Allez au contenu, Allez à la navigation

Faim dans le monde

13e législature

Question écrite n° 04313 de Mme Patricia Schillinger (Haut-Rhin - SOC)

publiée dans le JO Sénat du 01/05/2008 - page 850

Mme Patricia Schillinger attire l'attention de M. le ministre des affaires étrangères et européennes sur la malnutrition dans le monde. Le programme alimentaire mondial (PAM) et le fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF) ont lancé en 2007 un appel devant le congrès américain pour éliminer la faim et la malnutrition des enfants dans le monde. Les Nations Unies se sont fixés pour objectif d'éliminer la faim des enfants dans le monde au cours de la prochaine génération, en commençant par atteindre l'objectif du millénaire pour le développement (ODM) numéro un : réduire de moitié la faim dans le monde d'ici à 2015. Cependant, 24.000 personnes meurent encore chaque jour dans le monde, soit une toutes les quatre secondes. En conséquence, elle lui demande de bien vouloir lui indiquer la position de la France à ce sujet et si le gouvernement entend déployer des moyens dans ce domaine.



Réponse du Ministère des affaires étrangères et européennes

publiée dans le JO Sénat du 16/10/2008 - page 2069

Lors de la conférence à haut niveau organisée par la FAO les 3-5 juin 2008 à Rome, la communauté internationale a réaffirmé son engagement à lutter contre la faim et à résoudre la crise alimentaire provoquée par la hausse des prix des matières premières agricoles. Le Président de la République a rappelé à cette occasion qu'il s'agissait d'une priorité absolue de l'aide au développement ; il a proposé la mise en oeuvre d'un partenariat mondial pour l'alimentation et l'agriculture, construit sur trois piliers : une gouvernance rassemblant tous les acteurs concernés (institutions internationales, États, acteurs non gouvernementaux), un réseau international et indépendant d'experts et de scientifiques et une mobilisation financière au bénéfice de l'agriculture des pays en développement, avec notamment la création d'une facilité internationale pour compléter la palette des outils de l'aide internationale de manière à soutenir l'innovation. Le dernier sommet du G8 a confirmé cet appel à construire un partenariat global assis sur l'implication de tous les acteurs concernés, ainsi que la nécessité d'une expertise scientifique internationale sur la sécurité alimentaire mondiale. En réaction à la crise récente, le budget de l'aide alimentaire a été porté à 50 MEUR en 2008, contre 30 MEUR en moyenne au cours des dernières années. En outre, les pays les plus touchés par la crise bénéficieront d'une aide budgétaire supplémentaire de 10 MEUR. L'engagement du Président de la République d'un doublement de notre aide alimentaire sera ainsi tenu. En 2008, 15 pays ont bénéficié de cette aide, principalement en Afrique subsaharienne ainsi qu'en Haïti, dans les Territoires palestiniens et en Afghanistan. Notre aide est mobilisée dans le cas de crises humanitaires (RDC, Somalie, Soudan, Tchad, RCA, Gaza), de crises sociales liées aux prix (Haïti, Mauritanie), en appui au retour de réfugiés (Burundi) suite à des accidents climatiques (Madagascar, Haïti) et des événements politiques (Kenya) ainsi que pour le renforcement des dispositifs nationaux de prévention des risques (Niger). L'aide alimentaire de la France est mise en oeuvre par le Programme alimentaire mondial (60 %), des ONG (20 %), des dispositifs nationaux (10 %) et différentes organisations internationales (UNWRA, CICR, 10 %). Mais la lutte contre la faim est un travail de fond qui nécessite des appuis dans divers secteurs qui contribuent à sécuriser l'accès des ménages à leur alimentation. L'aide publique au développement (APD) allouée par la France dans les secteurs du développement agricole et de la sécurité alimentaire (300 MEUR en 2007), de la santé (800 M), de l'eau potable et l'assainissement (350 M) et, globalement, de la