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Actes du colloque SÉNAT - UBIFRANCE

Table des matières


Actes du colloque SÉNAT - UBIFRANCE

« Rencontres Russie 2010 »

Jeudi 21 octobre 2010
Palais du Luxembourg

 

 

 

Tribune des intervenants
salle Clemenceau

Patrice GÉLARD, président du groupe d'amitié France-Russie du Sénat

Christophe LECOURTIER, directeur général d'Ubifrance

 

 

 

Anne-Marie IDRAC, secrétaire d'État chargée du Commerce extérieur

Elvira NABIULLINA, ministre du Développement économique de la Fédération de Russie

Konstantin ROMODANOVSKII, directeur général du Service fédéral d'immigration de la Russie

Ouverture du colloque

Message de Gérard LARCHER, Président du Sénat

(lu par Patrice GÉLARD, Président du groupe interparlementaire d'amitié France-Russie du Sénat)

En guise de préambule, je vous propose de donne lecture d'une déclaration de M. Gérard Larcher, Président du Sénat, qui n'a malheureusement pas pu être parmi nous aujourd'hui et qui m'a donc chargé de porter sa parole :

« Messieurs les Présidents, Chers collègues, Mesdames et Messieurs,

Le Sénat est heureux d'accueillir cette nouvelle édition des « Rencontres Russie » qui, une fois par an, nous permet de faire un point concret sur les relations économiques et commerciales franco-russes.

Cette journée est d'autant plus utile qu'elle s'inscrit dans le cadre de « l'Année croisée France-Russie 2010 », marquée comme vous le savez par un calendrier dense de manifestations, d'échanges bilatéraux et de visites politiques de haut niveau.

L'ordre du jour très chargé en ce moment ne me permet pas, hélas, d'être des vôtres ce matin, mais je tenais à adresser à toutes et à tous un chaleureux message de bienvenue.

Ce colloque, organisé en partenariat avec Ubifrance, se déroule sous l'égide du groupe d'amitié France-Russie. Je ne crois pas nécessaire de rappeler l'engagement actif de ce groupe - à commencer par son président, le Doyen Patrice Gélard - dans la promotion des relations franco-russes.

La Russie est un partenaire majeur de l'Union européenne, au plan politique comme au plan économique, où les entreprises françaises peuvent profiter d'intéressantes opportunités d'affaires.

Nos interlocuteurs russes nous le disent régulièrement : la Russie ne se résume pas à Moscou ou à Saint-Pétersbourg, et nos regards doivent aussi se porter vers d'autres régions moins visitées de ce pays-continent.

Plusieurs collectivités locales françaises ont déjà franchi le pas de la coopération décentralisée avec des villes ou des régions russes plus lointaines. Je forme le voeu que nos opérateurs économiques participent nombreux à ces relations avec ces provinces orientales.

Je suis certain que les intervenants de cette journée vous feront partager notre enthousiasme pour un pays et un peuple avec lesquels, de longue date, la France entretient des liens privilégiés. Je vous souhaite à tous de fructueux travaux, et une excellente journée au Palais du Luxembourg. »

Christophe LECOURTIER,
Directeur général d'Ubifrance

Je me réjouis de participer à l'ouverture de ces 10èmes rencontres Russie, qui sont pour nous l'occasion de faire le point sur la coopération entre nos deux pays, et je remercie une fois de plus le Sénat de nous accueillir dans ses locaux prestigieux.

Nous organisons ce dixième anniversaire dans des conditions favorables au développement des relations économiques franco-russes. Les exportations ont en effet été multipliées par quatre et les importations par cinq, au cours de la période récente.

Les échanges entre nos deux pays ont crû de 40 % au cours des sept premiers mois de l'année 2010 et la Russie, où nous comptons dorénavant 438 implantations, est devenue la dixième destination pour les échanges que nous effectuons avec l'étranger. Parallèlement, nous concluons avec ce pays des partenariats industriels, dans des domaines aussi divers que le spatial, l'aéronautique ou la télévision numérique.

Dans ce contexte particulièrement propice à la coopération économique et commerciale entre nos deux pays, marqué notamment par l'année croisée, Ubifrance s'efforce d'être au diapason et de mettre en oeuvre des actions concrètes à destination des entreprises françaises. 800 d'entre elles vont ainsi découvrir la Russie, grâce aux actions que nous mettons en oeuvre. Nous venons notamment d'organiser à Moscou, du 6 au 9 octobre, une exposition intitulée « L'Art de vivre à la française », laquelle a réuni 170 entreprises dans le secteur du design et de l'ameublement d'intérieur. Le deuxième grand rendez-vous que nous organisons se tiendra les 27 et 28 octobre, à Moscou également, et sera dédié aux vins et spiritueux. Enfin, un forum d'affaires multisectoriel sera organisé par nos soins, toujours dans la capitale russe, du 8 au 9 décembre 2010, et coïncidera avec la rencontre entre nos deux premiers ministres, prévue à cette même date.

Pour finir, je souhaiterais vous rappeler que les équipes d'Ubifrance, composées d'une trentaine de personnes réparties entre Moscou, Saint-Pétersbourg et Ekaterinbourg sont à votre disposition pour entretenir la dynamique que je viens d'évoquer. N'hésitez donc pas à vous adresser à elles.

Patrice GÉLARD,
Président du Groupe interparlementaire d'amitié France-Russie du Sénat

Le groupe interparlementaire d'amitié France-Russie, qui est l'un des plus importants du Sénat puisqu'il compte 70 sénateurs environ, s'est rendu à Moscou il y a une dizaine de jours et a bénéficié d'un accueil particulièrement chaleureux. Les relations franco-russes sont en effet au beau fixe, ce dont nous ne pouvons que nous réjouir.

Dans le cadre de l'année croisée France-Russie, notre groupe d'amitié s'était fixé trois objectifs.

