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Enseignement de l'informatique dans les établissements de second degré et à l'Université

11e législature

Question orale n° 0031S de M. Jacques Valade (Gironde - RPR)

publiée dans le JO Sénat du 19/09/1997 - page 2237

M. Jacques Valade rappelle à M. le ministre de l'éducation nationale, de la recherche et de la technologie que l'évocation de la société de l'information est devenue systématique. L'informatique et ses applications les plus sophistiquées en constituent la base essentielle. Les étudiants, les enseignants, les chercheurs, maintenant les chefs d'entreprise et tous nos concitoyens en deviennent les utilisateurs. Il convient, de ce fait, de mettre les enseignants, l'Université et les universitaires en situation d'affronter cette mutation inéluctable et rapide des sciences et des techniques de l'information. Actuellement, l'enseignement de l'informatique au lycée - même s'il est assuré d'une façon satisfaisante - ne l'est qu'à partir d'un volontariat et de la bonne volonté de professeurs d'autres matières. Il en va, de même, trop souvent, à l'Université. Il importe, par conséquent, de mettre en place rapidement une réelle formation initiale pour l'enseignement de l'informatique au sens large du terme, et de la sanctionner par un CAPES et une agrégation en informatique, à l'image de ce qui a été fait pour d'autres disciplines, pour certaines de moindre rayonnement. Le développement de l'informatique n'est pas seulement lié à des investissements et à des équipements. Il dépend de la bonne maîtrise de la discipline et de la qualité des chercheurs et des formateurs dans ce domaine. Ces nouveaux diplômes seraient une bonne voie pour assurer la qualité des enseignements dispensés et permettraient un meilleur développement des innovations pédagogiques et des animations interdisciplinaires. Ils seraient un soutien considérable pour ces nouvelles technologies permettant à notre pays de répondre au défi des nouvelles techniques de l'information et de la communication. En conséquence, il lui demande de bien vouloir lui faire part de son sentiment sur l'opportunité de la création rapide de ces diplômes : CAPES et agrégation en informatique.



