Allez au contenu, Allez à la navigation

Lutte contre les campagnols terrestres

13e législature

Question orale n° 0242S de M. Gérard Bailly (Jura - UMP)

publiée dans le JO Sénat du 15/05/2008 - page 939

M. Gérard Bailly appelle l'attention de M. le ministre de l'agriculture et de la pêche sur les dommages importants causés par le campagnol terrestre qui, depuis une trentaine d'années, est en nette recrudescence dans les zones herbagères d'altitude dans le Jura, dans toute la Franche-Comté et dans d'autres régions comme le Limousin, l'Auvergne, Midi-Pyrénées et Provence-Alpes-Côte d'Azur. Ce phénomène est dû en partie à une spécialisation rapide en monoculture d'herbe des zones de montagne et de moyenne montagne qui a conduit à un milieu plus homogène et à une simplification des éco-systèmes. La pullulation de ces rongeurs a des répercussions économiques importantes sur les exploitations : baisse des rendements et conservation altérée des fourrages, mauvaise qualité de la composition fourragère et régénération coûteuse des prairies ...
Malgré les moyens mis en oeuvre et les nombreuses actions de recherche depuis trente ans - y compris avec nos voisins suisses - pour limiter la population des campagnols, leurs ravages sont toujours très importants sur notre territoire. Devant cet état de fait, il souhaiterait connaître les avancées sur ce dossier et, notamment, si des moyens sont mis en place pour endiguer ce fléau, tout en restant dans une démarche de développement agricole durable. Les éleveurs sont impatients et inquiets de constater qu'aucune solution positive n'a été véritablement trouvée et aimeraient savoir si une réflexion est conduite au niveau communautaire, voire au-delà, pour rechercher des remèdes à ce fléau. En effet, la présence des campagnols terrestres pénalise davantage les secteurs de montagne car il n'y a pas de culture alternative possible à part la pâture ou la récolte d'herbe.



Réponse du Ministère de l'agriculture et de la pêche

publiée dans le JO Sénat du 21/05/2008 - page 2211

M. le président. La parole est à M. Gérard Bailly, auteur de la question n° 242, adressée à M. le ministre de l'agriculture et de la pêche.

M. Gérard Bailly. Monsieur le ministre, je souhaite attirer votre attention sur les dommages importants causés par le campagnol terrestre qui, depuis une trentaine d'années, est en recrudescence dans les zones herbagères d'altitude et de plateaux, dans le Jura, en Franche-Comté et dans d'autres régions dont le Limousin, l'Auvergne – notamment en Haute-Loire, dans le Cantal et dans le Puy-de-Dôme –, en Midi-Pyrénées et en Provence-Alpes-Côte d'Azur, bref, dans presque tous les massifs jurassiens.

Ce phénomène est dû en partie à une spécialisation rapide en monoculture d'herbe des zones de haute et moyenne montagne, qui a conduit à un milieu plus homogène et à une simplification des écosystèmes. La pullulation de ces rongeurs, dont le nombre peut dépasser mille à l'hectare, a des répercussions économiques importantes sur les exploitations : baisse des rendements et conservation altérée des fourrages, mauvaise qualité de la composition fourragère – ces animaux sont friands de légumineuses, ce qui est préjudiciable à la production de lait destiné à la production fromagère – et régénération coûteuse des prairies, lorsque cette régénération est possible, ce qui n'est pas le cas pour les terrains pentus ou très pierreux.

Malgré les moyens mis en œuvre et les nombreuses recherches conduites depuis trente ans pour limiter la population des campagnols, avec l'aide de l'État, des conseils régionaux et généraux, y compris avec nos voisins suisses, les ravages sont toujours très importants sur notre territoire.

Monsieur le ministre, pouvez-vous m'apporter des informations sur ce dossier difficile, notamment m'indiquer si des moyens sont mis en place pour endiguer ce fléau, tout en restant dans une démarche de développement agricole durable ?

Les éleveurs constatent, avec impatience et inquiétude, qu'aucune solution positive n'a été véritablement trouvée. Ils souhaitent savoir si une réflexion est conduite sur le plan communautaire, voire au-delà, pour rechercher des remèdes à ce fléau. Pour l'heure, il n'existe guère que la bromadiolone, qui a des conséquences environnementales sur la faune et sur la qualité de l'eau. Les éleveurs aimeraient pouvoir ne plus employer ce produit, ou du moins ne l'utiliser que ponctuellement.

La présence des campagnols terrestres pénalise particulièrement les zones de montagne qui, je le sais, vous sont chères, monsieur le ministre. Il n'y a que peu d'alternatives à la pâture ou à la récolte de l'herbe. Il m'a donc semblé intéressant de faire le point sur ce fléau déjà ancien.

