La commission des affaires étrangères a été informée que l’Australie avait décidé de rompre le contrat portant sur la construction de 12 sous-marins d’attaque à propulsion conventionnelle, dérivés de la classe Barracuda. Cette décision brutale, ébruitée par voie de presse, relève d’une attitude cavalière qui semble tourner le dos au partenariat stratégique que la France avait conclu avec l’Australie.

Les conséquences de cette décision seront nombreuses et graves :

  • pour Naval Group et ses sous-traitants, qui s’étaient pleinement engagés dans la réalisation de ce grand contrat, en y apportant leur savoir-faire au meilleur niveau mondial, mais aussi leurs investissements. Il conviendra d’examiner avec soin les compensations qui devront leur revenir. Sur le plan de l’emploi en France, l’impact sera très lourd, avec la perte de centaines d’emplois;
  • pour l’image de la France, qui essuie un camouflet brutal qui témoigne de la considération que lui porte le Gouvernement australien actuel ;
  • pour la stratégie indopacifique de la France, qui reposait notamment sur ce partenariat stratégique ;
  • pour la cohésion entre alliés occidentaux. Après la décision soudaine de la Suisse d’acheter des avions F35, il s’agit cette fois de l’annulation d’un contrat signé avec la France au profit d’une alliance américano-britannique. Après le retrait américain d’Afghanistan décidé et organisé sans aucune concertation avec les alliés de l’OTAN, cet événement doit conduire à évaluer la nature exacte de la relation actuelle entre la France et son allié historique ;
  • pour le partenariat avec l’Australie, dont il convient de se demander s’il a encore une consistance;
  • Sur l’architecture globale de sécurité et la non-prolifération. La vente à un pays non doté de l’arme nucléaire de sous-marins nucléaires d’attaque n’a pas de précédent. Avec le nouveau projet envisagé, les Etats-Unis et le Royaume-Uni changent les règles du jeu. Les conséquences globales en ont-elles été bien mesurées ?

"Je suis profondément choqué par cette nouvelle, mais aussi par les conditions dans lesquelles nous l’apprenons" a déclaré le président Christian Cambon. "Cela remet en cause bien des certitudes. Il va nous falloir examiner toutes les conséquences de cette décision, et je pense d’abord aux salariés de Naval Group. Plus généralement, nous allons devoir nous interroger sur l’attitude récurrente de certains de nos alliés, qui se comportent plus comme des adversaires que comme des concurrents loyaux. Ces dernières années, pour faire avancer les projets, nous avons accepté beaucoup de compromis, nous avons beaucoup tendu la main. Peut-être avons-nous été un peu innocents dans un monde qui ne l’est guère, et qui le sera encore moins demain. Cet événement doit marquer le début d’une prise de conscience pour la défense résolue de nos intérêts".

 La commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées est présidée par M. Christian Cambon (Les Républicains – Val‑de‑Marne).

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