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Embargo sur le projet de transfert à Jérusalem de la synagogue de Balbronn (Bas-Rhin)

11e législature

Question écrite n° 12376 de M. Jean-Jacques Robert (Essonne - RPR)

publiée dans le JO Sénat du 26/11/1998 - page 3750

M. Jean-Jacques Robert attire l'attention de Mme le ministre de la culture et de la communication sur le projet de transfert à Jérusalem de la synagogue désaffectée de Balbronn, datant du xixe siècle. Le 2 août 1993, l'architecte des Bâtiments de France avait émis un avis favorable au transfert de cet édifice. Le 19 septembre 1993, un permis de démolir en vue de démonter la synagogue pierre par pierre et de la restaurer en Israël, valable cinq ans, était accordé. La municipalité de Jérusalem a offert le terrain de Pisgat Zeev, situé dans le Nord de la ville, pour que cette synagogue reconstruite devienne le lieu de culte de la communauté francophone de ce quartier. Entre 5 et 6 millions de francs ont déjà été investis et les premiers travaux entrepris à Jérusalem, du fait de l'accord donné par l'administration française. Le 27 mars 1998, la Direction du patrimoine, par délégation du ministre, place cette synagogue sous le régime " d'instance de classement parmi les monuments historiques ", ce qui donne un coup d'arrêt au projet. Cette décision, intervenue avant l'expiration du permis, ne permet plus de démonter le bâtiment et n'est pas en concordance avec les procédures en cours. Elle est génératrice de contentieux : les marchés pour démonter cet édifice ont été signés et des artisans et sous-traitants alsaciens sont chargés de sauvegarder vitraux et boiseries. Impossible désormais d'honorer ces contrats. Ce revirement de l'administration, sans concertation, au moment où le projet est aussi avancé, est incompréhensible. La synagogue se trouve dans un état catastrophique et nécessite des travaux coûteux de restauration que la Direction des monuments historiques n'a pas les moyens de financer. Il lui demande s'il ne peut être envisagé de revenir sur cette décision de classement, afin que la synagogue, à l'abandon, retrouve sa première fonction d'édifice religieux en Israël et témoigne de l'amitié franco-israélienne, au travers d'un patrimoine artistique commun sauvé.



Réponse du ministère : Culture

publiée dans le JO Sénat du 18/03/1999 - page 866

Réponse. - La synagogue de Balbronn date de 1895 et appartient à une famille d'édifices religieux qui témoigne de la vitalité du monde juif rural à la fin du XIXe siècle en Alsace. L'absence de communauté juive à Balbronn, depuis la fin des années soixante, a conduit le propriétaire, le Consistoire du Bas-Rhin, à demander la désaffectation cultuelle de la synagogue, qui a été prononcée par décret le 30 mars 1989. Par ailleurs, au milieu des années 80, l'association des Amis du musée judéo-alsacien de Bouxwiller a entrepris des démarches auprès du Consistoire et auprès de la municipalité de Jérusalem pour obtenir le transfert de la synagogue de Balbronn en Israël. Afin de faciliter cette opération, le Consistoire a demandé un permis de démolir qui lui a été accordé le 10 septembre 1993 par l'architecte des bâtiments de France. Le ministère de la culture n'a jamais été consulté, ni informé officiellement du projet de transfert et aucune demande d'exportation n'a été formulée. L'incapacité de l'association de trouver le financement suffisant à la réalisation de son projet a entraîné un retard de plusieurs années. Plus de dix ans après sa conception, quatre ans après le permis de démolir, la synagogue était toujours là, alors que se développait un intérêt accru pour le patrimoine juif. Peu considéré à l'époque, tant par le propriétaire que par les services des monuments historiques, il a aujourd'hui acquis une reconnaissance qui va bien au-delà de petits cercles communautaires ou d'historiens, dont témoigne l'extraordinaire succès rencontré par les journées consacrées au patrimoine juif par l'office départemental du tourisme du Bas-Rhin, l'été dernier. C'est dans ce contexte de réappropriation d'un patrimoine méconnu que les services compétents du ministère de la culture et de la communication ont jugé important de conserver la synagogue de Balbronn comme élément indissociable du réseau que constituent ces édifices ruraux, derniers témoins d'une présence et d'une organisation sociale juive aujourd'hui disparue. La commission régionale du patrimoine historique archéologique et ethnologique d'Alsace, qui s'est réunie le 16 décembre, a demandé l'inscription de la synagogue de Balbronn à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques, et a confirmé l'intérêt de cet édifice en proposant que le classement de ses façades et toitures soit examiné par la Commission supérieure des monuments historiques. Cette proposition de classement sera présentée à la Commission supérieure des monuments historiques le 22 mars prochain. Lors de cette réunion du 16 décembre, il est apparu que l'état sanitaire de la synagogue requérait des travaux de confortation et de mise hors d'eau d'un montant compris entre 250 000 francs et 400 000 francs, ce qui semble acceptable pour le budget du service des monuments historiques. Le cas de la synagogue de Balbronn est significatif de la situation préoccupante du patrimoine juif en général dans notre pays, situation due en grande partie à la lourde charge qu'il représente pour les associations qui en ont la charge. Le maintien in situ de ce patrimoine est une condition essentielle à la prise de conscience qu'il est une composante importante et essentielle de l'histoire de la société française. Le colloque organisé par la direction de l'architecture et du patrimoine en janvier, sur le patrimoine juif européen, a permis de faire un état de la question et de poser les bases d'une réflexion et de l'action que le ministère de la culture et de la communication entend mener sur ces problèmes. Il n'est fermé à aucune suggestion ni éventualité, dès lors que celles-ci seront traitées dans une cohérence d'ensemble du patrimoine.