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Prolifération des cormorans

12e législature

Question écrite n° 14772 de M. Jean-Pierre Godefroy (Manche - SOC)

publiée dans le JO Sénat du 25/11/2004 - page 2661

M. Jean-Pierre Godefroy attire l'attention de M. le ministre de l'écologie et du développement durable sur les préoccupations des associations de pêcheurs et de protection du milieu aquatique face à la prolifération des cormorans. En effet, la protection de cet oiseau a provoqué sa multiplication, mettant en cause les équilibres naturels, en particulier le milieu aquatique. Plusieurs décisions ont conduit à cette situation, en premier lieu l'interdiction du ramassage des oeufs pour consommation dans les pays d'origine, ainsi que la directive européenne 79-409 visant à protéger certaines espèces d'oiseaux. Le grand cormoran a été retiré de l'annexe 1 de cette directive en 1997 et des autorisations de régulation partielle ont été obtenues. Toutefois, ces dernières restent en deçà des dispositions efficaces pour lutter contre l'ampleur du phénomène. En trente ans, l'espèce a connu une véritable explosion démographique, passant de 4 000 oiseaux en 1970 à près de 100 000 aujourd'hui. Dans certaines régions, le taux de croissance de la population est de l'ordre de 10 %. Les cormorans consomment chacun 400 grammes de poisson par jour, soit pour la population totale de 100 000 oiseaux, une consommation de 6 500 tonnes pour six mois de pêche. Les répercussions écologiques sont terribles, puisque c'est tout l'écosystème qui est menacé, et la déprédation des écosystèmes appauvrit la qualité de la ressource. Du point de vue économique, la prolifération du cormoran est une calamité pour la pêche. Les estimations révèlent que les cormorans prélèvent jusqu'à 80 % de la production disponible. Le département de la Manche subit fortement ce phénomène, et la régulation prévue y est minimaliste. Ainsi, le quota fixé est de 50 cormorans, alors que le ministère préconise pourtant le tir d'au moins 90 oiseaux. Il lui demande donc quelles mesures sont envisagées afin de permettre une meilleure régulation de cette espèce.



Réponse du Ministère de l'écologie et du développement durable

publiée dans le JO Sénat du 14/04/2005 - page 1063

Le ministre de l'écologie et du développement durable a pris connaissance, avec intérêt, des questions relatives aux mesures envisagées afin de réguler la prolifération des grands cormorans. La protection du grand cormoran, instituée à l'échelle de l'Europe à partir de 1979, participe à l'expansion de ses populations qui exercent une pression de plus en plus importante sur les eaux continentales. C'est pourquoi le ministère de l'écologie et du développement durable a engagé depuis 1992 une politique de gestion de cette espèce, visant à concilier la pérennité de l'espèce, la protection des intérêts économiques et celle du milieu aquatique. L'espèce grand cormoran est protégée au titre du régime général de protection de toutes les espèces d'oiseaux visées à l'article 1er de la directive 79/409 relative à la conservation des oiseaux sauvages et de l'arrêté du 17 avril 1981 modifié fixant la liste des oiseaux protégés sur l'ensemble du territoire. Ces textes ont prévu la possibilité de procéder à la destruction de grands cormorans pour prévenir les dommages importants aux pêcheries ou pour la protection de la faune et de la flore, à la fois sur les piscicultures extensives en étang et sur les eaux libres. Le 7e recensement national des grands cormorans hivernants, réalisé en janvier 2003, fait état d'un effectif de 89 183 cormorans. La progression annuelle s'est fortement ralentie pour n'atteindre que 2,4 % d'augmentation annuelle depuis 2001, contre 7 % entre 1997 et 1999. La stabilisation de la population hivernante correspond largement à celle des effectifs nicheurs de la population Nord-Ouest européenne qui fournit l'essentiel des hivernants français, population qui montre une courbe classique de régulation « densité-dépendance ». L'arrêté du 25 août 2003 a autorisé des quotas de prélèvement pour les saisons 2003 à 2005 en forte augmentation par rapport au dispositif précédent (globalement de + 26 %, soit plus de 30 000 oiseaux). En valeur absolue, on assiste à une réelle progression du nombre d'oiseaux prélevés : de 22 156 oiseaux au cours de l'hiver 2002/2003 à 25 239 au cours de l'hiver 2003/2004. Le taux de réalisation des tirs d'élimination n'a cependant pas été à la hauteur de l'augmentation autorisée. Ainsi le dispositif de gestion du grand cormoran, mis en oeuvre depuis plus de dix années, a été progressivement renforcé dans le sens demandé par les pisciculteurs et les pêcheurs. Comme le ministre de l'écologie et du développement durable s'y est engagé devant l'Assemblée nationale à l'occasion de l'examen de la loi sur le développement des territoires ruraux, il a fait préparer des mesures nouvelles pour améliorer la réalisation des prélèvements autorisés. Il s'agira tout d'abord de mutualiser les expériences réussies avec l'appui du Conseil supérieur de la pêche. Le ministre de l'écologie et du développement durable a déjà répondu favorablement aux demandes d'augmentation de quotas qui lui ont été présentées. Il examinera dans les mêmes dispositions celles qui lui parviendront. Il prépare l'élargissement à toute la France de la possibilité pour les pisciculteurs de réaliser des tirs jusqu'au 30 avril en cas d'alevinage ou de vidange tardifs. Par ailleurs, la zone de tir possible dans les eaux libres est en cours de révision pour offrir aux préfets une latitude dans la définition du périmètre d'accompagnement le long des rivières. Les moyens réglementaires existants doivent être également mieux employés. Notamment, il est souvent fait une interprétation trop restrictive de la possibilité de tirer les cormorans par des chasseurs autres que des gardes assermentés. Il faut aussi éviter des retards d'ouverture de la période de tir dans toute la période réglementairement possible. Le ministre de l'écologie et du développement durable rappellera l'ensemble de ces dispositions aux préfets. De plus, s'agissant d'une espèce migratrice, la France cherchera à développer la coordination du suivi des populations et de leur gestion entre les États membres de l'Union européenne concernés.