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Enseignement des langues vivantes à l'école primaire

13 ème législature

Question orale sans débat n° 1416S de M. Jean-Marc Todeschini (Moselle - SOC)

publiée dans le JO Sénat du 13/10/2011 - page 2608

M. Jean-Marc Todeschini appelle l'attention de M. le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et de la vie associative sur les conditions d'apprentissage des langues vivantes à l'école primaire.

En avril dernier, il l'avait déjà interpellé au sujet du manque de moyens accordés à la mise en œuvre de l'apprentissage des langues, qui restent largement insuffisants ou répartis de manière inégale sur le territoire. Il lui avait alors présenté le cas de l'école primaire Jean-Jacques Rousseau de Talange comme exemple de cette politique car dans cette école, faute d'enseignants disponibles, les élèves à partir du CE1 sont dans l'obligation de suivre un cours d'italien (sauf pour une classe de CM1 avec un enseignement de l'allemand).

Monsieur le Ministre avait à l'époque objecté, pour justifier l'enseignement de l'italien, que cela correspondait à une forte demande des parents mais qu'il se tenait prêt à répondre immédiatement à leur attente si jamais à l'avenir « les enfants et leurs parents souhaitaient que l'apprentissage de l'anglais se développe sur ce territoire ».

La rentrée 2011 vient d'avoir lieu et, force est de constater, que les promesses d'avril n'ont pas été tenues en septembre ! En effet, comme les années précédentes, les élèves de cours préparatoire des deux écoles primaires de la ville de Talange ne bénéficient toujours pas d'une initiation en langue vivante. En outre, seul l'italien est une nouvelle fois proposé aux élèves de cours élémentaire première année. Ce statu-quo est d'autant plus anormal que les parents d'élèves s'inscrivant en cours préparatoire de l'école Jean-Jacques Rousseau pour la rentrée 2011, interrogés par un sondage réalisé par la commune de Talange, se sont massivement prononcés en faveur de la mise en place d'une initiation à l'anglais dès la classe de CP. De plus, il lui fait remarquer que le fascicule officiel « Guide pratique des parents-Mon enfant à l'école CP-CM2 » pour l'année 2011-2012, insiste encore sur l'importance d'une initiation aux langues vivantes dès le primaire en précisant clairement, à la page 32 de la section réservée aux programmes détaillés du CP-CE1, que « dès le cours préparatoire, une première sensibilisation à une langue vivante est conduite à l'oral », et qu' « au cours élémentaire première année, l'enseignement d'une langue associe l'oral et l'écrit en privilégiant la compréhension et l'expression orale ».

Dans ces conditions, il lui demande une nouvelle fois de lui faire connaître quelles mesures il compte adopter afin de remédier à l'inégalité territoriale qui semble s'installer dans l'apprentissage des langues étrangères à l'école primaire. Il lui demande également plus généralement, quelles actions le Gouvernement compte mettre réellement en œuvre afin de remplir l'objectif fixé avec le Conseil de l'Europe, à savoir que chaque bachelier soit capable de parler et de comprendre au moins deux langues vivantes.



Réponse du Secrétariat d'État chargé de la jeunesse et de la vie associative

publiée dans le JO Sénat du 21/12/2011 - page 10089

M. Jean-Marc Todeschini. Monsieur le président, madame la secrétaire d'État, mes chers collègues, en avril dernier, déjà, j'avais interpellé M. le ministre de l'éducation nationale au sujet du manque de moyens accordés à la mise en œuvre de l'apprentissage des langues au sein de l'école primaire, moyens qui restent largement insuffisants ou répartis de manière inégale sur le territoire.

Je lui avais alors présenté le cas de l'école primaire Jean-Jacques Rousseau de Talange, exemple typique de la politique menée actuellement. En effet, à partir du cours élémentaire première année, les élèves de cette école, à l'exception de ceux d'une classe de cours moyen première année, qui peuvent bénéficier d'un enseignement de l'allemand, sont dans l'obligation de suivre un cours d'italien, dont l'enseignant est fourni et payé par le consulat d'Italie. Dans un récent courrier, M. l'inspecteur d'académie de Moselle ne dit pas autre chose et confesse même qu'« une parfaite adéquation entre les besoins et l'offre s'avère extrêmement délicate, compte tenu des contraintes techniques et financières auxquelles cette gestion est soumise ».

M. le ministre de l'éducation nationale m'avait à l'époque objecté, pour justifier l'enseignement exclusif de l'italien, que cela correspondait à une forte demande des parents, tout en précisant qu'il se tenait prêt à répondre immédiatement à leur attente si jamais « les enfants et leurs parents souhaitent que l'apprentissage de l'anglais se développe à l'avenir sur ce territoire ».

Depuis la rentrée 2011, force est de constater que les promesses d'avril n'ont pas été tenues en septembre. En effet, comme les années précédentes, les élèves de cours préparatoire des deux écoles primaires de la ville de Talange ne bénéficient toujours pas d'une initiation en langue vivante. En outre, seul l'italien est encore une fois proposé aux élèves de CE1, toujours avec un enseignant fourni et payé par le consulat d'Italie.