pauvreté, contribue également à la lutte contre la faim. Rappelons aussi que la France agit à travers la Commission européenne dont elle est le principal contributeur au FED or dernièrement, la Commission a proposé la création d'un nouvel instrument destiné à fournir une aide de court et moyen terme aux pays les plus durement touchés par la crise alimentaire, dit « facilité de réponse rapide à la flambée des prix alimentaires dans les pays en développement ». Cette proposition est en cours de discussion dans les enceintes communautaires. Elle porterait sur un montant d'un milliard d'euros sur deux ans. Vous évoquez aussi la question de la malnutrition infantile qui est plus spécifique et exige des réponses appropriées. Ainsi, la malnutrition chronique (retard de croissance) touche 178 millions d'enfants de moins de 5 ans et la malnutrition aiguë (perte de poids sévère) 55 millions. Les taux de malnutrition aiguë globaux atteignent des niveaux considérables en Afrique. Chez les enfants, la malnutrition constitue le principal facteur de risque en termesde mortalité et d'invalidité : 35 % des maladies et 3,5 millions de décès sont attribués à la malnutrition chaque année dans le monde. Or la communauté internationale dispose d'un ensemble d'interventions performant portant sur les facteurs immédiats de la malnutrition (allaitement au sein, alimentation de complément, fortification en vitamine A, en fer et en zinc, et prise en charge de la malnutrition aiguë sévère). Sa mise en oeuvre ciblée sur les enfants de moins de 2 ans et les femmes enceintes permettrait de réduire la mortalité infantile d'un quart et la malnutrition chronique d'un tiers dans 36 pays les plus affectés. Ces efforts nécessitent en outre une approche intégrée des politiques sectorielles (santé, eau...) pour être efficaces. L'initiative ECHUI (Ending Child Hunger and Under-nutrition Initiative), lancée en 2006 par le PAM et l'UNICEF et à laquelle vous faites allusion, vise à améliorer le cadre politique et institutionnel des programmes de lutte contre la malnutrition. Elle n'a pas vocation à mettre en oeuvre des programmes de lutte sur le terrain. Son intérêt est indiscutable, mais la formulation d'un plan d'action qui assure la cohérence des activités des agences, prenant en compte les initiatives existantes et attirant des partenaires (ONG, dondations privées etc.) a connu des délais. L'UNICEF a été désigné comme leader sur cette thématique au sein du système des Nations unies. La France intervient directement sur la question de la malnutrition à travers 3 types d'actions : l'appui aux politiques nationales de lutte contre la malnutrition et aux systèmes d'alerte en Afrique de l'Ouest (350 000 EUR/an) ; la réponse aux crises : plus de 4 MEUR, soit 14 % du budget annuel de l'aide alimentaire (30 MEUR), sont affectés spécifiquement à des actions en matière de nutrition. Ainsi en 2007, la France a appuyé la distribution d'aliments thérapeutiques prêts à l'emploi au Togo et au Niger par le canal de l'UNICEF, en Somalie par celui de l'ONG Action contre la faim. Dans le cas du PAM, en Haïti, les distributions portent sur des aliments de composition plus simple, permettant de toucher un plus grand nombre d'enfants. De même, en dehors des crises aiguës et des centres de réhabilitation nutritionnelle, la France appuie l'utilisation de produits alternatifs fabriqués sur place, s'inscrivant dans les habitudes locales et d'un coût modéré : au Niger avec l'UNICEF, à Madagascar avec l'ONG GRET. Ses contributions aux organisations multilatérales comme l'UNICEF (11,5 MEUR en 2008), leader sur cette question pour les Nations unies. Le défi de la malnutrition requiert une mobilisation concertée de tous les donateurs, dont la CE, la Banque mondiale et les États-Unis. C'est dans cet esprit que le président Sarkozy a inclus spécifiquement la nutrition dans le champ d'intervention du partenariat mondial pour la sécurité alimentaire.