Nous souhaitions notamment remédier au problème des visas, qui contrarie la liberté de circulation entre nos deux pays. La Russie est en effet un pays européen et nous estimons que l'exigence des visas devrait être supprimée. Une telle décision relève toutefois de l'ensemble des membres de l'espace Schengen qu'il nous faut préalablement convaincre. La situation progresse néanmoins et j'espère que les visas touristiques au moins pourront prochainement être supprimés.

Notre groupe d'amitié s'était également fixé pour objectif de parvenir à la signature d'une convention franco-russe sur le droit de la famille, compte tenu du nombre croissant des couples mixtes. Si une solution a été trouvée pour l'adoption, le problème reste actuellement entier en cas de divorce et de litige pour la garde des enfants. Nous avons toutefois bon espoir que cette question soit résolue d'ici à la fin de l'année.

Notre groupe souhaite par ailleurs promouvoir l'enseignement de la langue russe en France, lequel décline inexorablement. A l'exception de cette année où un poste d'agrégé de russe a été ouvert au concours, nous n'avions recruté aucun professeur dans cette discipline au cours des trois années précédentes. Aucun poste n'a été ouvert non plus à l'École normale pour les slavisants, au cours de la période récente. Cette situation est inacceptable et nous devons par conséquent nous battre pour promouvoir l'enseignement de cette langue et de cette civilisation dans notre pays.

A cet égard, nous avons notamment le projet de favoriser la création, en France et en Russie, de deux établissements totalement bilingues. Nous souhaitons également conforter et développer le lycée français à Moscou et favoriser, de manière plus globale, l'enseignement du français en Russie.

Nous nous réjouissons par ailleurs du développement de la coopération décentralisée, à laquelle le président du Conseil de la Fédération de Russie, M. Mironov, est particulièrement attaché, et qui a pris avec succès la relève des anciens jumelages, au cours de la période récente. Nous devons en effet promouvoir les échanges avec les collectivités territoriales mais également avec les chambres d'agriculture et d'industrie, les hôpitaux et les universités, afin de conclure des partenariats tous azimuts avec nos amis russes.

Interventions des Ministres

Anne-Marie IDRAC,
Secrétaire d'État chargée du Commerce extérieur

Je suis heureuse de participer à cette nouvelle édition des rencontres France-Russie organisées par Ubifrance et le Sénat, et je remercie mon homologue russe d'honorer de sa présence ce séminaire.

Tout au long de cette année croisée 2010, le lien entre nos deux pays n'aura cessé de se renforcer. Nos exportations à destination de la Russie ont ainsi augmenté de 30 % sur les huit premiers mois de l'année 2010, ce qui est évidemment colossal ; plusieurs dizaines d'accords et de grands contrats ont en outre été signés entre les entreprises de nos deux pays

Ces derniers mois ont également été marqués par une densification sans précédent des rencontres politiques au plus haut sommet. Le Président Medvedev s'est ainsi exprimé devant le MEDEF en mars dernier, tandis que le Président Sarkozy a participé au forum international de Saint-Pétersbourg qui s'est tenu en juin. Christine Lagarde et moi-même sommes déjà allées deux fois en Russie cette année et j'aurai tout à l'heure, avec Mme Nabiullina ici présente, une rencontre de travail qui sera évidemment très constructive.

Cette année croisée n'est pas terminée et nous n'avons bien évidemment nullement l'intention de relâcher nos efforts à l'aube de l'année 2011. Nous entendons, bien au contraire, poursuivre sur cette lancée, dans la dynamique créée par l'organisation du forum d'affaires multisectoriel de Moscou, les 8 et 9 décembre prochains et par la tenue, en parallèle, d'un séminaire intergouvernemental, co-présidé par nos deux Premiers ministres.

Au-delà de cette année croisée, nous nous sommes ainsi fixé quelques axes de travail pour renforcer la coopération entre nos deux pays, au premier rang desquels la diversification géographique. Nos entreprises doivent en effet sortir des centres habituels de Moscou et de Saint-Pétersbourg pour tenter leurs chances dans des villes intermédiaires telles qu'Ekaterinbourg, Kazan, Mourmansk ou Sotchi, lesquelles représentent, à n'en pas douter, un réel potentiel pour les investisseurs français. Cette diversification géographique a d'ailleurs déjà commencé à porter ses fruits, comme en attestent le contrat remporté par Freyssinet pour la construction du plus long pont à haubans du monde, dans la région de Saint-Pétersbourg, ou le contrat pour la construction du gazoduc Nord Stream.

Le deuxième axe de travail que nous nous sommes fixé n'est autre que celui d'une diversification thématique de nos échanges, en renforçant notamment les secteurs de l'efficacité énergétique, de la finance et, de manière plus transverse, de l'innovation.

L'efficacité énergétique représente un marché colossal en Russie, et nous avons donc faire le choix d'en faire l'un des sujets phare de notre coopération bilatérale. Un centre franco-russe spécialisé dans ce secteur est ainsi en cours de construction et commencera à fonctionner l'année prochaine. A noter que la promotion de l'efficacité énergétique ne se limite pas aux nouveaux projets mais a vocation à s'appliquer également aux usines et aux logements existants.

Le secteur de la finance, sur lequel nous souhaitons également faire porter nos efforts, est un domaine de coopération plus ancien entre nos deux pays. Les banques françaises sont en effet particulièrement bien implantées en Russie et se développent également dans le secteur de l'assurance. Des accords ont en outre été signés entre les autorités de supervision de nos deux pays.

S'agissant de l'innovation et des nouvelles technologies, la participation de la France au développement de la « Silicon Valley » russe, située à Skolkovo à proximité de Moscou, est vivement souhaitée par les autorités. La question de l'innovation sera en outre au coeur de notre dialogue sur la promotion des investissements. Nous ferons en effet en sorte de promouvoir l'investissement français en Russie et l'investissement russe en France dans tous les secteurs d'activité innovants.

