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Évaluations des acquis réalisés en CM2

13e législature

Question orale sans débat n° 1179S de M. Yannick Bodin (Seine-et-Marne - SOC)

publiée dans le JO Sénat du 27/01/2011 - page 176

M. Yannick Bodin attire l'attention de M. le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et de la vie associative sur les évaluations des acquis qui ont été réalisées sur les élèves de CM2. Ces évaluations ont été effectuées dans la semaine du 17 au 21 janvier. Comme les années précédentes, la communauté éducative, les syndicats enseignants et les parents d'élèves en ont contesté la tenue.

Les contestations portent sur plusieurs points. D'une part, le calendrier n'est pas approprié. En effet, réaliser ces évaluations au mois de janvier n'est pas adéquat puisque la progression pédagogique est différente dans chaque classe. Cela rend ces évaluations inutiles et déstabilisantes pour les élèves. D'autre part, le mode de notation binaire est inadapté et les exercices trop difficiles. C'est pourquoi de nombreuses organisations syndicales ont demandé leur retrait.

Les évaluations sont certes nécessaires et utiles, mais elles devraient être placées en début de CE2 et de CM2 et viser les compétences du socle commun. Cette évaluation ne doit pas avoir pour objectif d'apprécier les connaissances acquises par chaque élève pris individuellement, mais de permettre une appréciation globale des classes et des taux de réussite et de progression de l'ensemble des élèves concernés.

Il lui demande donc un bilan des évaluations réalisées en 2011 et de mettre en place, pour les années suivantes, des évaluations qui soient de véritables « évaluations-diagnostics », selon un calendrier qui permette aux enseignants de repérer les difficultés des élèves et d'y répondre et qui visent les compétences du socle commun.



Réponse du Secrétariat d'État chargé de la jeunesse et de la vie associative

publiée dans le JO Sénat du 02/03/2011 - page 1613

M. Yannick Bodin. Au cours de la semaine du 17 au 21 janvier dernier, les 730 000 élèves de CM2 ont passé des tests d'évaluations. Ils ont été interrogés, en cent questions, sur le français et les mathématiques. Comme les années précédentes, la communauté éducative, les syndicats d'enseignants et les parents d'élèves ont contesté la tenue de ces évaluations.

La principale critique porte sur le déroulement de ces tests. En effet, le calendrier n'est pas approprié : réaliser ces évaluations au mois de janvier n'est pas adéquat, puisque la progression pédagogique, à cette date, est différente dans chaque classe. De plus, l'aide personnalisée est, quant à elle, en place dès le mois de septembre.

Un tel calendrier rend ces évaluations inutiles et déstabilisantes pour les élèves, puisqu'elles ne permettent d'établir ni un diagnostic pour l'ensemble de l'année à venir ni un bilan.

En effet, soit elles sont réalisées en début d'année, auquel cas ce sont des « évaluations-diagnostics » qui concernent tous les élèves, soit il s'agit d'évaluations bilans visant à donner une photographie des acquis des élèves à un palier particulier du système éducatif et pouvant être réalisées sur un panel d'élèves. Se situant aujourd'hui entre les deux démarches, le dispositif que vous mettez en place n'est pas viable. Il faut choisir !

Par ailleurs, la possibilité de publier ces évaluations vous vaut également le reproche de vouloir mettre « en concurrence des écoles entre elles ».

Enfin, le mode de notation binaire est inadapté et les exercices se révèlent trop difficiles.

Pour ces raisons, de nombreuses organisations syndicales ont demandé le retrait de ces évaluations.

Les évaluations sont certes nécessaires et utiles, mais elles doivent être placées en début de CE2 et en début de CM2 et viser les compétences du socle commun. Elles doivent avoir pour objectif non pas d'évaluer les connaissances acquises par chaque élève pris individuellement, mais d'émettre une appréciation globale des classes, des taux de réussite et de progression de l'ensemble des élèves concernés.

Je souhaite donc, madame la secrétaire d'État, que vous me communiquiez un bilan des évaluations réalisées en 2011 et que vous mettiez en place, pour les années suivantes, de véritables « évaluations-diagnostics », visant les compétences du socle commun, et ce selon un calendrier permettant aux enseignants à la fois de repérer les difficultés des élèves et d'y répondre.

