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Problèmes dans l'éducation nationale

13e législature

Question d'actualité au gouvernement n° 0181G de M. Yannick Bodin (Seine-et-Marne - SOC)

publiée dans le JO Sénat du 14/11/2008

La parole est à M. Yannick Bodin. (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste.)

M. Yannick Bodin. Ma question s'adresse à M. le ministre de l'éducation nationale.

Monsieur le ministre, le Gouvernement annonce la suppression de 13 500 postes dans l'enseignement scolaire. C'est inadmissible ! Et cela l'est plus encore lorsqu'on apprend que 3 000 professeurs spécialisés dans le soutien aux élèves en grande difficulté et qui enseignent dans les RASED, les réseaux d'aides spécialisées aux élèves en difficulté, voient leurs missions actuelles supprimées, ce qui représente environ un tiers des postes existants.

Or ces enseignants ont été formés pour aider des élèves présentant notamment des troubles de l'apprentissage du langage oral ou écrit, des retards d'acquisition importants, ou encore un défaut durable d'adaptation à l'école. Leurs missions les conduisent à intervenir dans plusieurs classes d'écoles différentes, auprès d'enfants qui ont besoin d'une prise en charge particulière et individuelle.

Du fait de la nature même des fonctions qu'ils recouvrent, ces postes ne sauraient être « sédentarisés ». C'est pourtant ce que vous faites !

En raison de votre mesure budgétaire, des dizaines de milliers d'élèves souffriront de la disparition de ces postes, …

M. Roland Courteau. Voilà !

M. René-Pierre Signé. Eh oui ! C'est lamentable !

M. Yannick Bodin. … qui n'existeront sans doute plus en 2012 à cause de votre réforme de l'enseignement primaire. En effet, les deux heures de soutien hebdomadaire, que vous avez mis en place pour les élèves du primaire, en remplacement du samedi matin, ne concernent pas les mêmes élèves.

M. Alain Fouché. Et les postes détachés dans les associations ?

M. Yannick Bodin. Elles sont destinées à des enfants qui ont seulement un retard passager, ou qui ont besoin d'une remise à niveau temporaire. Il ne s'agit donc ni des mêmes besoins ni des mêmes élèves.

Ce n'est pas quelques heures de soutien tôt le matin avant la classe, le midi à l'heure du repas, ou le soir après une journée de six heures de classe, qui remplaceront ces enseignants, psychologues et éducateurs, dont le rôle est de venir en aide aux enfants en grande difficulté.

M. Jean-Pierre Sueur. C'est très vrai !

M. Yannick Bodin. Monsieur le ministre, vous abandonnez les enfants en grande difficulté. (Protestations sur les travées de l'UMP.)

M. Charles Revet. Ce n'est pas sérieux !

M. Michel Houel. C'est honteux !

M. Yannick Bodin. Vous abandonnez les parents qui sont à la recherche d'une solution adaptée pour leurs enfants.

Vous abandonnez les enseignants qui ont reçu une formation spécifique et vous décidez de ne plus utiliser leurs compétences.

Peut-être attendez-vous des parents qu'ils se tournent vers les collectivités locales, pour vous décharger une nouvelle fois des responsabilités de l'État ?

M. Roland Courteau. Eh oui !

M. Charles Revet. Qu'a fait Jospin ?

M. le président. Veuillez poser votre question, monsieur Bodin !

M. Yannick Bodin. Monsieur le ministre, que comptez-vous faire pour revenir sur cette suppression d'emplois spécialisés dans toutes les écoles et pour rassurer les enseignants et les familles, que vous avez placées dans l'angoisse au sujet de l'avenir de leurs enfants ?

Monsieur le ministre, que comptez-vous faire pour éviter un nouveau recul du service public de l'éducation nationale ? (Bravo ! et applaudissements sur les travées du groupe socialiste et du groupe CRC.)