Je me réjouis de constater que l'année croisée marquera le début d'un nouveau cycle de relations entre nos deux pays, lequel sera marqué par la conclusion de partenariats franco-russes toujours plus nombreux. A cet égard, la France aura un rôle moteur à jouer dans la mise en oeuvre, à plus large échelle, d'une coopération fructueuse entre la Russie et l'Union européenne. Notre pays devra favoriser en outre l'adhésion de la Russie à l'OMC.

Elvira NABIULLINA,
Ministre du Développement économique de la Fédération de Russie

C'est un grand plaisir pour moi d'être présente parmi vous aujourd'hui pour évoquer les relations économiques entre nos deux pays, lesquelles ont été particulièrement dynamisées par l'organisation de l'année croisée, et dont nous avons pu constater la solidité à l'épreuve de la crise économique que nous venons de traverser.

Cette crise nous a contraints à rechercher de nouvelles perspectives de coopérations entre nos deux pays, sans marquer pour autant un coup d'arrêt aux projets en cours. Forts de la grande résistance dont nous avons fait montre, dans un contexte aussi difficile, nous espérons enregistrer, en 2011, une croissance de notre PIB de l'ordre de 4 %. Les chiffres de l'année 2010 démontrent d'ailleurs que nous avons su nous reconstruire de manière dynamique. Nous avons en effet enregistré une croissance de 9 % de notre production industrielle durant les dix premiers mois de l'année et nous pouvons nous prévaloir d'indicateurs macro-économiques assez stables. Notre dette s'établit en effet à 11 % du PIB seulement et notre déficit, de l'ordre de 5 % du PIB, devrait s'établir à 3,6 % l'année prochaine. Nous disposons par ailleurs d'une réserve en devises de 500 milliards de dollars, ce qui constitue une base de stabilité suffisante pour notre économie et nous permet de ne pas trop faire peser la dette sur les ménages.

Notre système bancaire a quant à lui traversé la crise en conservant une certaine stabilité, grâce à une intervention mesurée de l'État, qui a profité tout à la fois aux banques russes et aux banques étrangères.

Nous comptons nous appuyer sur cette relative stabilité pour promouvoir la modernisation de notre économie, laquelle devra s'appuyer sur un certain nombre de réformes structurelles. Ce processus de modernisation devra concerner tous les secteurs, qu'il s'agisse de secteurs purement industriels comme celui de l'énergie, par exemple, ou de secteurs d'activités présentant un potentiel humain de développement particulièrement important. L'accent sera ainsi notamment mis sur les secteurs de l'aéronautique ou de l'automobile. Le marché russe de l'automobile est en effet très prometteur et devrait croître de près de 4 millions d'unités par an, dans les prochaines années.

Nous disposons par ailleurs d'un bon carnet de commandes dans le secteur de la construction navale et l'agriculture reste un secteur tout à fait prometteur, où le volume d'investissements étrangers se développe. Le secteur pharmaceutique est également envisagé comme un domaine prioritaire de développement par notre gouvernement. Nous souhaitons permettre l'émergence d'innovations technologiques sur notre sol, ainsi que l'implantation de centres de fabrication.

L'accent devra également être mis sur la promotion des secteurs de l'éducation et de la santé, qui restent pour nous primordiaux. A cet égard, nous favoriserons les investissements privés dans ces deux domaines, en exonérant notamment de l'impôt sur les bénéfices les entreprises qui contribueront au développement de ces deux secteurs.

La modernisation de notre économie passera en outre par une attention accrue portée à tous les processus d'innovations, dans des domaines aussi divers que ceux de l'efficacité énergétique, les technologies nucléaires, les technologies de communication, l'espace et la pharmaceutique. A cet égard, le nouveau centre d'innovations que nous sommes en train de mettre en place à Skolkovo ne manquera pas de donner une impulsion à la recherche, dans tous ces domaines. L'un des principes fondateurs de ce centre est que tous les projets y seront menés en coopération avec des partenaires étrangers, que nous choisirons parmi les plus brillants et les plus dynamiques. En promouvant ce type d'initiatives, l'État russe cherche à créer un climat d'affaires propice aux investissements sur le sol national.

Dans ce même esprit, nous avons pris des mesures d'urgence pour que les hommes d'affaires puissent travailler en Russie dans des conditions confortables. A cet égard, l'impôt sur les entreprises pratiqué en Russie est le plus bas de tous les pays du BRIC (Brésil-Russie-Inde-Chine). Outre ces avantages fiscaux certains, nous faisons en sorte de réduire les barrières administratives pouvant entraver le business, via l'adoption de lois adaptées. Nous réduisons également le nombre de licences et oeuvrons à la modernisation de nos infrastructures. Nous comptons par ailleurs faciliter les opérations d'import-export grâce à la promulgation d'une nouvelle loi sur les droits de douane.

Notre action ne devra pas se limiter à la promotion des échanges entre grandes entreprises. Il conviendra en effet de faciliter également la coopération entre les PME de nos deux pays. Cette catégorie d'entreprises a en effet sensiblement accru son activité dans le contexte de crise que nous venons de traverser et un quart de la population active travaille dorénavant dans ce type de structures.

Ce processus de modernisation de notre économie passera en outre par une intensification des privatisations, dans les cinq années à venir. Le secteur privé gère à l'heure actuelle 65 % de notre économie et cette proportion pourrait croître encore, dans un très proche avenir, via une réduction des participations étatiques dans nos grandes entreprises et nos grandes banques, et un recours ciblé à des experts internationaux. Le programme de privatisations que nous entendons mettre en oeuvre devrait toucher un nombre important de secteur.