M. le président. La parole est à Mme la secrétaire d'État.

Mme Jeannette Bougrab, secrétaire d'État auprès du ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et de la vie associative, chargée de la jeunesse et de la vie associative. Monsieur le sénateur, je vous prie tout d'abord de bien vouloir excuser l'absence de mon collègue Luc Chatel.

Notre système éducatif a besoin de dispositifs d'évaluation fréquents et fiables, afin d'avoir une idée précise des domaines dans lesquels nos élèves réussissent et dans lesquels ils sont plus faibles. Ces évaluations permettent de construire une véritable stratégie éducative, la mieux adaptée de manière que le niveau des élèves augmente. L'éducation nationale ne pourra évoluer que si elle porte un regard lucide et éclairé sur son action.

Vous l'avez dit, les évaluations ont eu lieu du 17 au 21 janvier pour les élèves de CM2. Elles seront mises en place en mai pour ceux de CE1.

Ces tests, extrêmement précis, ont une double finalité : il s'agit de disposer, d'une part, d'un diagnostic complet et objectif de la situation de chaque élève et, d'autre part, d'une photographie non pas par école, mais par département, par académie et, plus largement, à l'échelle de la France.

Vous contestez le calendrier de ces évaluations. Pourquoi maintenir celles de CM2 en janvier ?

Il existe plusieurs raisons. La première est de permettre aux enseignants d'apporter toute l'aide nécessaire aux élèves qui en ont besoin avant le passage de ces derniers au collège, et ce grâce aux dispositifs mis en place par la réforme du primaire : l'aide individualisée, soit deux heures hebdomadaires, mais aussi les stages de remise à niveau.

Ensuite, faire passer les épreuves au mois de mai créerait certainement une confusion avec un examen de passage en sixième alors que ce n'est nullement l'objectif de ces évaluations.

Enfin, à l'inverse, positionner des évaluations en tout début d'année serait contre-productif et donnerait lieu à des évaluations faussées. On sait en effet que, après les vacances d'été, bon nombre d'élèves ont besoin d'un temps d'adaptation pour se réhabituer à l'école. Par ailleurs, je vous rappelle que les compétences évaluées sont celles de la fin du CM1. Il est donc intéressant de laisser passer quelques mois afin d'estimer la permanence des acquis de l'année précédente.

Quant à la question que vous soulevez du codage binaire de ces tests, ce dernier a évolué cette année, preuve que nous ne sommes pas fermés au dialogue.

Des enseignants ont légitimement exprimé le souhait d'aller plus loin dans l'exploitation pédagogique de ces évaluations. C'est pourquoi nous avons précisé cette année le codage d'un tiers de leurs items. Avec ces informations supplémentaires, la personnalisation du suivi est encore mieux assurée.

Enfin, le bilan que vous demandez des évaluations réalisées en 2011 ne sera disponible qu'en juillet. Luc Chatel le mettra à votre disposition sitôt qu'il sera abouti.

M. le président. La parole est à M. Yannick Bodin.

M. Yannick Bodin. Madame la secrétaire d'État, je vous remercie de cette réponse du ministre de l'éducation nationale.

À l'évidence, nous avons bien compris l'intérêt et la nécessité de ces évaluations.

La question qui se pose est celle du calendrier. Je persiste à penser, reflétant ainsi l'opinion émise par la majorité de la communauté éducative – vous l'avez sans doute entendue – ainsi que par les parents d'élèves, notamment au sein de la Fédération des conseils de parents d'élèves, ou FCPE, que ces évaluations interviennent trop tôt ou trop tard dans l'année scolaire.

D'une part, elles interviennent trop tôt : le questionnaire est souvent inadapté compte tenu tant de la différence de progression des élèves d'une classe à l'autre que de la manière dont le programme est examiné dans chaque classe. Par exemple, les élèves ne peuvent pas répondre aux questions portant sur des parties du programme qui ne seront traitées que deux ou trois semaines plus tard.

D'autre part, elles interviennent trop tard : si les résultats de ces évaluations sont donnés au mois de juillet, avouez que c'est un peu tardif pour garantir aux élèves qui entreront en sixième au mois de septembre la réadaptation ou le rattrapage que vous proposez.

Il y a donc là un choix à faire. C'est pourquoi j'insiste sur la nécessité de réfléchir à une véritable « évaluation-diagnostic » qui soit utile aux élèves et recueille, si possible, l'approbation de la majorité de ceux qui ne comprennent pas le système en place aujourd'hui.