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Mort d'un manifestant à Mayotte

13e législature

Question d'actualité au gouvernement n° 0695G de M. Thani Mohamed Soilihi (Mayotte - SOC)

publiée dans le JO Sénat du 21/10/2011 - page 6861

M. Thani Mohamed Soilihi. Ma question s'adresse à M. le Premier ministre.

Depuis le décès de Zakia Madi, en 1969, plus personne n'avait perdu la vie à Mayotte en marge d'une manifestation.

Hélas, hier, Ali El Anziz, jeune Mahorais de 39 ans, qui manifestait pacifiquement contre la vie chère, est brutalement décédé, après une charge des forces de l'ordre. Quelques jours auparavant, un enfant de 9 ans perdait un œil après un tir de flash-ball de la police.

J'adresse, au nom du groupe socialiste, nos condoléances les plus attristées à la famille d'Ali El Anziz et assure de notre compassion et de notre soutien les plus profonds les familles terrassées par les drames de ces derniers jours.

On le sait, Mayotte est frappée depuis plusieurs semaines par une grève générale sans précédent contre la vie chère. La colère des Mahorais est grande et la mobilisation ne faiblit pas. L'île se trouve aujourd'hui dans une situation explosive.

Ce département, que je suis fier de représenter ici, dispose pourtant d'une richesse naturelle exceptionnelle, sous-exploitée.

Un chômage de masse y sévit : si le taux officiel, déjà inquiétant, est de 17 %, le chômage touche en réalité plus d'un actif sur deux.

Alors que Mayotte possède la population la plus jeune de France, avec une moyenne d'âge de 22 ans, quel message envoie-t-on à la jeunesse ? L'indemnisation des chômeurs y est presque inexistante, les retraites sont misérables, le salaire minimum ne représente que 80 % du SMIC et ne concerne que 30 000 travailleurs sur les 200 000 habitants de l'île.

Le RSA que vous promettez à compter du 1er janvier 2012 ne représentera que 25 % du montant alloué en métropole. Les prix des produits de première nécessité s'envolent, alors que les salaires, eux, ne décollent pas. La situation à Mayotte est telle que des mesures d'urgence fortes propres à permettre le développement de l'économie doivent être adoptées immédiatement.

Un tel investissement est indispensable au moment où Mayotte prend un tournant historique. L'exaspération de la population ne doit pas être prise à la légère. Nous attendions plus que les « mesurettes » méprisantes annoncées récemment par Mme la ministre de l'outre-mer.

Il faut que la France soit au rendez-vous de l'espoir qu'elle a fait naître, et c'est bien parce que nous avons tous voté en faveur de la départementalisation que nous avons le droit d'avoir des exigences. Ce nouveau département a besoin d'un soutien sans faille de l'État, qui fait supporter chaque année au conseil général des charges indues, représentant plus de 30 millions d'euros.

Qu'attendez-vous pour considérer enfin tout notre potentiel et ouvrir un véritable dialogue avec les Mahorais sur le contrôle des prix et la relance de l'économie ? (Vifs applaudissements sur les travées du groupe socialiste-EELV et du groupe CRC, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)



Réponse du Ministère chargé de l'outre-mer

publiée dans le JO Sénat du 21/10/2011 - page 6862

Mme Marie-Luce Penchard, ministre auprès du ministre de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration, chargée de l'outre-mer. Monsieur le sénateur, dans le cadre du mouvement contre la vie chère qui agite Mayotte depuis plusieurs semaines, un homme est mort mercredi dernier. Une enquête judiciaire est en cours, et je souhaite que toute la lumière soit faite sur les circonstances exactes de ce drame.

Nos pensées vont à la famille de la victime, extrêmement digne dans cette épreuve, à ses proches et à ses amis, au-delà à tous les Mahorais, qui ont organisé une marche silencieuse dans les rues de Mamoudzou pour lui rendre hommage.

Depuis le début du conflit, ma priorité a été d'appeler au calme, car, vous le savez aussi bien que moi, la violence ne règle rien ; elle est une impasse.

Mme Éliane Assassi. De quel côté est la violence ?

Mme Marie-Luce Penchard, ministre. C'est pourquoi, dès le départ, j'ai souhaité apporter des réponses concrètes de sortie de crise. Outre la baisse des prix significative négociée par le préfet pour les dix produits de première nécessité, j'ai proposé un dispositif de soutien au pouvoir d'achat des familles modestes, via la caisse d'allocations familiales, ainsi que la réglementation du prix du gaz.

J'ai rappelé aussi que, au-delà de la revalorisation de l'allocation spéciale pour les personnes âgées et de l'allocation pour adulte handicapé, qui est déjà effective, le RSA sera mis en place à compter du 1er janvier 2012. J'ai également annoncé la création, dès l'année prochaine, d'un régime de retraite de base pour les indépendants.

Ces propositions, que j'ai formulées lors d'un déplacement à Mayotte la semaine dernière - au cours duquel nous avons eu l'occasion, monsieur le sénateur, d'échanger nos points de vue -, ont été entendues et ne sont pas de simples « mesurettes ». J'en veux pour preuve la signature, par l'un des syndicats majoritaires, en l'occurrence FO, et une association de consommateurs, du protocole de baisse des prix, que le secteur de la distribution a d'ores et déjà décidé d'appliquer.

Mme Éliane Assassi. Ce n'est pas vrai !

Mme Marie-Luce Penchard, ministre. D'autres sujets peuvent être abordés en vue d'améliorer au plus vite le quotidien de nos compatriotes mahorais. Des mesures existent dans le cadre du processus de la départementalisation.

M. Jean-Louis Carrère. Faites baisser les prix !

Mme Marie-Luce Penchard, ministre. Tout cela, monsieur le sénateur, ne peut se faire que dans le dialogue, démarche que nous avons toujours privilégiée au cours de ce conflit. Mais il faut, je le dis très solennellement, que chacun de nous, chaque responsable politique, qu'il appartienne à la majorité ou à l'opposition, souhaite ce dialogue et appelle au calme. (Applaudissements sur les travées de l'UMP, ainsi que sur certaines travées de l'UCR.)