurait les mains libres sur le nucléaire. Du point de vue des stratèges iraniens, ce principe de sanctuarisation du territoire est logique. Il découle de leur sentiment d'être encerclé par les Américains, qui disposent au nord et au sud du pays de 23 bases et de 48 facilités de déploiement de matériel, sentiment renforcé par le concept de guerre préventive développé en 2003.

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