L'état du marché russe, qui repose sur les revenus dont notre population dispose, est actuellement d'une qualité telle, qu'il peut absorber beaucoup. Une telle situation est là encore propice au développement de relations économiques fructueuses avec d'autres pays du globe. Tout comme l'est la bonne tenue des relations politiques entretenues, au plus haut niveau, par les dirigeants de nos deux États.

Conditions d'immigration pour les Français en Russie

Konstantin ROMODANOVSKII,
Directeur général du Service fédéral d'immigration de la Russie

Les processus migratoires jouent aujourd'hui un rôle primordial dans le développement des institutions économiques et sociales et nombre d'États érigent ainsi au rang de priorités la régulation de ce type d'échanges. Nous développons pour notre part une approche pragmatique de toutes ces questions car nous sommes tout à fait conscients du besoin que nous avons d'attirer, dans notre pays, les plus grands spécialistes, dans tous les domaines.

Nous avons ainsi créé la notion de « spécialiste de haut niveau », afin de permettre aux experts internationaux de bénéficier de conditions de travail satisfaisantes sur notre sol (et d'un salaire ne pouvant être inférieur à 50 000 euros par an). Les services de l'immigration ont en effet vocation à simplifier la vie des employeurs et de leurs salariés, en offrant à ces derniers des conditions propices au développement du business. Nous avons supprimé en outre les quotas que nous avions mis en place ou nous les avons tout au moins réduits.

Les spécialistes de haut niveau peuvent ainsi se voir accorder un visa pour une durée de trois ans, qu'il est possible de faire prolonger ensuite, et ce sans limitation de durée. Ces mêmes spécialistes, qui sont soumis au même taux d'imposition sur le revenu que les Russes, peuvent en outre obtenir un permis de séjour pour leurs familles. Ils n'ont par ailleurs plus l'obligation de s'enregistrer sur leur lieu d'habitation.

Conformément à cette nouvelle législation, 1 000 « cartes blanches » ont été accordées au cours de la période qui vient de s'écouler, pour 1 500 demandes enregistrées. Nous avons également oeuvré à la régularisation des statuts des immigrés en provenance de CEI, qui travaillent en Russie. Ces derniers, qui sont originaires d'Ukraine pour 78 % d'entre eux, ne sont soumis à aucun système de visas.

Toujours suivant cette approche pragmatique, nous avons mis au point un brevet payant, destiné aux personnes qui souhaiteraient pouvoir continuer à travailler librement en Russie. L'octroi d'une telle licence nous a déjà rapporté 10 millions d'euros et, d'ici la fin de l'année, 100 000 étrangers supplémentaires devraient acquérir ce document pour travailler dans le domaine des services.

L'accord conclu entre la France et la Russie à Rambouillet, en novembre 2009, à l'occasion du passage du Président Poutine en France, nous a permis de marquer quelques avancées dans le domaine de l'immigration. La conclusion d'accords bilatéraux vient en effet utilement compléter l'évolution de notre législation intérieure, concernant l'organisation des flux de travailleurs, d'un pays à l'autre.

Nous travaillons également activement sur la question des visas et je ne doute pas que nous trouverons une issue favorable à la résolution de cette thématique.

Enfin, nous avons fait en sorte d'améliorer les conditions de vie et de travail, sur notre sol, des travailleurs originaires des pays de la CEI et nous veillerons à poursuivre les efforts consentis en ce sens en 2011.

S'agissant de la modification des procédures d'enregistrement, un projet de loi a été approuvé par la Douma, le 19 octobre dernier. La situation devrait par conséquent sensiblement s'améliorer dans les prochains mois et la venue de spécialistes de haut niveau sur notre sol devrait s'en trouver largement facilitée.

Emmanuel QUIDET, Président de la Chambre de commerce et d'industrie franco-russe

Nous sommes déjà un certain nombre à avoir obtenu des visas de trois ans, ce qui constitue un net progrès. Nous nous trouvons toujours confrontés, toutefois, à des problèmes d'enregistrement qui peuvent nous placer en difficulté en cas de contrôles effectués par la police locale.

Konstantin ROMODANOVSKII

Il est difficile de prévoir les agissements de nos policiers sur le terrain. Ceux-ci sont en effet parfois critiqués, et à juste titre.

Le projet de loi que j'évoquais précédemment a été approuvé par la Douma mais la loi à laquelle celui-ci correspond n'a pas encore été adoptée à ce jour. Si celle-ci venait à l'être, vous ne seriez alors plus contraints de vous enregistrer durant les 90 premiers jours de votre présence sur le territoire. Cette loi devrait également faciliter la circulation d'une ville à l'autre, au sein de la Fédération de Russie. Sachez par ailleurs que ce sont ceux qui vous accueillent qui doivent logiquement procéder à votre enregistrement sur notre sol. En cas de manquement à cette procédure, c'est donc à eux que nous adresserions nos récriminations.

Le nouveau dispositif d'appui public aux entreprises en Russie

Philippe PEGORIER,
Conseiller commercial,
Directeur de la Mission économique Ubifrance près l'Ambassade de France en Russie

Depuis le 1er septembre 2010, dans le cadre de la dévolution des activités commerciales de la Direction générale du Trésor à Ubifrance, une mission économique au service exclusif des entreprises a vu le jour en Russie. Organisée en trois bureaux, respectivement installés à Moscou, Saint-Pétersbourg et Ekaterinbourg, cette mission est chargée de l'accompagnement des entreprises françaises en Russie.

Ceci constitue une nouveauté, dans la mesure où le service économique régional s'occupait par le passé tout à la fois des affaires régaliennes et des affaires commerciales, étant entendu que les premières prenaient parfois le pas sur les secondes, dans le secteur des biens d'équipement, notamment. Une nouvelle organisation a ainsi été mise en place, laquelle repose sur cinq pôles distincts - « Communication, Intelligence marché VIE », « AGROTECH », « ITI », « NTIS » et « MHS ».

