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Avenir de la HALDE

13e législature

Question écrite n° 14670 de Mme Évelyne Didier (Meurthe-et-Moselle - CRC-SPG)

publiée dans le JO Sénat du 29/07/2010 - page 1952

Mme Évelyne Didier attire l'attention de Mme la ministre d'État, garde des sceaux, ministre de la justice et des libertés sur la remise en cause des autorités indépendantes que sont la Haute autorité de lutte contre les discriminations, la Commission nationale de déontologie, le Défenseur des enfants et le Médiateur de la République.

En effet, le projet de loi relatif au Défenseur des droits, qui a été voté au Sénat et devrait sous peu être discuté à l'Assemblée nationale, tend à substituer le Défenseur des droits aux autorités administratives pré-citées. C'est ignorer l'important travail que font ces structures et le rôle nécessaire qu'elles jouent dans la préservation des droits de tous. S'agissant de la HALDE, qui a toujours su préserver son indépendance vis-à-vis des Gouvernements successifs, comment ne pas voir là une reprise en main gouvernementale ? Elle rappelle que la nomination du Défenseur des droits se fera par le Président de la République et que ce mode de désignation ne présente aucune garantie d'indépendance. De plus, il faut noter que la dilution de la HALDE dans l'institution du Défenseur des droits risque d'entraîner, à terme, la fermeture de ses permanences dans les territoires et de condamner les partenariats construits avec les collectivités locales, le monde associatif, les établissements scolaires… De nombreux départements, comme la Meurthe-et-Moselle, constituent de véritables terrains d'expérimentation en la matière et il serait dommage que le long travail commencé soit voué à disparaître avant même d'être achevé. Aussi, elle lui demande s'il est en mesure de garantir les missions et l'identité spécifique de chacune de ces autorités dans la réforme à venir.



Réponse du Ministère de la justice

publiée dans le JO Sénat du 04/11/2010 - page 2907

La Constitution donne au Défenseur des droits une compétence générale en matière de protection des droits et libertés. Selon les termes de l'article 71-1 de la Constitution, le Défenseur des droits veille au respect des droits et libertés par les administrations publiques, nationales ou locales. L'inclusion des compétences du Médiateur de la République dans le champ d'intervention du Défenseur des droits découle ainsi, directement, de la lettre même de l'article 71-1. Celui-ci habilite en outre le législateur organique à élargir les compétences du Défenseur des droits au-delà de celles exercées par le Médiateur de la République. L'inclusion des compétences de la HALDE et du Défenseur des enfants dans le champ d'intervention du Défenseur des droits correspond à l'une des préconisations formulées par le rapport du comité de réflexion et de proposition sur la modernisation et le rééquilibrage des institutions de la Ve République, présidé par M. Édouard Balladur. S'agissant de la lutte contre les manquements à la déontologie de la sécurité, force est de constater que la CNDS restait peu connue de nos concitoyens, comme en témoigne le nombre réduit de réclamations qui lui est transmis chaque année (229 en 2009). La reprise de ses attributions par le Défenseur des droits, autorité constitutionnelle plus visible et pouvant être directement saisie, permettra de mieux garantir le respect de la déontologie de la sécurité. Ces considérations ont logiquement conduit le Sénat à étendre les compétences du Défenseur des droits aux attributions actuellement exercées par la HALDE et la CNDS, lors du vote du projet de loi organique et du projet de loi qui l'accompagne en première lecture, le 3 juin dernier. Le Défenseur des droits jouira de moyens d'action et d'investigation accrus qui seront très utiles pour l'efficacité de la mission de défense des libertés, de défense des droits de l'enfant et de lutte contre les discriminations : si ses recommandations ne sont pas suivies d'effet, il pourra enjoindre à l'administration de prendre les mesures nécessaires et, le cas échéant publier un rapport spécial si aucune suite n'est donnée. Il pourra saisir le Conseil d'État d'une demande d'avis sur l'interprétation ou la portée d'un texte législatif ou réglementaire. Enfin, pour rassembler les éléments utiles à sa mission, il lui sera désormais possible d'accéder à des locaux même privés, y compris de manière inopinée. Les entraves à son action seront en outre pénalement sanctionnées. Le Gouvernement souhaite naturellement préserver la spécificité et la visibilité des missions de défense des droits des enfants, de lutte contre les manquements à la déontologie de la sécurité et de lutte contre les discriminations au sein de la nouvelle institution du Défenseur des droits. Ceci se traduit notamment par la faculté qui lui est donnée de désigner des adjoints compétents dans ces différentes matières. Cette volonté se traduit également par la création de collèges spécialisés qui éclaireront les décisions que le Défenseur des droits sera amené à prendre. Enfin, le Défenseur des droits succédera dans les droits et obligations de toutes les autorités dont il reprend les attributions, ce qui permettra de garantir la continuité des différents partenariats que celles-ci ont noués avec les acteurs institutionnels ou associatifs. Ainsi, loin de constituer un recul, la création du Défenseur des droits doit permettre de rendre plus claire, plus transparente et plus efficace la défense des droits et des libertés dans notre pays.