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Aggravation des inégalités sociales dans le système scolaire

13e législature

Question crible thématique n° 0158C de Mme Françoise Cartron (Gironde - SOC)

publiée dans le JO Sénat du 09/02/2011 - page 976

Concerne le thème :Aggravation des inégalités sociales dans le système scolaire

Mme Françoise Cartron. Monsieur le ministre, je souhaiterais tout d'abord attirer votre attention sur les résultats de la sixième enquête quadriennale réalisée par l'Observatoire national de la vie étudiante, qui ont été publiés au début de l'année. Ils sont alarmants ! Ainsi, le pourcentage d'étudiants issus des classes populaires est moins élevé qu'il y a quatre ans : il a baissé de 35 % en 2006 à 31 % en 2010.

M. Roland Courteau. La gauche n'y est pour rien !

Mme Françoise Cartron. Malgré ces données inquiétantes, rien n'est fait pour conforter notre système éducatif, bien au contraire ! En effet, ni le rapport de la Cour des comptes publié en 2010, ni les résultats de l'enquête PISA n'auront eu d'influence sur votre politique.

Vous vous bornez à constater la croissance du nombre des élèves en échec scolaire, le plus souvent issus de milieux défavorisés. A contrario, vous usez et abusez de la rhétorique de l'excellence.

Il est très bien de fixer un objectif de 30 % de boursiers en classes préparatoires, mais un enfant d'ouvrier sur deux ne décroche pas le bac. Instaurer une évaluation en cours moyen deuxième année pour lutter contre l'échec scolaire n'est pas forcément une mauvaise idée, mais, dans le même temps, les réseaux d'aides spécialisées aux élèves en difficulté, les RASED, sont supprimés et les maîtres absents ne sont pas remplacés. (Marques d'approbation sur les travées du groupe socialiste et du groupe CRC-SPG.)

M. Roland Courteau. C'est cela qui est grave !

Mme Françoise Cartron. Votre politique agit comme un tamis éducatif sélectionnant les meilleurs, sans jamais chercher à intervenir en amont. Ainsi, le recul de 35 % à 12 % du taux de scolarisation des enfants âgés de 2 à 3 ans, tout particulièrement dans les zones d'éducation prioritaires, et la suppression de la carte scolaire, qui aggrave la « ghettoïsation » de certains établissements, s'opèrent au détriment des plus fragiles.

Au-delà de l'étranglement budgétaire qui étouffe les équipes sur le terrain, vous vous êtes également attaqué à la formation des enseignants, alors que tous les pays arrivant en tête des classements internationaux ont investi massivement dans celle-ci. La « mastérisation » mise en place à la rentrée dernière aboutit à un véritable gâchis.

M. le président. Veuillez poser votre question, ma chère collègue !

Mme Françoise Cartron. Le Président de la République a parlé d'« éléments de la formation à revoir ». Que faut-il entendre par là, monsieur le ministre ? Derrière ces euphémismes se trouve la réalité du terrain. Ne vous perdez pas dans un style amphigourique et donnez-nous une réponse claire et précise sur ce sujet, qui puisse tous nous éclairer ! (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et du groupe CRC-SPG, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)



Réponse du Ministère de l'éducation nationale, de la jeunesse et de la vie associative

publiée dans le JO Sénat du 09/02/2011 - page 976

M. Luc Chatel, ministre. Madame le sénateur, le temps de parole qui m'est imparti pour répondre à votre question risque d'être un peu trop court ! Je vais néanmoins tâcher de vous apporter quelques éclaircissements.

Ma collègue Valérie Pécresse et moi-même avons décidé de nous attaquer aux inégalités sociales. Le Président de la République avait fixé un objectif de 30 % de boursiers en classes préparatoires, que nous avons dépassé avant l'échéance assignée. C'est donc un signal très fort que nous envoyons à des élèves issus de milieux modestes qui doivent réussir grâce à l'école de la République.

Dans le cadre de la réforme du lycée que nous avons engagée depuis la dernière rentrée, nous avons décidé d'accompagner davantage les élèves dans leurs choix d'orientation, domaine dans lequel les inégalités sociales s'expriment de la manière la plus criante. En effet, un élève issu d'un milieu où l'on connaît le fonctionnement du système éducatif ne fera pas les mêmes choix d'orientation qu'un jeune dont le milieu familial est peut-être déstructuré, en tout cas éloigné de l'école. Là est la véritable inégalité ! Le premier pourra décrypter la complexité du système et éviter certains pièges, tandis que le second sera incapable de s'orienter de manière personnelle.

Par conséquent, nous avons décidé d'accompagner davantage les élèves en matière d'orientation, afin qu'ils puissent élaborer progressivement leurs choix tout au long de la scolarité au lycée, en ayant la possibilité de changer de trajectoire, d'emprunter des passerelles, de suivre des stages de remise à niveau et de bénéficier d'un tutorat assuré par les professeurs. Ces derniers, qui connaissent bien leurs élèves, peuvent ainsi désormais les accompagner en matière d'orientation, au côté des conseillers d'orientation. Il faut détecter le plus tôt possible les talents des élèves, afin d'emmener ceux-ci vers la réussite. C'est dans cet esprit que nous avons décidé de mobiliser notre système éducatif.

M. le président. La parole est à Mme Françoise Cartron, pour la réplique.

Mme Françoise Cartron. Pardonnez-moi, monsieur le ministre, mais vous n'avez pas répondu à ma question, qui portait sur la formation des maîtres ! Les enquêtes PISA montrent que les systèmes éducatifs qui réussissent sont ceux qui investissent massivement dans ce domaine. Or, malheureusement, vous avez agi à rebours, et nous constatons aujourd'hui que la « mastérisation » est un échec.

Monsieur le ministre, quelles mesures comptez-vous prendre pour éviter que, à la prochaine rentrée, de jeunes étudiants sortis tout frais émoulus des universités ne découvrent sans préparation toutes les difficultés du métier d'enseignant ?