La mise en place de cette mission économique unique, répartie sur trois villes de Russie et employant au total une trentaine de personnes, permettra un fonctionnement coordonné de l'aide aux entreprises, sur l'ensemble du territoire russe. Cette structure fonctionnera comme une entreprise, sur la base d'objectifs chiffrés. Nous devrions ainsi venir en aide à 900 entreprises souhaitant s'implanter en Russie, au titre de l'année 2010, ce qui constituera un record encore jamais égalé.

La fin de l'année croisée sera par ailleurs riche en événements. Après l'exposition qui s'est tenue à Moscou au Manège sur « L'Art de vivre à la française », du 6 au 9 octobre, nous organiserons à la fin du mois l'exposition sur les vins et spiritueux, qui devrait réunir plus d'une centaine d'entreprises. Enfin, le forum d'affaires multisectoriel du mois de décembre devrait favoriser les coopérations entre nos deux pays.

Ce programme pour le mois ambitieux devrait continuer à l'être en 2011 - année au cours de laquelle nous devrions organiser une cinquantaine de manifestations, avec l'aide des chambres de commerce françaises, y compris régionales, et des membres de Cap Russie, notamment. Nous avons pour objectif de favoriser la coopération décentralisée entre PME françaises et russes (ce que nous avons déjà fait, d'ailleurs, avec les entreprises de la région d'Ekaterinbourg). Il convient en effet de ne pas limiter notre intervention aux seules villes de Moscou et de Saint-Pétersbourg mais de nous efforcer de couvrir, autant que possible, l'ensemble du territoire de la Fédération de Russie. Pour ce faire, nous devons travailler main dans la main avec tous les acteurs susceptibles de nous aider dans cette entreprise, qu'il s'agisse de la Chambre de commerce franco-russe, des Conseillers du Commerce Extérieur de la France (CCEF) ou de nos partenaires de l'OSCI (Opérateurs Spécialisés du Commerce International), tout en préservant les contacts institutionnels, qui continueront à jouer un rôle important dans la coopération avec ce grand pays.

Alexandre ORLOV,
Ambassadeur de Russie en France

Je vous remercie d'avoir organisé ce séminaire annuel au Sénat pour la dixième année consécutive, et je me réjouis que trois ministres nous aient fait l'honneur de leur présence, attestant par là même de leur volonté de donner un coup d'accélérateur aux relations entre nos deux pays.

Comme l'a souligné le Président Gélard, la question des visas reste un problème majeur entre nos deux États et semble difficile à résoudre, à l'échelle européenne. Angela Merkel se heurte en effet à de fortes résistances dans son pays et dispose en cela d'une marge de manoeuvre plus que réduite. Pour tenter d'avancer malgré tout dans ce domaine, le Président Medvedev a proposé d'élaborer une feuille de route, assortie d'un calendrier bien précis, afin de pouvoir arriver à la suppression du système des visas d'ici cinq ans. Cette question sera également abordée lors du prochain sommet entre l'Union européenne et la Russie, qui se tiendra le 7 décembre.

S'agissant de la signature d'une convention bilatérale sur le droit familial entre nos deux pays, je suis en revanche moins optimiste, compte tenu des faibles progrès accomplis dans ce domaine au cours des derniers mois.

L'année 2010 a par ailleurs été marquée par un certain nombre d'initiatives, visant à enrayer le déclin de l'enseignement de la langue russe en France. C'est ainsi que des sections de langue russe se sont ouvertes dans quelques villes de France et que d'autres sections de ce type devraient voir le jour dans les prochaines années. Il conviendrait en effet de permettre aux parents d'enfants français de choisir le russe comme deuxième ou troisième langue pour leurs enfants. Dans le même temps, il serait évidemment bienvenu d'accroître le volume d'échanges entre étudiants russes et français.

Dans la lignée de l'année croisée qui a suscité un engouement extraordinaire, nous proposons en outre d'organiser, en 2011, une année de la langue russe en France et de la langue française en Russie. Ces deux langues sont en effet porteuses de deux immenses cultures, dont nous devons assurer la promotion.

Enfin, nous devons mettre l'accent sur la coopération décentralisée entre nos deux pays, laquelle sera notamment célébrée et encouragée, dans le cadre des 3èmes rencontres de la coopération décentralisée franco-russe qui se tiendront à Strasbourg, les 26 et 27 novembre prochains.

L'Année Croisée, un nouveau départ pour les relations franco-russes

Jean de GLINASTY,
Ambassadeur de France en Russie

Cette année croisée a remporté un grand succès dans nos deux pays et nous entendons bien poursuivre sur cette lancée positive et porteuse, en profitant de la consolidation et de la stabilisation de la situation économique et politique de la Russie. Si ce pays a vu son PIB chuter de 9,7 % lors de la crise, il est en effet parvenu à gérer efficacement les problèmes induits par ce phénomène économique particulièrement dévastateur, en apportant son aide au secteur bancaire, à l'économie réelle et à la sphère sociale.

Le système politique russe est également suffisamment solide pour bâtir des relations de long terme avec d'autres États et c'est probablement la première fois qu'il y a si peu d' « irritants », sur le plan international, dans les relations entre la Russie et l'Occident. La question de l'élargissement de l'OTAN à l'Ukraine et à la Géorgie, considérée comme une source potentielle de tensions, a notamment été levée et les relations entre la Russie et l'Ukraine se sont parallèlement normalisées. Le réchauffement des relations est également tangible entre la Russie et la Pologne, ce qui devrait faciliter la coopération de la Russie avec l'Union européenne dans son ensemble.

