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Manifestation des Algériens à Paris le 17 octobre 1961

13e législature

Question d'actualité au gouvernement n° 0697G de M. David Assouline (Paris - SOC)

publiée dans le JO Sénat du 21/10/2011 - page 6864

M. David Assouline. Monsieur le ministre de la culture, la réponse que vous avez faite à Mme Nicole Borvo Cohen-Seat m'a déçu.

En effet, reconnaître officiellement des faits avérés, largement admis par les historiens, par la société civile, par des maires qui, dans toute la France, ont commémoré ce moment dramatique de notre histoire, devrait être une évidence. Cela est tellement important pour les familles des victimes de cette tuerie survenue en plein Paris, un certain 17 octobre 1961, pour leurs enfants et petits-enfants qui, français, aspirent à se sentir bien dans leur pays, la France, et dans une République à laquelle ils veulent pouvoir croire pleinement !

Oui, monsieur le ministre, nous attendons quelques mots de votre part, simplement pour dire ce qui a été, et cela vaudrait reconnaissance officielle. Dites-les ! Sortez de la langue de bois, de cette froideur qui se veut celle d'une raison d'État que, cinquante ans après les faits, il est encore moins acceptable qu'alors d'invoquer pour justifier le silence ! Faites preuve d'humanité, d'un véritable sens de la République !

Depuis ce fameux communiqué établissant le bilan officiel à deux morts au lendemain des faits, voilà un demi-siècle, aucune parole officielle n'a été prononcée par la République pour reconnaître le massacre d'au moins plusieurs dizaines de manifestants algériens pacifiques, perpétré par des policiers de notre État démocratique sur ordre du sinistre Maurice Papon, alors préfet de police de la Seine.

Celles et ceux qui demandent cette reconnaissance ne sont animés d'aucun désir de vengeance, n'appellent nullement à la repentance ; ils veulent simplement, comme nous-mêmes, la vérité !

Bien sûr, certains voudront toujours instrumentaliser l'histoire pour enfermer chacun dans de fausses identités et de vraies haines.

Pour notre part, nous vous demandons aujourd'hui solennellement de rompre le silence qui entretient les blessures, de prononcer des paroles de fraternité ; cela sera ressenti profondément comme un acte de paix, tourné vers l'avenir.

Faites-le ici, au Sénat,…

M. Jean-Claude Carle. Pourquoi ne l'avez-vous pas fait quand vous étiez au pouvoir ?

M. David Assouline. … où, au milieu du silence presque absolu de l'époque, Gaston Deferre – dont personne ne peut contester le sens de l'État ni le respect pour la police républicaine – évoqua les faits sous les invectives.

Dites ces mots, et vous allumerez un espoir dans les yeux et les consciences de tous ceux qui les attendent : nos collègues sénatrices Samia Ghali, Bariza Khiari, Leila Aïchi, qui représentent la nation française, les Samia ou les Medhi qui, dans tous les quartiers, se battent pour la République, tous les démocrates, enfin, qui veulent que plus jamais, dans notre démocratie, pour quelque raison que ce soit, on puisse, au faciès, taper à mort, tirer à vue et noyer des manifestants pacifiques ! (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste-EELV et du groupe CRC, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)



Réponse du Ministère de la culture et de la communication

publiée dans le JO Sénat du 21/10/2011 - page 6864

M. Frédéric Mitterrand, ministre de la culture et de la communication. Permettez-moi tout d'abord de regretter, monsieur le sénateur, que vous ayez lu un papier rédigé à l'avance,...

M. Jean-Jacques Mirassou. Forcément !

M. Frédéric Mitterrand, ministre. ... sans l'avoir revu après avoir entendu la réponse que j'ai faite à Mme Borvo Cohen-Seat : certains de mes propos ne méritaient pas d'être qualifiés de froids et ne relevaient pas de la langue de bois. (Marques d'approbation sur les travées de l'UMP.)

Vous exigez donc, monsieur Assouline, que l'on accomplisse le devoir de mémoire. Comme je l'ai déjà dit tout à l'heure, toutes les archives concernant cet événement tragique sont désormais accessibles. En effet, des dérogations au délai de communication de cent ans - ou de soixante-quinze ans pour les archives proprement judiciaires - destiné à protéger d'éventuels informateurs sont largement accordées aux chercheurs et aux savants ; ainsi, quatre-vingt-seize l'ont été tout récemment encore pour des travaux portant sur ce sujet.

La recherche historique sur ces événements tragiques a été menée, et elle peut se poursuivre. Tous les éléments sont disponibles pour construire les réponses nécessaires, sans tomber dans le travers - à mon avis tout à fait préjudiciable à la mémoire des victimes et à l'histoire - consistant à se renvoyer des chiffres sur lesquels on ne peut tomber d'accord.

En ce qui concerne l'éventuelle loi mémorielle que vous appelez de vos vœux... (Protestations sur les travées du groupe socialiste-EELV.)

M. David Assouline. Pas du tout ! J'ai juste demandé quelques mots ! Vous n'avez pas écouté !

M. Frédéric Mitterrand, ministre. En tout cas, Mme Borvo Cohen-Seat a déposé une proposition de loi à cette fin. Je sais qu'il y a une différence entre les socialistes et les communistes mais, en l'occurrence, vos positions ne sont pas très éloignées ! (Nouvelles protestations sur les mêmes travées.)

M. Jean-Jacques Mirassou. C'est nul !

M. Bernard Piras. C'est pitoyable !

M. David Assouline. Écoutez-moi donc !

M. Frédéric Mitterrand, ministre. C'est la réalité, monsieur le sénateur : une telle proposition de loi a été déposée. Je ne la trouve pas absolument indispensable, car je ne crois pas que les lois mémorielles permettent d'établir la vérité aussi bien qu'un travail historique. Une loi risque toujours d'être modifiée.

Mme Nicole Borvo Cohen-Seat. On vous demande de reconnaître un fait !

M. Frédéric Mitterrand, ministre. Quant au monument dont certains demandent l'érection, les événements s'étant déroulés à Paris, c'est à la Ville de Paris qu'il faut en parler. (Vives exclamations sur les travées du groupe socialiste-EELV. - Applaudissements sur les travées de l'UMP.)

M. Jean-Louis Carrère. C'est pitoyable !

M. Jean-Jacques Mirassou. Lamentable !

M. Jean-Pierre Michel. C'est ridicule ! Minable !