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Invasion de criquets en Mauritanie

12e législature

Question écrite n° 13563 de M. Jacques Legendre (Nord - UMP)

publiée dans le JO Sénat du 26/08/2004 - page 1890

La presse a rendu compte de l'invasion de criquets qui causent de gros dégâts dans les états du Sahel et, en particulier, en Mauritanie. Cette invasion était redoutée depuis plusieurs semaines déjà et les Etats concernés avaient lancé un appel à la Communauté internationale. M. Jacques Legendre demande à M. le ministre délégué à la coopération, au développement et à la francophonie de lui faire savoir quelles actions la France a engagé pour aider la Mauritanie et les Etats concernés pour lutter contre cette invasion.



Réponse du Ministère de la coopération, du développement et de la francophonie

publiée dans le JO Sénat du 09/12/2004 - page 2823

Les criquets représentent dans les régions tropicales un risque naturel cyclique pouvant affecter en profondeur le développement durable des régions affectées (paupérisation des populations rurales et dégradation de l'environnement). Ce risque est paradoxalement d'autant plus important que les pluies et les cultures sont abondantes. Suite aux pluies de l'année 2003, une forte recrudescence acridienne sévit actuellement en Afrique du Nord-Ouest. Des essaims de grande ampleur se sont formés en Mauritanie, ont migré vers le sud du Maroc et de l'Algérie, puis ont touché la Tunisie et la Libye. Suivant un parcours bien connu, les criquets, qui se sont reproduits entre-temps, sont descendus depuis fin juin plus au sud vers le Mali, le sud de la Mauritanie, le Sénégal, le Tchad et le Niger. Cette invasion, aggravée par de très bonnes conditions météorologiques pour les criquets, s'annonce comme la plus importante depuis 1988. Les actions entreprises depuis début 2004 par la France pour répondre à cette crise sont les suivantes. Nous avons mis en route une mission d'expertise du CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) : cette mission effectuée du 3 au 10 août en Mauritanie, au Sénégal et au Niger avait pour objectif d'évaluer la situation acridienne, la situation anti-acridienne, et donc les besoins de financements extérieurs ainsi que les modalités d'intervention pour lutter contre ce fléau. Cette mission puis des missions complémentaires de la FAO (Organisation des nations unies pour l'alimentation et l'agriculture) ont établi les besoins pour la seule zone sahélienne à 100 millions de dollars dont la moitié environ serait actuellement acquise, en additionnant les contributions des Etats et celles des donateurs. Nous avons mobilisé une aide d'urgence mise à disposition de la FAO et des autorités nationales de 5,5 millions d'euros au total. Ces financements ont servi ou serviront essentiellement à acheter des pesticides ou à financer des heures de vol pour les aéronefs chargés de l'épandage. Nous avons entrepris depuis plusieurs mois des actions de lobbying auprès de la Commission européenne. A ce jour, 3,5 millions d'euros ont été débloqués depuis le début de l'année 2004 pour des actions d'urgence par la Commission européenne et un financement complémentaire de 23,5 millions d'euros devrait être engagé à partir du Fonds européen de développement. Enfin, nous ne pouvons nous contenter de traiter dans l'urgence et cycliquement ces invasions acridiennes avec leurs conséquences sociales, économiques et environnementales désastreuses. Nous pensons avec la FAO, les pays affectés et la majorité des bailleurs de fonds, qu'il est indispensable de mettre en place un programme opérationnel de prévention des crises. La FAO a lancé en 2001 un programme régional de prévention intitulé " EMPRES région occidentale ". Il consiste essentiellement à surveiller en permanence les aires d'origine des invasions (aires grégarigènes) et à détruire les premières pullulations par des interventions sur des superficies limitées, avant que les zones cultivées ne soient attaquées et que l'invasion ne se propage. Ce système, qui doit être à géométrie variable en fonction du risque acridien, a un coût économique et environnemental minime par rapport au coût d'une intervention lors des crises. La France, qui dispose d'une importante expertise sur ce dossier, souhaite y contribuer par un projet du fonds de solidarité prioritaire de 2 millions d'euros actuellement en cours d'instruction et par un projet du Fonds français pour l'environnement mondial pour 1 million d'euros. L'effort français global pour la lutte anti-acridienne s'élève donc à 8,5 millions d'euros (5,5 millions d'euros pour l'urgence et 3 millions d'euros pour la prévention.)