Dans un tel contexte, les autorités russes ont mis l'accent sur la nécessaire modernisation du pays, à tous les niveaux, via une coopération appuyée notamment avec l'Europe. Celle-ci devrait notamment être favorisée par le degré d'ouverture de la Russie, qui pratique d'ores et déjà des droits de douane inférieurs à ceux du Brésil, et ce avant même d'avoir concrétisé son adhésion à l'OMC. La Russie importe en outre massivement certains produits, tels que les médicaments (dont 80 % proviennent de ce processus d'importations). La liberté de circulation des capitaux est en outre totale avec la Russie, ce qui n'est pas le cas avec tous les pays émergents. Enfin, même si la Russie a pris un certain nombre de mesures de protection de son économie durant la crise, nous nous trouvons toutefois, à n'en pas douter, dans une phase d'ouverture durable de notre économie.

Le stock des investissements étrangers, qui représente 10 % du PIB, est déjà très significatif et devrait monter en puissance rapidement, compte tenu du programme de privatisations que le gouvernement russe entend mettre en oeuvre dans les prochains mois.

Nous assistons en outre à une évolution nette et positive des mentalités des Russes, vis-à-vis de la coopération avec l'étranger, et les jeunes générations ne peuvent ainsi plus imaginer faire des études supérieures sans effectuer un stage hors de leurs frontières. Dans le même temps, la société civile émerge à toute vitesse, se démarquant sensiblement des représentations que nous avions jusqu'à présent de la Russie en France.

Parallèlement à la disparition de ces « irritants », qui nuisaient à la qualité des relations entre la Russie et l'Occident, un certain nombre de facteurs de solidarité sont apparus au cours de la période récente. Les questions relatives aux stupéfiants sont ainsi dorénavant traitées de manière solidaire entre les différents pays du globe et nous partageons, avec la Russie, le même souci de limiter le terrorisme et la prolifération des armes nucléaires ; la Russie a d'ailleurs clairement pris position en la matière en votant en faveur des sanctions proposées par les Nations Unies contre l'Iran. La solidarité est ainsi de mise entre nos États, qui partagent la même appréhension des nouvelles menaces auxquelles ils se trouvent confrontés.

Dans un tel contexte, la France devra jouer, aux côtés de l'Allemagne, un rôle particulièrement moteur dans la coopération de la Russie avec l'Union européenne. Pour ce faire, il conviendra de tirer parti de toutes les occasions de rencontres au plus haut niveau, entre les responsables de nos deux pays. Après le comité conjoint sur les questions de sécurité, qui s'est tenu en septembre dernier, et le Conseil Économique Financier Industriel et Commercial (CEFIC), plus bilatéral, qui s'est tenu plus récemment, le sommet de l'OTAN sera ainsi l'occasion d'accueillir le Président Medvedev à Lisbonne, les 19 et 20 novembre prochains. Ce dernier participera également au sommet de l'OSCE à Astana, les 1er et 2 décembre. Enfin, le sommet entre l'Union européenne et la Russie permettra aux dirigeants de nos deux États de se rencontrer à nouveau, le 7 décembre prochain.

L'économie de la Russie, entre sortie de crise, ouverture et modernisation

Philippe BAUDRY,
Ministre Conseiller pour les affaires économiques et financières, Chef des services économiques pour la CEI

I. Une sortie de crise confirmée

L'économie russe s'est bien redressée, après une chute de grande ampleur liée à la crise (de l'ordre de - 8 % en 2009), et ce grâce à la reprise des exportations, et plus particulièrement des exportations de matières premières. Le cours de ces produits s'est en effet vivement redressé, ce dont a bénéficié la Russie qui en détient beaucoup, parmi lesquels le nickel, l'aluminium ou le pétrole. La Russie a ainsi vu son excédent commercial croître au cours des derniers mois, ce qui a permis de soutenir la croissance. La demande intérieure a ensuite pris le relais, puisque les ventes de détail ont progressé de presque 5 % entre janvier et août 2010.

Dans le secteur de la construction, en revanche, le redémarrage de l'activité se fait attendre car les ménages doivent préalablement reconstituer leur épargne avant de pouvoir investir ; les banques font quant à elles montre de prudence et les entreprises de construction ont des difficultés à trouver des crédits.

Malgré cette faiblesse du secteur du BTP, les indicateurs économiques étaient plutôt bien orientés au mois d'août. Ils ont toutefois pâti de la vague d'incendies qui a touché la Russie au cours de l'été, laquelle a eu un impact sur la croissance de -0,8 %. Dans le même temps, l'inflation a augmenté pour s'établir à 6,1 %.

II. Un besoin de modernisation réaffirmé

Dans un tel contexte, le Président Medvedev et le Premier Ministre Poutine ont souligné la nécessité de réformer le modèle économique russe, encore trop basé sur la rente, et qui a démontré sa vulnérabilité durant la crise. La Russie manque en outre de compétitivité à l'exportation, en dépit des performances affichées par certains secteurs. Le pays compte en outre encore 450 villes mono-industrielles, dont certaines sont en grande difficulté. Le tissu de PME reste par ailleurs encore très insuffisant.

La Russie souffre également d'une dépendance excessive aux matières premières et de l'insuffisance des investissements, qu'il s'agisse des investissements russes ou des investissements étrangers. A cet égard, nous ne pouvons que saluer les progrès récemment accomplis en la matière, grâce à l'accord bilatéral signé à Rambouillet en 2009 et à l'assouplissement de la législation en vigueur en matière d'immigration consenti par les autorités russes depuis le mois de juillet dernier. Un forum des investissements se tiendra par ailleurs à Sotchi prochainement. Enfin, un certain nombre d'oblasts, tels que celui de Kalouga notamment, font des efforts importants pour attirer les investisseurs étrangers. Les autorités de Kalouga ont en effet créé des zones industrielles déjà fiabilisées, ainsi qu'un guichet unique permettant de répondre aux demandes des investisseurs dans des délais records.

Le gouvernement russe souhaite également développer l'innovation, en créant une « Innograd » à Skolkovo, aux portes de Moscou.

