Allez au contenu, Allez à la navigation

L'Observatoire du « Fabriqué en france »

13e législature

Question d'actualité au gouvernement n° 0530G de Mme Catherine Dumas (Paris - UMP)

publiée dans le JO Sénat du 10/09/2010 - page 6472

Mme Catherine Dumas. Ma question s'adresse à M. le ministre chargé de l'industrie.

M. Guy Fischer. On craint le pire !

Mme Catherine Dumas. Monsieur le ministre, j'ai eu le plaisir de participer à vos côtés, la semaine dernière, au lancement à Bercy de l'Observatoire du « Fabriqué en France ».

Mme Nicole Bricq. Quel bonheur !

Mme Catherine Dumas. Vous avez souhaité la création de ce nouvel outil qui nous permettra de faire chaque année le point sur l'état de l'industrie française, notamment en mesurant la part des produits fabriqués en France, à partir d'indicateurs statistiques.

Les chiffres que vous nous avez présentés sont révélateurs à cet égard. Ils indiquent en particulier que, en dix ans, entre 1999 et 2009, la part des composants français dans les produits fabriqués en France est passée de 75 % à 69 %. Autrement dit, le « Fabriqué en France » serait de moins en moins fabriqué en France…

Mme Mireille Schurch. Eh oui !

Mme Nicole Borvo Cohen-Seat. Quel échec !

Mme Catherine Dumas. Les travaux de cet observatoire vont nous permettre de comprendre la réalité de la désindustrialisation dans laquelle s'est enfermé notre pays depuis la fin des années quatre-vingt-dix.

Monsieur le ministre, la concurrence internationale est chaque jour plus féroce, et il faut regarder en face les difficultés que peuvent rencontrer nos entreprises.

Mme Nicole Borvo Cohen-Seat. Le coût du travail, bien sûr !

Mme Catherine Dumas. Nous devons donc identifier les handicaps dont elles souffrent et surtout agir pour les surmonter.

M. Guy Fischer. Il faut accorder des exonérations supplémentaires !

Mme Catherine Dumas. Je salue votre initiative, qui s'inscrit dans la politique ambitieuse que conduit la majorité présidentielle pour préparer cette France d'après-crise dont nous appelons tous de nos vœux l'émergence.

Monsieur le ministre, pouvez-vous nous indiquer quelles mesures vous comptez prendre pour enrayer les évolutions que j'ai évoquées et renouer avec la vocation industrielle de notre économie et de nos territoires ? (Applaudissements sur les travées de l'UMP.)

M. Guy Fischer. C'est du cinéma !

Mme Nicole Borvo Cohen-Seat. Encore des exonérations de charges !



Réponse du Ministère chargé de l'industrie

publiée dans le JO Sénat du 10/09/2010 - page 6472

M. Christian Estrosi, ministre chargé de l'industrie. Madame Dumas, je vous remercie de votre participation, au nom du Sénat, aux réunions des comités stratégiques de filière.

Pourquoi avoir créé l'Observatoire du « Fabriqué en France » ?

C'est la première fois qu'une telle initiative est prise dans notre pays pour garantir la transparence des chiffres. Depuis 1999, la France a perdu, faut-il le rappeler, 550 000 emplois industriels, parce que les grands groupes industriels n'ont pas joué le jeu de la solidarité avec les PME et les sous-traitants de notre pays, préférant favoriser les délocalisations.

M. Guy Fischer. C'est le CAC 40 !

M. Christian Estrosi, ministre. Cela a entraîné une diminution progressive de la part des composants français dans la plupart des produits industriels fabriqués chez nous.

Mme Nicole Borvo Cohen-Seat. Quelle surprise ! C'est stupéfiant !

M. Christian Estrosi, ministre. En garantissant la transparence, c'est un défi que nous relevons, avec le Président de la République. Nous mettons en place une culture du résultat : l'efficacité de notre action dans le domaine industriel et des vingt-trois mesures annoncées par le Président de la République le 4 mars dernier à Marignane, à l'issue des états généraux de l'industrie, sera jugée sur les chiffres des prochains mois et des prochaines années.

Pour prolonger les propos tenus voilà quelques instants par Mme Lagarde sur l'amélioration de notre compétitivité, je puis d'ores et déjà vous indiquer que, au cours du premier semestre de cette année, une hausse de 11 % des commandes industrielles a été enregistrée. Cela révèle notamment que notre production a déjà rattrapé plus du tiers de la perte liée à la crise et que, contrairement à tous ses voisins européens, qui continuent à perdre des parts de marché, la France connaît une inversion de tendance. Ainsi, nos parts de marché ont progressé de 1 % par rapport à l'Allemagne, de 7 % par rapport à l'Italie, de 8 % par rapport à l'Espagne.

M. Guy Fischer. Nous faisons mieux que l'Allemagne ? En voilà une nouvelle !

M. Christian Estrosi, ministre. Grâce au « Fabriqué en France » et aux onze comités stratégiques de filière que j'ai mis en place hier à Bercy, nous imposerons que les relations entre grands groupes industriels et sous-traitants s'inscrivent dans un esprit de responsabilité et reposent sur le principe « gagnant-gagnant ».

M. Guy Fischer. Les salariés de Molex apprécieront !

M. Christian Estrosi, ministre. Il faut sortir des relations de domination pour en arriver à des relations de clients à fournisseurs. Par exemple, un grand groupe industriel tel que Renault, dont l'État est le premier actionnaire, doit fabriquer en France – et non en Turquie, comme c'est le cas pour la Clio 4 – et à partir de composants fournis par des entreprises françaises les voitures qu'il vend dans notre pays.

M. Guy Fischer. C'est de l'affichage !

M. Christian Estrosi, ministre. La part des composants français utilisés dans la fabrication des véhicules est en train de remonter très fortement. Cela démontre la pertinence de la politique du « Fabriqué en France » que nous sommes en train de remettre à l'ordre du jour. (Applaudissements sur les travées de l'UMP et de l'Union centriste.)