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Politique audiovisuelle extérieure

13e législature

Question crible thématique n° 0206C de Mme Marie-Christine Blandin (Nord - ECOLO)

publiée dans le JO Sénat du 01/06/2011 - page 4352

Concerne le thème :Politique audiovisuelle extérieure

Mme Marie-Christine Blandin. Monsieur le ministre, alors que je vous alertais au sujet de RFI en 2009, vous me répondiez, confiant dans le montage de vos prédécesseurs : « Un plan global de modernisation a été présenté au comité d'entreprise. » Depuis, il n'y a même plus de contrat d'objectifs et de moyens !

Les ressources de RFI ont été siphonnées au bénéfice de France 24, et aussi du train de vie professionnel du président et de la directrice de la holding, lesquels sont en conflit ; cette dernière ne vient d'ailleurs plus travailler...

Au-delà des symptômes de la pire ambiance possible, jusqu'à des accusations d'espionnage et de piratage, France 24 accumule les échecs.

L'autoritarisme y coexiste avec le manque de professionnalisation et d'encadrement. Ainsi, de nombreux jeunes journalistes inexpérimentés se retrouvent polyvalents et sont envoyés au « front ». Beaucoup de correspondants n'interviennent que par téléphone… Vive la télévision !

Les erreurs dans le lancement des sujets et les fautes d'orthographe dans les bandeaux font les délices... du zapping d'Al Jazeera.

On recycle des images et plus de 40 % de sujets déjà diffusés sur France 2 ou France 3. On dépense encore 2 millions d'euros par an pour acheter des images à TF1, qui s'était déjà enrichi de 1 981 500 euros en revendant sa part du capital de France 24.

Malmenés, sans perspectives, les salariés éprouvent une grande fatigue morale et physique : cadences accélérées, précarité, départs, tentatives de suicides... Ceux de la version arabophone peuvent travailler de nuit et enchaîner, dès le matin, la journée suivante...

Le budget est entamé par l'installation du nouveau siège, les embauches-départs à l'amiable, avec primes substantielles, les plans sociaux, les dédommagements après action aux prud'hommes, et ce au détriment de la présence sur le terrain et de bureaux à l'étranger.

Monsieur le ministre, comment allez-vous restaurer la confiance après ce gâchis d'argent public et de talents de journalistes ? (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et du groupe CRC-SPG, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)



Réponse du Ministère de la culture et de la communication

publiée dans le JO Sénat du 01/06/2011 - page 4352

M. Frédéric Mitterrand, ministre. Mesdames, messieurs les sénateurs, dans la mesure où je partage certaines de vos analyses, vous en conviendrez, la tâche n'est pas très facile pour moi cet après-midi !

Premièrement, madame Blandin, je déplore, moi aussi, la « crise des chefs », révélatrice d'un certain nombre d'approximations dans la conduite d'une réforme qui était nécessaire.

Deuxièmement, une fois mise en œuvre, cette réforme a permis de renforcer le capital et la professionnalisation remarquable des personnels de RFI, comme elle a permis l'installation et le développement de France 24.

Il convient donc, d'une part, de surmonter la crise, réelle, que nous traversons actuellement et, d'autre part, de reprendre le chemin de la réforme en appliquant bien celle-ci.

Troisièmement, c'est précisément, je l'ai dit, pour avoir enfin une bonne visibilité que j'ai demandé qu'un contrôle soit effectué par l'inspection générale des finances, et je me réjouis que la mise en œuvre de la réforme fasse de surcroît l'objet d'une mission d'information parlementaire.

La réforme, madame Blandin, va donc non seulement se poursuivre, mais elle va se poursuivre dans la clarté et avec les appuis financiers que notre audiovisuel extérieur mérite de recevoir de l'État.

Je disposerai des résultats des travaux actuellement menés d'ici à la fin du mois de juin, mais, d'ores et déjà, j'ai arrêté plusieurs principes que je tiens à mettre en œuvre dans le cadre du contrat d'objectifs et de moyens. Je peux vous assurer que je m'occuperai de ce dossier avec la plus grande attention, comme je l'ai d'ailleurs fait jusqu'à présent. Malheureusement, la crise de direction entre les deux chefs rendait la situation extrêmement difficile à gouverner, même pour l'autorité de tutelle.

Mme Catherine Tasca. Qui les avait nommés ?

M. le président. La parole est à Mme Marie-Christine Blandin, pour la réplique.

Mme Marie-Christine Blandin. Je veux d'abord insister sur le fait que la trésorerie de RFI avait été fragilisée par des avances, qui n'ont pas été remboursées, à Doualiya et à Euranet.

Ensuite, je vous remercie, monsieur le ministre, de l'appréciation que vous portez sur les salariés de RFI, qui vous en seront reconnaissants.

Une ministre a pu se tromper par le passé, le Parlement également. Cela peut arriver à tout le monde ! L'important est de ne pas persévérer dans l'erreur et, de ce point de vue, j'estime que le départ de la directrice ne suffira pas. Pour ma part, je veux que l'on évalue à nouveau la pertinence du retour de RFI dans Radio France : c'est un scénario qu'il ne faut pas balayer.

Par ailleurs, il faut sortir de la guerre des clans à France 24, en finir avec les caprices… La diffusion à la même seconde du même message dans toutes les langues ne tombe pas nécessairement sous le sens !

Enfin, rien ne se fera sans le respect des journalistes non plus que sans l'indispensable dialogue social. (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et du groupe CRC-SPG.)