Il conviendrait par ailleurs de poursuivre les efforts déjà entrepris pour moderniser les marchés financiers.

Le gouvernement russe devra en outre s'efforcer de réduire la présence de l'État dans l'économie du pays, laquelle reste très importante à ce jour, à hauteur de 35 % du PIB.

Il conviendra par ailleurs de réformer les secteurs de l'éducation et de la santé, qui restent des enjeux considérables dans un pays où l'espérance de vie des hommes vient tout juste de commencer à se redresser pour s'établir à 60 ou 61 ans, après n'avoir cessé d'être en chute libre depuis l'effondrement de l'URSS.

Enfin, il faut poursuivre les efforts d'ouverture du marché russe, afin de faire en sorte que la Russie puisse rapidement adhérer à l'OMC. A ce stade en effet nous sommes très proches d'un accord ; les discussions ont déjà été menées à leur terme avec les États-Unis et les négociations se poursuivent avec l'Union européenne. Nous pouvons donc penser que ce dossier aboutira au plus tard courant 2011.

Débat : « De la prospection commerciale à l'implantation : les clés du succès en Russie »

Débat avec la Section Russie des Conseillers du Commerce extérieur de la France, animé par Philippe PELÉ-CLAMOUR, Président, Thaïs Capital Partners, Président de la Commission CEI-Eurasie des CCEF, Fondateur du Courrier de Russie

Philippe PELÉ-CLAMOUR

Servier est une société aujourd'hui en plein essor mais cela n'a pas toujours été le cas. Comment êtes-vous parvenus à pénétrer sur le marché russe ?

Jérôme GAVET, Directeur général, Servier Russie

Nous sommes arrivés en Russie dès 1992 et avons fait le choix de nous y établir dans la durée. Nous avons ainsi ouvert un bureau de représentation qui pouvait se prévaloir d'une activité d'une vingtaine de millions d'euros en 1999. Outre les activités pharmaceutiques promotionnelles, nous avons mis en place un centre de recherches cliniques et avons inauguré notre première usine de production à Sophyno, à proximité de Moscou, en 2007.

Le groupe Servier emploie dorénavant 1 000 personnes en Russie, et comptabilise 250 millions d'euros de chiffre d'affaires. Celui-ci s'élève même à 320 millions d'euros dans sa version consolidée incluant les résultats de ce laboratoire hongrois dont nous sommes actionnaires à 50 %.

Servier en Russie, c'est 1000 personnes, 250 millions d'euros de chiffre d'affaires, et même 320 millions après consolidation de nos résultats avec ceux du laboratoire hongrois dont nous possédons 50 %.

Nous occupons la 9ème place en tant que laboratoire pharmaceutique et sommes leaders sur le marché du médicament de prescription.

Philippe PELÉ-CLAMOUR

Quelles relations entretenez-vous avec les distributeurs ?

Jérôme GAVET

Le marché pharmaceutique russe est terriblement lié à la distribution. Le pays compte actuellement 600 distributeurs environ et nous travaillons pour notre part avec 60 d'entre eux, dont une dizaine couvrent l'essentiel du marché. Au départ, nous surveillions de très près les distributeurs avec lesquels nous travaillions et avions établi avec ces derniers des relations commerciales très strictes. Peu à peu, avec l'ouverture du marché, nous avons pu faire montre de plus de souplesse et nos relations se sont progressivement assainies. De leur côté, les distributeurs russes ont gagné en professionnalisme.

Philippe PELÉ-CLAMOUR

Quels outils propres au secteur de l'énergie pourraient être transférables à celui des PME ?

Luc CHARREYRE, Chef du Bureau de Représentation à Moscou, EDF

EDF a développé en Russie plusieurs types d'activités. Nous achetons et vendons notamment des biens et des services, comme nous le faisions déjà en URSS, depuis 1978.

A l'instar de Servier, nous nous sommes par ailleurs efforcés de développer, au cours des quatre années qui viennent de s'écouler, une présence industrielle aux côtés de nos partenaires russes, ce qui nous a permis de constater que les différences d'approches vis-à-vis de la Russie étaient assez marquées, parmi les acteurs européens.

Philippe PELÉ-CLAMOUR

Quid de votre prise de participation dans le projet de gazoduc South Stream ?

Quels rapports entretenez-vous avec le groupe nucléaire public russe Rosatom ?

Luc CHARREYRE

Nous avons développé un partenariat avec Gazprom, qui passe par l'entrée au capital de South Stream.

EDF a par ailleurs signé en juin dernier, avec le groupe Rosatom, un accord de coopération dans le domaine nucléaire.

Philippe PELÉ-CLAMOUR

Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur les spécificités allemandes et italiennes dans l'appréhension du marché russe ?

Luc CHARREYRE

Nos homologues italiens, anglais ou allemands ont une approche moins problématique que la nôtre de ce marché. Les Français s'interrogent en effet toujours énormément sur la qualité du climat des affaires sur le sol russe, au détriment d'une approche pragmatique de la situation.

Pour notre part, depuis que Poutine a mis l'accent sur le thème de l'efficacité énergétique, nous avons fait en sorte de faire montre de proactivité et avons à ce titre organisé, en janvier 2009, un séminaire sur l'expertise de notre groupe dans ce domaine. Une telle démarche nous a ainsi permis de proposer nos services à Avtovaz, qui a finalement consenti à travailler avec nous.

Nicolas MEGRELIS , Directeur général, Dlia Doucha i Douchi, Président de la section russe

Je suis à la tête d'un important réseau de cosmétiques et de fleurs en Russie, pays dans lequel je suis implanté de longue date et qui possède dorénavant 200 magasins environ. Nous employons environ 750 personnes (contre 1 000 avant la survenue de la crise économique, en 2008). Nous jouons par ailleurs le rôle d'agent sur le sol russe, pour quelques entreprises françaises de l'industrie chimique.

