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Situation internationale

13e législature

Question d'actualité au gouvernement n° 0594G de Mme Monique Cerisier-ben Guiga (Français établis hors de France - SOC)

publiée dans le JO Sénat du 04/02/2011 - page 853

Mme Monique Cerisier-ben Guiga. Madame le ministre, les révolutions qui ont éclaté au sud de la Méditerranée condamnent les orientations de la diplomatie sarkozienne que vous devez mettre en œuvre.

Sur l'avenir de ces révolutions, seuls les États-Unis exercent une influence évidente, alors que la France, à l'origine de la création de l'Union pour la Méditerranée, est ignorée.

À confondre diplomatie et intérêts économiques, à sombrer toujours davantage dans la complaisance et le copinage, à force de pratiquer le double langage, le Gouvernement français s'est attiré l'hostilité de ces peuples, spoliés du produit de leur travail, terrifiés par une effroyable répression, bâillonnés, soumis au culte imbécile de la personnalité, que ce soit en Égypte ou en Tunisie,…

Mme Nathalie Goulet. Ou ailleurs !

Mme Monique Cerisier-ben Guiga. … là où, selon le Président Sarkozy, « s'élargissait l'espace des libertés »…

Mme Raymonde Le Texier. Eh oui !

Mme Monique Cerisier-ben Guiga. De tels propos ont eu un effet ravageur, croyez-moi, tout comme la vision de la brochette de dictateurs se pavanant autour de notre Président de la République à la tribune d'honneur, le 14 juillet 2008. Les geôliers de leurs peuples fêtaient la prise de la Bastille : quelle dérision ! (Murmures sur les travées de l'UMP.)

M. René-Pierre Signé. Eh oui !

Mme Monique Cerisier-ben Guiga. Les peuples du sud de la Méditerranée ont vivement ressenti ce mépris du Gouvernement français, qui les condamnait à subir des dictatures mafieuses,…

M. Roland du Luart. On ne parle pas contre la France !

Mme Monique Cerisier-ben Guiga. … au motif fallacieux qu'il fallait protéger les Européens de l'extrémisme religieux.

À cela se sont ajoutées, en huit ans, sept lois hostiles aux immigrés et à leurs descendants devenus Français,…

Mme Nicole Borvo Cohen-Seat. Et cela continue !

Mme Monique Cerisier-ben Guiga. … des lois hostiles aux étudiants étrangers.

Ces politiques ont contribué à creuser le fossé entre la France et la rive sud de la Méditerranée. Vous tournerez-vous enfin vers l'avenir, madame le ministre ?

Toute une jeunesse, des associations, des partis politiques, des syndicats, des médias défendent, dans le monde arabe et musulman, les mêmes valeurs que celles qui animaient nos jeunes ancêtres de 1789.

Êtes-vous disposée à mener une politique méditerranéenne qui tienne enfin compte des oppositions et les respecte ?

Êtes-vous prête à recevoir des télégrammes politiquement incorrects de diplomates aux relations et aux sources d'information multiples ?

Quand un juge d'instruction sera-t-il saisi du devenir des avoirs de Ben Ali et de son entourage ?

Êtes-vous prête, enfin, à mener une politique méditerranéenne qui échappe au carcan technocratique de l'UPM, pour que puisse triompher la démocratie ? (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et du groupe CRC-SPG.)



Réponse du Ministère des affaires étrangères et européennes

publiée dans le JO Sénat du 04/02/2011 - page 853

Mme Michèle Alliot-Marie, ministre d'État, ministre des affaires étrangères et européennes. De nombreux événements se déroulent aujourd'hui au sud de la Méditerranée. Le Gouvernement français doit être aux côtés des peuples tunisien et égyptien, pour leur permettre d'exercer sans violences leur droit de manifester leurs aspirations, mais aussi pour participer au redressement et à l'installation dans la démocratie de leur pays. Nous avons formulé des propositions en ce sens à la Tunisie et nous avons appelé les dirigeants égyptiens à s'engager dans la voie d'une transition démocratique qui permette notamment la tenue d'élections libres.

Un sénateur du groupe socialiste. Personne ne vous croit !

Mme Michèle Alliot-Marie, ministre d'État. Telle est notre conception des relations internationales. L'UPM se fonde précisément sur l'idée que ses membres ont des intérêts communs qu'ils doivent défendre ensemble, dans un esprit de grande solidarité.

Les principes de la politique internationale de la France sont le respect de l'État de droit, la non-ingérence et l'appel à la démocratie et aux libertés.

J'ai développé ces idées devant le Conseil des ministres des affaires étrangères européens la semaine dernière. Nous continuons à agir tous les jours en ce sens.

M. René-Pierre Signé. Les résultats ne sont pas brillants !

Mme Michèle Alliot-Marie, ministre d'État. Il en va de même s'agissant du processus de paix au Proche-Orient. Ainsi, je recevrai tout à l'heure Mme Ashton et je donnerai ce soir un dîner de travail consacré au suivi de la conférence de Paris des donateurs pour l'État palestinien. Voilà ma politique au quotidien.

Vous entendez donner de grandes leçons sur ce qu'il aurait fallu faire ou ne pas faire, mais je vous invite à la plus grande prudence : certains faits pourraient être embarrassants pour vos amis.

Ainsi, le compte rendu du conseil de l'Internationale socialiste des 15 et 16 novembre derniers…

M. Jacky Le Menn. Bonne lecture !

Mme Michèle Alliot-Marie, ministre d'État. … nous apprend que le parti socialiste avait invité M. Jalel Trabelsi et Mme Hager Cherif, qui, si je ne me trompe, sont très proches de M. Ben Ali. (Exclamations amusées et applaudissements sur les travées de l'UMP.) L'avez-vous oublié ?

Avez-vous également oublié qu'après le départ de M. Ben Ali, le parti socialiste a attendu trois jours avant de demander l'exclusion de son parti de l'Internationale socialiste ?

M. David Assouline. Cela fait dix ans qu'on le demande ! Cessez de mentir !

Mme Michèle Alliot-Marie, ministre d'État. Vous pourriez vous en excuser !

Et que dire de M. Gbagbo ? Qu'attendez-vous encore pour l'exclure, ainsi que son parti, de l'Internationale socialiste ? Vous gardez dans vos rangs un homme qui refuse de reconnaître le résultat d'une élection démocratique ! (Bravo ! et applaudissements sur les travées de l'UMP – Protestations sur les travées socialistes.)

M. David Assouline. Arrêtez de mentir !