Réponse du ministère : Enseignement scolaire

publiée dans le JO Sénat du 15/10/1997 - page 2735

M. Jacques Valade. Madame le ministre, ma question est relative à l'enseignement de l'informatique, et plus
particulièrement aux diplômes de l'enseignement supérieur dans cette discipline.
L'évocation de la société de l'information est désormais systématique, mais si la question des moyens nécessaires à sa
mise en place est toujours soulevée, la formation des hommes est parfois un peu oubliée. Or l'informatique et ses
applications les plus sophistiquées constituent une base essentielle pour le développement de notre société : les étudiants,
les enseignants, les chercheurs et désormais les chefs d'entreprise et tous nos concitoyens deviennent ainsi des utilisateurs
de ces technologies nouvelles et bénéficient des bienfaits apportés par celles-ci. L'évocation d'Internet, par exemple, est
devenue incantatoire.
Il convient, de ce fait, de mettre les enseignants, l'université et les universitaires en mesure d'affronter cette mutation,
inéluctable et très rapide, des sciences et des techniques de l'information.
Actuellement, la situation est un peu étrange. En effet, l'enseignement de l'informatique au lycée, même s'il est assuré d'une
façon satisfaisante, repose sur le volontariat et la bonne volonté de professeur, qui n'enseignent pas toujours les
mathématiques. Il en va de même, trop souvent, à l'université.
Il importe, par conséquent, de mettre en place rapidement une réelle formation initiale pour l'enseignement de
l'informatique au sens large du terme, et de la sanctionner par un CAPES et une agrégation en informatique, à l'image de
ce qui a été fait pour d'autres disciplines, parfois de moindre rayonnement.
Il serait paradoxal, en effet, qu'une agrégation existât pour des technologies très avancées et très spécialisées, mais pas
pour l'informatique.
A cet égard, rappelons-nous l'expérience de l'enseignement des mathématiques dites « modernes », voilà maintenant
plusieurs décennies. Je me souviens que des instituteurs, étant chargés de cet enseignement à l'école primaire, étaient
obligés d'aller suivre des cours qui leur permettaient de se mettre au niveau de l'enseignement qu'ils devaient dispenser la
semaine suivante. Nous savons quelles ont été les conséquences de cette situation : toute une génération d'enfants en a
pâti.
Le développement de l'informatique n'est pas lié seulement à des investissements et à des équipements. Il dépend aussi de
la bonne maîtrise de la discipline et de la qualité des chercheurs et des formateurs dans ce domaine. Ces nouveaux
diplômes, le CAPES et l'agrégation d'informatique, seraient un bon moyen d'assurer la qualité des enseignements
dispensés et permettraient un meilleur développement des innovations pédagogiques et des animations interdisciplinaires.
Ils constitueraient un soutien considérable pour ces nouvelles technologies, permettant à notre pays de répondre au défi
des nouvelles techniques de l'information et de la communication.
Pour illustrer mon propos, je citerai deux exemples. Tout d'abord, l'opération « La science en fête », qui s'est déroulée les
10, 11 et 12 octobre dernier, a connu un grand succès. On a évoqué essentiellement un nouveau logiciel. Ensuite, dans le
secteur des PME-PMI, de toutes petites entreprises ont obtenu des succès retentissants, dans le domaine du multimédia,
grâce à l'informatique.
Madame le ministre, ne vous paraît-il pas nécessaire de soutenir toutes ces actions par la mise en place de diplômes
spécifiques, qui permettait de répondre à l'attente de toute une génération d'étudiants, de chercheurs et de professeurs ?
Je vous demande donc de bien vouloir me faire part de votre sentiment sur l'opportunité de la création rapide de ces
diplômes : CAPES et agrégation d'informatique.
M. le président. La parole est à Mme le ministre.
Mme Ségolène Royal, ministre délégué auprès du ministre de l'éducation nationale, de la recherche et de la
technologie, chargé de l'enseignement scolaire. Monsieur le sénateur, je salue votre souci d'adapter le système scolaire
à l'évolution des connaissances. M. Claude Allègre et moi-même partageons cette préoccupation.
Votre proposition, qui consiste à créer des diplômes - CAPES et agrégation - dans le domaine informatique, mérite un
examen approfondi. Pour l'instant, cette solution n'a pas été retenue et je vais vous indiquer les raisons qui nous
conduisent à nous interroger sur l'utilité de ces diplômes.
Vous l'avez dit, les technologies de l'information tiennent une place de plus en plus prépondérante dans notre société. A
l'aube de l'informatique, elles étaient réservées aux seuls spécialistes. Aujourd'hui, l'ambition des sociétés modernes est de
rendre l'informatique accessible à l'ensemble de nos concitoyens, l'outil informatique devenant de plus en plus un outil de
la vie quotidienne. Par conséquent, pour la plupart de nos concitoyens, pour ne pas dire pour la quasi-totalité d'entre eux,
l'informatique restera un moyen et ne sera pas une fin.
Cette situation n'est pas nouvelle. Par comparaison, je dirai qu'il n'est pas nécessaire que l'automobiliste soit un
mécanicien confirmé pour piloter son véhicule. Il est vrai cependant que la bonne utilisation de l'outil informatique
nécessite une connaissance de base dont le minimum se situe dans les principes de fonctionnement des ordinateurs, dans
l'utilisation des logiciels, dans la manipulation de fichiers ou de bases de données, dans la compréhension du
fonctionnement en réseau, et dans l'utilisation de systèmes comme Internet.
Il est évident, et je vous rejoins sur ce point, que tout bachelier, qu'il soit scientifique ou non, doit posséder cette
connaissance minimale. Elle ne lui est pas utile en tant que telle, elle l'est parce que l'outil informatique est de plus en plus
présent dans toutes les disciplines, qu'elles soient littéraires ou scientifiques. Cette connaissance minimale est actuellement
enseignée dans le secondaire par des enseignants d'autres disciplines qui se sont appropriés l'outil informatique.
En créant des diplômes spécifiques, ne risque-t-on pas d'aboutir à l'effet inverse de celui qui est recherché ? Notre
ambition est que tous les enseignants sachent se servir de l'outil informatique, qui va devenir utile dans toutes les matières
enseignées aux élèves. Y aurait-il vraiment une valeur ajoutée à faire dispenser cet enseignement par des spécialistes dans
la mesure où, je le répète, l'informatique est vue comme un outil au service d'une connaissance pluridisciplinaire et non
comme une discipline à part entière, sauf, évidemment, pour les jeunes qui se destinent à prendre le métier informatique
comme activité professionnelle principale ?
Dans l'enseignement supérieur, la situation est bien entendu différente, mais on dispose de spécialistes avec les
enseignants-chercheurs en informatique.
Dans le secondaire, la création d'une agrégation ou d'un CAPES pourrait avoir un effet contraire à celui qui est recherché.
D'une part, elle figerait l'informatique dans des programmes évoluant peu, alors qu'il s'agit d'une discipline en évolution
constante et rapide. D'autre part, elle déresponsabiliserait les autres enseignants face à la nécessité de maîtriser et de
transmettre cet outil de façon adaptée à chaque discipline enseignée.
En conséquence, il me semble que la meilleure solution consiste à former encore mieux et systématiquement tous les
enseignants de toutes les disciplines soit pendant leur formation initiale, soit par le biais de la formation continue. Cela se
pratique déjà, il reste à amplifier l'effort. Je suis consciente de la préoccupation que vous avez exprimée. Il est bien
évident que les formations et les diplômes sont, par définition, toujours en évolution. Telle est la raison pour laquelle je
vais, à la suite de votre question, soumettre votre idée aux instances consultatives compétentes.
M. Jacques Valade. Je demande la parole.
M. le président. La parole est à M. Valade.
M. Jacques Valade. Madame le ministre, je vous remercie de votre réponse et de la manière dont vous appréhendez ce
sujet. Je ferai deux observations.
Vous venez de dire, avec juste raison, qu'il faut améliorer sans cesse la formation de l'ensemble du personnel enseignant
en matière informatique. Encore faut-il que des personnes soient susceptibles de développer et de délivrer ces
enseignements. Par conséquent, la spécialisation dans ce domaine n'est pas inutile.
Afin de respecter le temps de parole qui m'est imparti, je reprendrai simplement l'exemple que vous avez cité. Certes,
nous conduisons tous des véhicules automobiles sans être des mécaniciens confirmés mais nous avons tous besoin de
mécaniciens de très haut niveau.
Ce que je vous propose, c'est précisément de créer une reconnaissance en matière informatique à travers le CAPES et
l'agrégation, qui ne serait pas stérilisante par rapport à la discipline. Cela permettrait de récompenser, par une
reconnaissance publique, ceux qui font des efforts dans ce domaine. Par ailleurs, cela assurerait la pérennité de
l'enseignement de cette discipline qui est en pleine évolution. Je suis moi-même chimiste et soyez sûre que je n'enseigne
pas la chimie telle qu'elle a été conçue au début du siècle. Cette discipline évolue en permanence. Il en va de
l'informatique et des maîtres qui l'enseignent comme des autres disciplines.