La Russie possède un potentiel de développement énorme et je vous invite tous à venir y investir sans plus attendre, à l'instar du groupe Renault, qui détient dorénavant 25 % d'Avtovaz et qui est désormais le numéro 1 de l'automobile en Russie.

Bruno GRENDENE, SILEC Câble, de la salle

J'ai le sentiment que les Russes sont prêts à nous laisser importer du matériel électrique vers leur pays, à condition que nous consentions à construire des usines sur leur sol d'ici quelque temps. C'est en tout cas ce qu'ils nous font comprendre lorsqu'ils nous accordent les homologations nécessaires à la réalisation du business sur leur territoire.

Jérôme GAVET

Dans le secteur pharmaceutique, la volonté de voir des laboratoires étrangers implanter des usines de production sur le sol russe est clairement mise en avant par les autorités. Ces dernières n'encouragent d'ailleurs les investissements étrangers qu'en vue de dynamiser, à terme, la production locale.

Philippe PEGORIER

De toute évidence, les autorités russes souhaitent attirer les investissements étrangers sur leur sol, afin de voir la production locale se développer, ce qui permettra de drainer en retour l'ensemble du marché.

Luc CHARREYRE

Il me semble pour ma part tout à fait légitime que les autorités russes attendent des entreprises françaises qu'elles les aident à revivifier le tissu industriel de leur pays.

M. LEMPEREUR, société de Tiers payant, de la salle

Quid des systèmes d'assurance santé en Russie ?

Jérôme GAVET

Si l'Etat contribue au financement de l'hospitalisation et de la prise en charge de certaines grandes pathologies, les médicaments restent en revanche majoritairement à la charge des patients. Le gouvernement a donc prévu de mettre en place, à compter de 2012, un système de prélèvements sur les salaires pour financer progressivement la santé.

Franck BENAIM, Groupe Athéna Formation, de la salle

Nous sommes une société d'enseignement du français et j'aimerais savoir quelles sont les possibilités s'offrent à nous pour travailler en Russie, sans entrer en concurrence directe avec les alliances françaises.

Philippe PELÉ-CLAMOUR

Je pense qu'il existe des opportunités de développement dans les régions. Pour ce faire, vous devez veiller à mettre l'accent sur vos critères différenciants, en regard de la concurrence.

Philippe PEGORIER

L'enseignement du français reste de très bonne qualité en Russie. Vous aurez donc à affronter une concurrence sérieuse si vous comptez vous développer dans ce secteur d'activité.

De la salle

Les universités russes, telles que celle de Mourmansk, regorgent d'étudiants parlant parfaitement le français. Nous manquons en revanche d'interprètes très spécialisés sur tel ou tel secteur. A cet égard, ne serait-il pas possible d'envisager l'organisation de séminaires de spécialisation, à destination de ces étudiants possédant déjà un très bon niveau de langue ?

Philippe PEGORIER

Il existe déjà un mastère franco-russe de français des affaires, qui a été créé par la Chambre de commerce franco-russe et qui doit toujours fonctionner.

Lauriane BONNET, Cisco International, de la salle

Nous cherchons à conquérir le marché russe et avions pour ce faire trouvé un distributeur. Notre logiciel de CFAO étant toutefois malheureusement considéré comme un bien à double usage, il nous a fallu un délai de dix semaines pour obtenir la licence et notre distributeur n'est pas sûr de pouvoir continuer à nous accompagner dans notre démarche de conquête.

Anne-Kristina RAMON, Groupe Thalès, de la salle

Je ne saurais que trop vous conseiller de vous y prendre très en amont pour vos demandes d'autorisation. Il convient en outre de faire montre de la plus grande transparence possible, et ce dès le départ.

Christian MEGRELIS, Président d'Exa International, de la salle

La clé d'une implantation réussie en Russie consiste à se lancer à la conquête de ce grand pays en s'entourant préalablement de Russes compétents. Vous ne pourrez en effet travailler correctement en Russie si vous ne faites par l'effort de comprendre et d'aimer le peuple russe.

Dominique DE BLANCHARD, Présidente de Cristofol, de la salle

Je dirige une TPE dans le secteur de la joaillerie et nous venons tout juste d'ouvrir une boutique à l'hôtel Ukraine à Moscou, ce qui ne s'est pas fait sans mal. Partant de là, dans un contexte où l'on ne cesse de nous répéter qu'il faut que nous nous implantions à tout prix en Russie, je m'étonne que la documentation diffusée par Ubifrance recommande à l'inverse « de faire venir les acheteurs en France », dans le secteur particulier de la joaillerie.

Philippe PEGORIER

Les conditions d'importation des métaux précieux restent très délicates.

Kira HOSANY

La recommandation que vous citez était en outre davantage destinée aux personnes cherchant un conseil pour la prospection que pour l'importation, à proprement parler.

Présentation du Forum d'affaires à Moscou, du 8 au 9 décembre 2010

Françoise WARTEL,
Chef de projet Ubifrance

Après l'exposition sur « L'Art de vivre à la française », qui s'est tenue à Moscou du 6 au 9 octobre dernier, et celle sur les vins et spiritueux qui se tiendra à la fin du mois, nous avons décidé d'organiser un forum d'affaires multisectoriel du 8 au 9 décembre prochains.

Nous espérons que ce forum sera inauguré par les deux premiers ministres qui seront présents à Moscou pour un séminaire intergouvernemental à ces mêmes dates. Ce forum constitue un événement important, à forte connotation politique, qui permettra aux entreprises françaises de rencontrer, dans le cadre de rendez-vous B to B ciblés, des décideurs russes de leurs secteurs d'activité. Des tables rondes thématiques seront en outre organisées dans le cadre de ce forum d'affaires, lequel vous offrira également l'occasion de rencontrer les grands acteurs français présents sur le marché russe.