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Restrictions à la liberté du culte au Tibet

11e législature

Question écrite n° 02149 de M. Michel Charzat (Paris - SOC)

publiée dans le JO Sénat du 31/07/1997 - page 2031

M. Michel Charzat attire l'attention de M. le ministre des affaires étrangères sur les restrictions drastiques à la liberté du culte au Tibet et le durcissement radical de la Chine à l'encontre du dalaï-lama, chef spirituel du bouddhisme tibétain. En effet, selon l'agence indépendante d'information " Tibet Information Netword ", qui cite des sources chinoises, le dalaï-lama n'est plus considéré comme un chef religieux par les autorités de Pékin qui viennent d'interdire toute possession ou affichage de ses photographies, tant dans les lieux de culte qu'à titre privé. La libération de la pratique religieuse instituée au début des années 1980 semble " ainsi prendre fin et l'on peut craindre à présent une radicalisation de la répression. L'application de cette interdiction s'est déjà heurtée à une vive résistance des moines et de la population avec pour conséquences un certain nombre d'arrestations et la fermeture de grands monastères. Il lui demande si cette contestation par Pékin de l'autorité spirituelle du dalaï-lama sur le bouddhisme tibétain, faisant suite à la disparition de l'enfant reconnu comme XIe planchen-lama par le dalaï-lama, peut influer sur la position de notre pays vis-à-vis du problème sino-tibétain. La France souhaite depuis des années que " s'engage un dialogue constructif entre les autorités chinoises et le dalaï-lama, chef spirituel des Tibétains et prix Nobel de la paix, internationalement reconnu comme un interlocuteur pacifique et modéré ". La Chine refusant désormais de considérer le dalaï-lama comme le " chef spirituel des Tibétains ", il souhaite dès lors connaître dans quelles conditions notre pays peut poursuivre ses efforts en faveur du règlement de cette situation.



Réponse du ministère : Affaires étrangères

publiée dans le JO Sénat du 28/08/1997 - page 2199

Réponse. - L'honorable parlementaire a bien voulu attirer l'attention du ministre sur les atteintes à la liberté du culte constatées actuellement au Tibet et sur le durcissement radical des autorités chinoises à l'encontre du dalaï-lama, chef spirituel du bouddhisme tibétain. Le Quotidien du Tibet s'est en effet fondé sur les instructions du président chinois Jiang Zemin pour confirmer en mai 1996 l'interdiction de détenir des photographies du dalaï-lama et inciter à " l'affaiblissement de l'influence de la religion au Tibet ". Cette interdiction semble avoir été mise en pratique dans les hôtels et restaurants, les écoles et les monastères ; des perquisitions de domiciles privés semblent par ailleurs avoir été conduites. Cette interdiction, faisant suite à l'imposition par le Gouvernement chinois d'un autre candidat que celui choisi par le dalaï-lama pour la réincarnation du panchen-lama, est à l'origine des plus fortes émeutes au Tibet depuis la fin des années 80. A la suite de ces manifestations, les autorités chinoises ont, en outre, procédé à la fermeture de plusieurs monastères, à l'arrestation de nombreux moines et à la mise en place de nouveaux cours d'" éducation politique ". Concernant le cas du petit panchen-lama, les représentants de l'Union avaient exprimé en janvier 1996 leur préoccupation sur le sort de ce jeune enfant. Leurs interlocuteurs chinois leur ont alors répondu que le jeune Tibétain " était en bonne santé ", mais que l'endroit où il se trouvait ne pouvait être révélé " pour des raisons de sécurité ". Ces assurances avaient été réitérées en mai 1996 par le représentant chinois auprès des Nations unies à Genève, M. Wu Jianmin, lors de la dernière session du comité des Nations unies pour les droits de l'enfant. Lors de son dernier séjour à Paris, le dalaï-lama a confirmé que le jeune panchen-lama se trouvait détenu aux environs de Pékin. De manière plus générale sur la question tibétaine, le Gouvernement français a pris note de l'appel lancé en faveur du respect des droits fondamentaux du peuple tibétain, par 350 parlementaires français. De plus, lors de la mission qu'il a effectuée en mars dernier au Tibet, l'ambassadeur de France en Chine a évoqué plusieurs cas individuels avec les autorités de la région autonome. Le Président de la République a fait part au président Jiang Zemin, le 16 mai dernier, des préoccupations qu'inspirait la question du Tibet. Le ministre des affaires étrangères ne manquera pas d'interroger de nouveau les autorités chinoises sur le respect des droits fondamentaux de la personne humaine au Tibet. Parallèlement, l'Union européenne devrait pouvoir aborder cette question dans le cadre du dialogue qu'elle renouera à l'automne avec la Chine.