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Revalorisation du statut des personnels des services pénitentiaires d'insertion et de probation

13e législature

Question écrite n° 04725 de Mme Éliane Assassi (Seine-Saint-Denis - CRC)

publiée dans le JO Sénat du 05/06/2008 - page 1092

Mme Éliane Assassi attire l'attention de Mme la garde des sceaux, ministre de la justice sur la situation des personnels d'insertion et de probation qui exercent les missions actuellement dévolues aux services pénitentiaires d'insertion et de probation (SPIP). Elle souligne que ces services créés en 1999 ne sont plus de simples services socio-éducatifs. En effet, avec l'évolution de leurs missions, ils sont devenus des acteurs majeurs de l'exécution des peines et de la prévention de la récidive. Ils assurent la préparation, le contrôle et le suivi de l'ensemble des mesures pénales en milieu ouvert (travail d'intérêt général, sursis avec mise à l'épreuve, …) ; ce qui concerne environ 150 000 personnes placées sous main de justice. Ils coordonnent également l'ensemble des actions d'insertion dans les établissements pénitentiaires et préparent les aménagements de peines des 63 000 personnes actuellement détenues. Elle rappelle que les dernières lois sécuritaires : celle du 9 mars 2004 (n° 2004-204) portant adaptation de la justice aux évolutions de la criminalité, celles du 13 décembre 2005 (n° 2005-1549) et du 10 août 2007 (n° 2007-1198) relatives à la prévention de la récidive ont largement étendu les missions des personnels des SPIP. Compte tenu du rôle de plus en plus important qu'il leur est demandé de jouer en matière de réinsertion et de prévention de la récidive sans aucun moyen supplémentaire, ces personnels revendiquent, à juste titre, une revalorisation de leur statut inchangé depuis 1993. Ils demandent la revalorisation de leur traitement de base (augmentation du point d'indice et revalorisation de la grille indiciaire) ; la reconnaissance et le maintien de leurs missions d'insertion et de travailleurs sociaux dans le cadre de la prévention de la récidive ; l'accompagnement individualisé de chaque personne placée sous main de justice ; enfin, la création du nombre de postes de travailleurs sociaux nécessaires à des suivis de qualité. Elle rappelle que ces personnels ont d'ores et déjà fait connaître leur opposition à une réduction du temps de formation de deux à un an, à des conditions de mobilité alourdies, à la mise en place de primes au mérite, à la création d'un examen professionnel pour changer de grade. Elle lui demande, par conséquent, si elle entend tenir compte des légitimes revendications des personnels des SPIP dans son projet de loi pénitentiaire qui doit être soumis prochainement au Parlement.





Réponse du Ministère de la Justice

publiée dans le JO Sénat du 25/09/2008 - page 1952

La garde des sceaux, ministre de la justice, fait connaître à l'honorable parlementaire l'attention qu'elle porte à la situation et aux revendications des personnels d'insertion et de probation de la direction de l'administration pénitentiaire. En effet, une partie des ces personnels a exprimé son mécontentement depuis le début du mois de mai au sujet d'un projet d'évolution statutaire dans le cadre de la réforme de la fonction publique initiée par le Gouvernement le 1er octobre 2007. La direction de l'administration pénitentiaire, consciente de l'évolution des missions confiées à la filière d'insertion et de probation au cours des dix dernières années, a procédé à d'importants recrutements qui se sont traduits par un doublement des effectifs de la filière, compte tenu des personnels administratifs qui participent également activement aux missions dévolues dans les SPIP. C'est ainsi que 1 771 agents étaient comptabilisés en 1998 pour 3 491 au 1er janvier 2008. Les années 2006 et 2007 ont vu l'arrivée dans les services de près de 500 nouveaux agents. Les grandes orientations de ce projet de réforme présentées et discutées au cours de cinq réunions avec les organisations professionnelles portaient sur les avancées suivantes : le recours aux statuts types de la fonction publique afin de favoriser les mobilités interfilières ; la restructuration globale de la filière et simplification autour d'une articulation en deux corps et un statut d'emploi ; la suppression des zones de chevauchement de compétences ; l'accès au grade supérieur par une meilleure reconnaissance des acquis professionnels ; la construction de la filière dans une logique de progression des parcours professionels ; le régime indemnitaire harmonisé et modernisé en application de la réforme de l'État. Ces orientations ont été rejetées par les représentants des personnels. Dans ce contexte, la garde des sceaux a demandé à Mme Charlotte Trabut, inspecteur des services judiciaires, de conduire une mission d'expertise et de propositions. À la lumière des entretiens réalisés dans le cadre de cette mission, il a été décidé qu'il n'y aurait pas de modulation de la nouvelle prime prévue pour les conseillers d'insertion et de probation, que la durée de la formation de ces personnels ferait l'objet d'un nouvel examen et que la fonction d'encadrement, quel que soit son niveau opérationnel, serait de la seule responsabilité du futur corps d'encadrement. De plus, de la même manière que le directeur de l'administration pénitentiaire a pris l'engagement de ne pas moduler l'indemnité forfaitaire d'insertion et de probation sans accord des organisations syndicales, il n'y aura pas de modulation de la future indemnité de fonctions et d'objectifs. Madame Trabut conduit sa mission en collaboration étroite avec les autorités judiciaires et dans le cadre d'un dialogue étroit avec les organisations syndicales. Par ailleurs, les conseillers d'insertion et de probation s'interrogeant sur l'évolution de leur métier à la faveur notamment des lois pénales votées ces dernières années et d'une demande accrue de prévention de la récidive, la garde des sceaux, ministre de la justice a demandé qu'un audit soit réalisé en identifiant les principaux enjeux d'évolution. Cette mission a été confiée à Mme Isabelle Gorce, magistrat, conseiller référendaire à la Cour de cassation. Il faut ajouter qu'à la suite des discussions conduites par la direction de l'administration pénitentiaire avec les partenaires syndicaux le 17 et 24 juin 2008 un protocole de travail a été signé avec les trois organisations syndicales représentatives (SNEPAP, CFDT, CGT) portant sur cinq thèmes : améliorer concrètement le fonctionnement des services ; conduire une réflexion sur les perspectives métier avec les conséquences statutaires et indemnitaires ; adapter la formation professionnelle ; repenser l'organisation et le management des services ; accompagner la mise en oeuvre de la loi pénitentiaire. Une politique de communication sera mise en oeuvre pour garantir une bonne compréhension de ces différents axes de travail et de la méthode choisie par l'administration. C'est donc un chantier de grande ampleur qui s'ouvre dès à présent et qui devrait s'étaler sur plusieurs mois.