M. le président. La parole est à M. le ministre.

M. Michel Barnier, ministre de l'agriculture et de la pêche. Monsieur le président, mesdames, messieurs les sénateurs, je tiens à remercier M. Bailly de me donner l'occasion d'évoquer ce sujet important compte tenu des dégâts que provoque le campagnol terrestre dans les zones herbagères de moyenne et haute montagne, et pas seulement en Savoie. (Sourires.)

Les chercheurs universitaires et l'Institut national de la recherche agronomique ont confirmé que l'augmentation des surfaces en herbe entraînait une croissance considérable des risques de pullulation.

Nous devons donc mettre au point des stratégies de lutte efficaces et surtout durables.

Le ministère de l'agriculture et de la pêche intervient depuis plusieurs années dans les régions concernées – la Franche-Comté, l'Auvergne, la région Rhône-Alpes, pour n'en citer que quelques-unes –, en soutenant les programmes de recherche, d'expérimentation et d'application

En Franche-Comté, 3 millions d'euros ont été mobilisés par l'État et les collectivités territoriales partenaires pour soutenir un programme pilote sur la période 2002-2006.

Ces travaux ont montré que les seules solutions durables reposent sur des stratégies de prévention et de lutte intégrées et collectives. Le recours à la seule lutte chimique permet de sauvegarder momentanément les récoltes de fourrages, mais il n'empêche certainement pas les cycles de se reproduire. Il peut en revanche entraîner des dégâts importants sur la faune qui n'est pas concernée, dont des espèces protégées à forte valeur patrimoniale, le milan royal par exemple.

En complément d'un dispositif de surveillance et de détection collectif des pullulations, les méthodes identifiées visent à la maîtrise des populations, sans incidence sur la faune non ciblée. Elles s'appuient sur une combinaison de méthodes directes – la lutte chimique, qui doit avoir des limites très claires, le piégeage, le travail du sol, l'implantation de perchoirs à rapaces – et indirectes – les modifications des itinéraires techniques, les mesures de protection des prédateurs et les aménagements paysagers.

Cette stratégie fait maintenant l'objet d'un consensus entre les services de l'État et les organisations professionnelles agricoles, qui sont très motivées et extrêmement mobilisées. Ces dernières doivent donc maintenant contribuer à la diffusion de ces méthodes de lutte alternative, en mettant en place une gestion collective sur des territoires homogènes. C'est dans ce sens que le réseau des chambres d'agriculture, en liaison avec les fédérations régionales de défense contre les organismes nuisibles, les FREDON, œuvre actuellement, notamment en Auvergne et en Franche-Comté, avec l'appui d'un programme interrégional financé depuis 2007 par le compte d'affectation spéciale « Développement agricole et rural ». Je tiens d'ailleurs à rendre hommage aux agents des chambres d'agriculture et aux membres des FREDON.

Les travaux menés et les résultats acquis en matière de lutte raisonnée contre le campagnol terrestre pourront servir de référence à d'autres pays, qu'ils soient hors de l'Union européenne, comme la Suisse, ou qu'ils en soient membres, comme l'Espagne. Cette dernière a ainsi lancé à l'automne 2007, avec l'appui des services français compétents, un programme pluriannuel de lutte, en se fondant sur les expertises réalisées.

En conclusion, comme je l'indiquais voilà un instant à M. Sutour s'agissant des crises climatiques ou sanitaires, les bonnes réponses seront de plus en plus européennes. La prévention coûte moins cher que la réparation. Plus elle sera initiée et réalisée de manière harmonieuse et coordonnée sur le plan européen, mieux cela vaudra. La lutte contre le campagnol terrestre est un domaine dans lequel les efforts de recherche et les programmes d'actions peuvent être mutualisés. En tout état de cause, mieux vaut une réponse européenne plutôt que des réponses nationales juxtaposées.

M. le président. La parole est à M. Gérard Bailly.

M. Gérard Bailly. Monsieur le ministre, je vous remercie de votre réponse qui récapitule les actions engagées pour lutter contre le campagnol terrestre.

Je comprends l'inquiétude et l'impatience des éleveurs. Voilà maintenant trois décennies que les campagnols, toujours plus nombreux, provoquent des dégâts importants.

Vous avez évoqué l'intérêt d'une action européenne. Les éleveurs se demandent eux aussi si la recherche est conduite à une échelle suffisamment large pour évaluer les conséquences de certains traitements, la stérilisation de ces animaux, par exemple.

Les campagnols se développent très vite. Les rapaces et les renards sont certes des prédateurs efficaces : il suffit en effet de quelques renards sur une parcelle pour empêcher la prolifération des campagnols. Mais aujourd'hui, les renards, éliminés lors de l'épidémie de rage, et les rapaces sont moins nombreux qu'hier. Il conviendrait donc, à mon avis, de trouver un moyen chimique, non nocif pour les autres animaux, afin de réguler la population des campagnols.

Monsieur le ministre, je vous remercie de votre action présente et de votre volonté d'engager prochainement la réflexion à l'échelon européen.