Réponse du Ministère de l'éducation nationale

publiée dans le JO Sénat du 14/11/2008 - page 6778

M. le président. La parole est à M. le ministre. (Bravo ! et applaudissements sur les travées de l'UMP.)

M. Xavier Darcos, ministre de l'éducation nationale. Monsieur Bodin, il est inexact de dire que nous supprimons 3 000 postes de professeurs spécialisés, les « maîtres G », qui enseignent dans les RASED.

Parmi les 11 500 professeurs affectés dans ces RASED, 3 000 d'entre eux, qui sont en effet spécialisés dans les difficultés scolaires, seront placés dans les endroits où, précisément, la difficulté scolaire est plus massive, plus perceptible, parce qu'il s'agit d'écoles ou de classes rencontrant des problèmes particuliers.

M. Roland Courteau. Et ailleurs ?

M. Xavier Darcos, ministre. Et l'on sait très bien de quels établissements il s'agit !

Par conséquent, ces postes de professeurs spécialisés ne seront pas supprimés ; ils seront là où l'école de la République a besoin d'eux ! (Très bien ! sur les travées de l'UMP.)

Par ailleurs, monsieur Bodin, je ne peux pas vous laisser dire, comme le répètent en particulier les socialistes dans la perspective de la course à l'échalote du congrès de Reims (Bravo ! et applaudissements sur les travées de l'UMP. –Protestations sur les travées du groupe socialiste.),…

M. Roland Courteau. C'est nul !

M. Didier Boulaud. La prochaine fois, nous tiendrons notre congrès à Périgueux !

M. Xavier Darcos, ministre. … que nous sommes des ennemis de la justice sociale à l'école, alors que tout ce que nous faisons démontre exactement le contraire !

Mme Nicole Borvo Cohen-Seat. Ah ?

M. Xavier Darcos, ministre. Nous nous préoccupons précisément des élèves qui ne vont pas bien !

M. Jean-Pierre Raffarin. Mais oui !

Mme Raymonde Le Texier. C'est ça, vous avez toujours raison !

M. Yannick Bodin. Ce ne sont pas les mêmes élèves !

M. Xavier Darcos, ministre. Nous n'avons pas abandonné les élèves en difficulté scolaire : nous sommes les premiers à nous en occuper !

M. Yannick Bodin. C'est n'importe quoi !

M. Xavier Darcos, ministre. Demander à tous les professeurs de France de consacrer deux heures de leur enseignement aux élèves qui ne vont pas bien, c'est lutter contre l'échec scolaire.

M. Jacques Mahéas. C'est faux ! Vous les abandonnez le samedi matin !

Mme Patricia Schillinger. Ce ne sont ni les mêmes professeurs ni les mêmes élèves !

M. Xavier Darcos, ministre. Organiser des stages en CM1 et CM2 pour les élèves qui auront du mal à entrer en sixième et risqueraient d'y échouer définitivement, c'est lutter contre l'échec scolaire.

Faire en sorte que les élèves reçoivent, tous les soirs de seize à dix-huit heures, un accompagnement éducatif gratuit offert par l'école de la République, où ils bénéficient de cours de soutien et d'activités sportives et culturelles, c'est lutter contre l'échec scolaire.

Mais faire croire à l'opinion – qui n'est d'ailleurs pas dupe –, que déplacer 3 000 enseignants pour les affecter là où nous en avons le plus besoin, c'est en quelque sorte renoncer complètement à notre volonté de justice sociale et de lutte contre l'échec scolaire, c'est tout simplement un mensonge !

Je tiens d'ailleurs à vous rappeler que la totalité des décisions qui ont été prises par le Gouvernement de François Fillon sur l'école primaire reçoivent l'approbation de 65 à 85 % des parents d'élèves. (Protestations sur les travées du groupe socialiste et du groupe CRC.)

M. Guy Fischer. Ce sondage est truqué !

M. Xavier Darcos, ministre. Par conséquent, votre mensonge ne trouvera pas d'écho ! (Bravo ! et applaudissements sur les travées de l'UMP et de l'Union centriste.)

M. René-Pierre Signé. Pourquoi avez-vous perdu les municipales ? Et vous n'avez pas fini de perdre !