Question de M. MÉLENCHON Jean-Luc (Essonne - SOC) publiée le 22/11/1990

M. Jean-Luc Mélenchon attire l'attention de M. le ministre délégué à l'environnement et à la prévention des risques technologiques et naturels majeurs sur le problème que connaît actuellement le réacteur Phénix de Marcoule. Le 9 septembre dernier, les systèmes de sécurité automatiques ont détecté une baisse anormale de réactivité dans le coeur. En effet, ces réacteurs dits " à neutrons rapides " ou encore " surgénérateurs " utilisent du sodium liquide qui circule entre les barres de combustibles. Mais comme le sodium est un métal qui possède le défaut de s'enflammer spontanément au contact de l'air, le circuit doit être parfaitement étanche. Dans les parties hautes de ce circuit, c'est-à-dire dans les réservoirs qui ne sont pas plein, on introduit un gaz neutre, l'argon, qui ne réagit pas avec le sodium. Mais il apparaîtrait que des turbulences produites par les puissantes pompes qui font circuler le sodium ont entraîné la création de petites bulles d'argon. En se mélangeant ces bulles pourraient en former une plus importante qui se promènerait alors dans tout le circuit. Le passage d'une bulle d'argon dans le coeur d'un réacteur en fonctionnement risquerait d'avoir de graves conséquences. Il souhaiterait connaître son avis sur cette question et aimerait savoir si des mesures vont être prises rapidement afin que cet incident au niveau 2 sur l'échelle de gravité n'ait pas de graves répercussions sur le fonctionnement de la centrale et sur la santé des populations.

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Réponse du ministère : Environnement publiée le 14/02/1991

Réponse. - A l'issue de son 48e cycle de fonctionnement, le réacteur Phénix a été, comme prévu, arrêté du 19 août au 2 septembre 1990 pour réalisation des travaux de maintenance programmés et rechargement en combustible. Le dimanche 9 septembre, alors que le réacteur se trouvait de nouveau, depuis quatre jours, à la puissance maximale autorisée (500 MW thermiques), un arrêt automatique est intervenu, sur l'indication d'une baisse anormale de réactivité dans le coeur. Dans son déroulement, cet incident est apparu comme de même nature que les trois arrêts automatiques survenus les 6, 24 août et 14 septembre 1989, et par conséquent pouvant résulter des mêmes causes. Les analyses et études effectuées à la suite de la première série d'incidents avaient conduit à l'hypothèse que ceux-ci pouvaient avoir été engendrés par une bulle d'argon (gaz neutre utilisé au-dessus des surfaces libres du sodium dans le réacteur) entraînée dans le circuit primaire et traversant le coeurdu réacteur, provoquant ainsi une brusque diminution de puissance. Dès lors, un certain nombre de dispositions avaient été prises pour éviter la répétition de tout incident de cette nature ; en tout état de cause, les vérifications alors effectuées et confirmées depuis par les essais hydrauliques sur maquettes, avaient permis d'exclure toute conséquence pour la sûreté pouvant résulter d'un passage d'une bulle d'argon dans le réacteur. Cependant, le fait qu'un incident du même type ait pu se produire à nouveau a conduit naturellement à s'interroger sur l'efficacité des dispositions prises précédemment en fonction des hypothèses retenues, voire sur la validité même de ces hypothèses. A cet effet, le Commissariat à l'énergie atomique, exploitant du réacteur, a mis en place un comité d'expertises, associant aux spécialistes de ses différentes unités compétentes, ceux d'Electricité de France, de Novatome et de la centrale de Creys-Malville, ainsi que deux experts britannique et allemand particulièrement qualifiés. C'est sur la base des dossiers élaborés par ce comité et des propositions de dispositions correctives présentées par l'exploitant, que le service central de sûreté des installations nucléaires sera amené, compte tenu des avis de ses appuis techniques habituels, à examiner si les conditions réunies sont suffisantes pour lui permettre de proposer l'autorisation de remise en service du réacteur. En tout état de cause, le réacteur Phénix est actuellement arrêté et la reprise de son exploitation ne pourra être envisagée que si les études et analyses faites démontrent la bonne sûreté du réacteur et l'absence de risque pour la santé des populations.

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