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Huitième plan social de Michelin

10e législature

Question d'actualité au gouvernement n° 0020G de M. Marcel Bony (Puy-de-Dôme - SOC)

publiée dans le JO Sénat du 21/03/1997 - page 1588

M. le président. La parole est à M. Bony.
M. Marcel Bony. Ma question s'adresse à M. le ministre de l'industrie, de la poste et des télécommunications.
Monsieur le ministre, l'actualité de ces quinze derniers jours, malheureusement chargée en événements sociaux graves - je
pense en particulier à Renault - a occulté le huitième plan social de Michelin, qui annonce la suppression de 1 445
emplois.
Cette décision n'en aura pas moins un impact important pour l'Auvergne, dans la mesure où 1 052 emplois seront rayés
d'un trait de plume à Clermont-Ferrand.
M. René Régnault. Ah là là !
M. Marcel Bony. Ce huitième plan social est d'autant plus traumatisant - j'aurais même tendance à dire provocateur -
qu'il n'est pas « justifié » par de mauvais résultats financiers, au contraire des précédents. En 1996, le chiffre d'affaires a
même progressé de 7,8 % et les bénéfices nets sont de plus de 3 milliards de francs pour le groupe. De plus, la capacité
d'autofinancement atteint près du double de celle de l'exercice précédent. Il s'agit donc uniquement d'une stratégie
d'entreprise visant à réduire annuellement les coûts de un milliard de francs, et ce pendant trois ans.
Dans ce cadre, certains peuvent toujours, comme M. le ministre délégué au budget, trouver que le plan Michelin traduit «
un principe naturel » et « s'étonner qu'on s'étonne » du paradoxe de son annonce quasi simultanée avec celle de la santé
éclatante de la multinationale.
D'autres peuvent dès lors se demander - j'en fais partie - comment le Gouvernement peut, d'une part, ne pas condamner
cette attitude utilisant les effectifs comme seule variable d'ajustement et, d'autre part, promouvoir une politique de l'emploi
efficace.
Ma question est la suivante : monsieur le ministre, comment allez-vous mettre en pratique l'avènement de l'entreprise
citoyenne qu'appelait de ses voeux M. le Président de la République ?
Autrement dit, avez-vous réellement la volonté de mettre un frein à l'immense drame humain auquel la loi suprême mais
irresponsable du marché et de la bourse nous conduit chaque jour ? En corollaire, comment justifiez-vous, dans ce cas
précis, l'intervention de la collectivité au titre, du Fonds national pour l'emploi et des conventions de conversion ?
(Applaudissements sur les travées socialistes.)



Réponse du ministère : Industrie

publiée dans le JO Sénat du 21/03/1997 - page 1588

M. le président. La parole est à M. le ministre.
M. Franck Borotra, ministre de l'industrie, de la poste et des télécommunications. Monsieur le sénateur, il est vrai
que l'entreprise Michelin opère dans un secteur qui est probablement l'un des plus concurrentiels qui soient. Vous faisiez
état d'une augmentation de 7 % de ses ventes, et vous avez raison. Cependant, il faut que vous sachiez que, pendant ce
temps, son principal concurrent, qui est Bridgestone, a augmenté ses ventes de 16 %.
Il faut bien comprendre que les entreprises sont dans une situation de concurrence croissante, en particulier dans le
domaine des pneumatiques.
M. Raymond Courrière. C'est ça l'entreprise privée !
M. Franck Borotra, ministre de l'industrie, de la poste et des télécommunications. Or, l'entreprise « citoyenne »,
c'est d'abord une entreprise compétitive, parce que, si elle n'est pas compétitive, elle se condamne.
Mme Hélène Luc. Pour que les entreprises soient compétitives, il faut que le pouvoir d'achat augmente !
M. Franck Borotra, ministre de l'industrie, de la poste et des télécommunications. Aujourd'hui, Michelin doit
s'adapter aux conditions de la concurrence pour sauver son activité, sauver ses emplois.
Mme Marie-Claude Beaudeau. Il faut donc licencier !
M. Franck Borotra, ministre de l'industrie, de la poste et des télécommunications. Si elle n'agit pas ainsi dès
maintenant, elle se trouvera dans la situation de Renault, avec toutes les conséquences sociales qui pourront en découler,
voire la mise en cause de son existence.
Je voudrais insister sur plusieurs points. Premièrement, la concurrence est très forte parce qu'il y a deux concurrents sur le
marché mondial, Goodyear et Bridgestone. Deuxièmement, la pression des constructeurs automobiles sur les
équipementiers, en particulier sur les producteurs de pneus, est considérable, tout simplement parce que leur situation
difficile les amène à reporter sur eux une partie de leurs difficultés. Enfin, troisièmement, l'entreprise, qui avait il y a trois
ans un endettement trois fois supérieur à ses fonds propres a, certes, redressé sa situation financière - son endettement est
aujourd'hui au même niveau que ses fonds propres - mais, face à la concurrence, ce n'est pas suffisant et il lui faut
poursuivre ses efforts si elle veut maintenir son activité et si elle veut continuer à être une des premières du monde.
(Exclamations sur les travées socialistes ainsi que sur les travées du groupe communiste républicain et citoyen.)
M. Claude Estier. Au détriment uniquement des emplois !
M. Franck Borotra, ministre de l'industrie, de la poste et des télécommunications. Voilà pourquoi elle a proposé un
plan de 1 445 suppressions d'emplois, présenté le 6 mars devant le comité d'entreprise. Mais, grâce aux mesures
d'aménagement et de réduction du temps de travail, plus de 700 emplois ont pu être préservés, de telle manière que
l'opération, qui consiste à adapter les coûts de cette entreprise aux conditions de la concurrence, se fera sans
licenciements secs.
En réalisant cette opération, l'entreprise s'engage dans l'avenir, maintient sa compétitivité et, du même coup, sauve les
emplois qui constituent l'essentiel de l'organisation de l'entreprise. (Vives protestations sur les travées du groupe
communiste républicain et citoyen. - Applaudissements sur les travées du RPR, des Républicains et Indépendants
et de l'Union centriste, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)
Mme Marie-Claude Beaudeau. Il faut licencier, sinon on n'est pas compétitif ! C'est incroyable !
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