Allez au contenu, Allez à la navigation

Projet de reconstruction du palais des Tuileries

13 ème législature

Question écrite n° 04809 de Mme Catherine Dumas (Paris - UMP)

publiée dans le JO Sénat du 12/06/2008 - page 1146

Mme Catherine Dumas attire l'attention de Mme la ministre de la culture et de la communication sur le projet de reconstruction du Palais des Tuileries.

Le projet de reconstruction du Palais des Tuileries est très ancien. Engagé par Jules Ferry dès 1882, il a, depuis, régulièrement été évoqué par les gouvernements successifs, de tous bords politiques.

Un Comité national entièrement dédié à ce projet de reconstruction à l'identique a été constitué, se proposant de récolter des fonds par souscription privée et mécénat, afin de constituer une fondation indépendante de tout financement public. La réalisation ainsi projetée s'inscrirait dans le cadre d'un bail emphytéotique administratif, permettant en outre une rétrocession à l'État à l'issue de la concession.

En juin 2006, un arrêté du Ministre de la Culture de l'époque avait installé une commission de huit membres chargée d'étudier les modalités éventuelles d'une telle opération.

Dans le cadre de la réflexion actuelle engagée sur le « grand Paris », chargée notamment de la redéfinition des grands équilibres architecturaux et paysagers intra-muros, il pourrait être utile de relancer l'étude de ce projet, pour évaluer sa faisabilité et apprécier sa pertinence.

Elle souhaiterait qu'elle lui indique l'état d'avancement des travaux de la commission, ainsi qu'elle lui précise le calendrier de ses prochains travaux et les missions qui lui seront confiées.



Réponse du Ministère de la culture et de la communication

publiée dans le JO Sénat du 28/08/2008 - page 1729

La commission d'études ayant pour objet de mener une réflexion sur la reconstruction des Tuileries, instituée par un arrêté du ministre de la culture et de la communication en date du 6 juin 2006 et présidée par Maurice Druon, a transmis un rapport sur ce projet le 5 février 2007. Ce rapport préconise pour la mise en oeuvre du projet la création d'une fondation, qui serait chargée de recueillir les fonds privés nécessaires à son financement. Le coût est estimé à 350 millions d'euros pour la seule reconstruction du palais. En incluant le réaménagement de la cour du Carrousel et de l'avenue du Général Lemonnier, et la création d'un parking de 600 places, ce coût atteint 500 millions d'euros. Cette fondation bénéficierait d'un bail emphytéotique consenti par l'État sous la forme d'un bail à construction. Dans un tel cadre, la fondation serait chargée en accord avec le propriétaire de construire l'immeuble et d'en assurer la gestion et la maintenance pendant la durée du bail, à l'issue duquel le bâtiment serait remis gratuitement à l'État. Selon le rapport, les surfaces nouvellement créées pourraient être réparties entre les musées du Louvre et des Arts décoratifs, le ministère des affaires étrangères qui pourrait y installer des services actuellement disséminés, et un nouveau musée des Tuileries dans les enfilades de salons reconstituées à l'identique qui pourraient être également louées pour des manifestations de prestige. Ce projet appelle toutefois de nombreuses interrogations quant à sa légitimité et à sa faisabilité, du point de vue historique, patrimonial, urbanistique, et économique. En premier lieu, et même si le Gouvernement avait affirmé, lors des débats qui avaient eu lieu au Sénat en 1882 pour voter les crédits de la démolition des ruines du palais des Tuileries après son incendie lors de la Commune, que cette démolition était la condition d'une future reconstruction, il n'en demeure pas moins que la disparition de ce monument fait partie de l'histoire de France, en tant que témoignage des soubresauts de la chute du Second Empire, de la défaite de 1870 et ses conséquences intérieures, et de l'affirmation de la République. En second lieu, la restitution intégrale d'un élément majeur du patrimoine national, à peu près totalement disparu depuis plus d'un siècle, apparaît contraire à la doctrine en matière de préservation du patrimoine architectural et à la charte de Venise. On peut également s'interroger sur la possibilité de restituer aujourd'hui la qualité de réalisation d'un palais du XVIe siècle. Par ailleurs, le traumatisme ancien qu'a constitué dans le paysage parisien la disparition de ce monument a été très largement cicatrisé, par la reprise des Pavillons de Flore et de Marsan, et la création de façades donnant sur l'esplanade des Tuileries, ainsi que par la création de cette esplanade. Il faut remarquer que la réalisation de ce projet impliquerait la destruction de ces façades, qui sont désormais classées parmi les monuments historiques en tant que parties constituantes du Louvre. Enfin, l'exposition permanente de sculptures d'André Maillol, installée à l'initiative d'André Malraux dans les jardins du Carrousel et des Tuileries et célébrée comme le premier musée de plein air, toujours visible aujourd'hui, ne peut conserver son sens que dans l'espace ouvert que constituent ces jardins. Du point de vue urbanistique, on ne peut manquer de s'interroger sur la manière dont un palais des Tuileries restitué retrouverait sa place légitime dans la nouvelle composition urbaine qui s'est affirmée depuis sa disparition, avec la prolongation jusqu'à l'Arche de la Défense de l'axe majeur qui relie le Louvre à la place de l'Etoile en passant par la Concorde. De plus, l'actuel règlement d'urbanisme ne prévoit pas la constructibilité de la terrasse des Tuileries. Aucune construction ne peut donc être envisagée sans une révision de ce règlement, qui ne peut être considérée comme acquise du fait des enjeux paysagers. Enfin, la mobilisation, même par mécénat, d'une somme comprise entre 350 et 500 millions d'euros pour un tel projet n'apparaît pas réaliste dans le contexte de tensions budgétaires qui continue d'affecter le secteur du patrimoine. S'il pouvait disposer de tels moyens, le ministère de la culture et de la communication privilégierait une utilisation à la restauration de monuments du patrimoine national existants, tels que le château de Compiègne, le château de François Ier, à Villers-Cotterêts, ou de cathédrales telles que celles de Beauvais, Rouen ou de Reims, qui nécessitent d'importants programmes de restauration. On peut rappeler à cet égard que le bilan sanitaire sur l'état du parc monumental français réalisé à la demande du Parlement en décembre 2007 fait apparaître un besoin global de travaux estimés à 10,7 milliards d'euros pour l'ensemble du parc de monuments classés. Pour toutes ces raisons, ce projet ne saurait être considéré comme prioritaire par le ministère de la culture et de la communication.