Ce statu quo est d'autant plus anormal que, selon un sondage réalisé par la commune de Talange, les parents inscrivant leurs enfants en cours préparatoire à l'école Jean-Jacques Rousseau pour la rentrée 2011 se sont massivement prononcés en faveur de la mise en place d'une initiation à l'anglais dès la classe de CP. Dans son courrier, M. l'inspecteur d'académie feint de ne pas avoir eu connaissance de cette demande afin de mieux repousser la nécessaire évolution vers l'anglais à la rentrée 2012.

Ces manœuvres sont dérisoires et peinent à dissimuler la triste réalité, à savoir l'absence de volontarisme en matière de politique éducative, tout particulièrement pour ce qui est de l'enseignement des langues vivantes étrangères.

Dois-je rappeler à M. le ministre de l'éducation nationale que l'initiation aux langues vivantes étrangères dès l'école primaire constitue pourtant l'un des objectifs principaux de l'enseignement ? Dans le fascicule officiel Mon enfant à l'école CP-CM2, l'un des guides pratiques des parents pour l'année 2011-2012, on insiste d'ailleurs sur l'importance d'une initiation aux langues vivantes dès l'école primaire en précisant clairement, à la page 32, dans le cadre de la section réservée aux programmes détaillés du CP-CE1 : « Dès le cours préparatoire, une première sensibilisation à une langue vivante est conduite à l'oral. Au CE1, l'enseignement d'une langue associe l'oral et l'écrit en privilégiant la compréhension et l'expression orale. »

Dans ces conditions, madame la secrétaire d'État, je demande une nouvelle fois au Gouvernement de m'indiquer quelles mesures il compte adopter afin de remédier à l'inégalité territoriale qui semble s'installer dans l'apprentissage des langues étrangères à l'école primaire. Je souhaite également savoir quelles actions il entend mettre réellement en œuvre pour remplir l'objectif suivant, fixé par le Conseil de l'Europe : chaque bachelier doit être capable de parler et de comprendre au moins deux langues vivantes.

M. le président. La parole est à Mme la secrétaire d'État.

Mme Jeannette Bougrab, secrétaire d'État auprès du ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et de la vie associative, chargée de la jeunesse et de la vie associative. Monsieur le sénateur, je vous prie de bien vouloir excuser l'absence de Luc Chatel, que vous interrogez sur l'apprentissage des langues vivantes à l'école primaire, plus précisément sur la situation de l'école Jean-Jacques Rousseau de Talange.

Aujourd'hui, la maîtrise des langues étrangères, notamment de l'anglais, est une nécessité pour les élèves.

C'est pourquoi, comme vous l'avez rappelé, nous avons fixé, en liaison avec le Conseil de l'Europe, un objectif précis : faire en sorte que chaque bachelier soit capable de parler et de comprendre au moins deux langues vivantes.

C'est aussi la raison pour laquelle le ministère de l'éducation nationale a voulu mettre l'accent sur la pratique de l'oral tout au long de la scolarité.

Ainsi, l'enseignement d'une langue est obligatoire dès le CE1, et l'initiation possible au cours préparatoire.

Dans le droit fil de la réforme du lycée, une épreuve orale au baccalauréat en langue vivante 1 a été introduite sous la forme d'un contrôle continu, à parité de coefficient avec l'épreuve écrite, qui demeure une épreuve terminale ponctuelle.

De plus, Luc Chatel a annoncé son ambition de généraliser progressivement l'apprentissage des langues étrangères à partir de trois ans.

Toujours dans la perspective d'un apprentissage moderne, efficace et qui permette une réelle égalité des chances, le ministre a demandé au CNED, le Centre national d'enseignement à distance, de concevoir un service d'apprentissage de l'anglais pour l'ensemble des publics et des niveaux.

Par ailleurs, un comité stratégique des langues, qui réunit des universitaires, des enseignants de terrain et des experts issus d'horizons divers, a été lancé en avril dernier et remettra prochainement au ministre de l'éducation nationale un rapport d'étape.

En ce qui concerne l'école Jean-Jacques Rousseau de Talange, ce sont des raisons historiques qui ont amené l'académie à proposer l'apprentissage de l'allemand et de l'italien.

Alors que le cadre national prévoit l'apprentissage obligatoire d'une langue dès le CE1, les élèves de Talange ont ce petit privilège par rapport aux autres de pouvoir être initiés à une langue vivante dès le cours préparatoire. (M. Jean-Marc Todeschini s'étonne.)

Monsieur le sénateur, puisque vous avez évoqué une requête des parents en faveur d'une initiation à l'anglais, je tiens à vous rassurer : il a été demandé à l'inspecteur de circonscription, en liaison avec la directrice de l'école, de porter cette question à l'ordre du jour du prochain conseil d'école, afin d'envisager une évolution progressive vers l'anglais dès la rentrée 2012.

M. le président. La parole est à M. Jean-Marc Todeschini.

M. Jean-Marc Todeschini. Madame la secrétaire d'État, je vous remercie d'être venue porter la réponse de M. Chatel, mais, après vous avoir écoutée, je crois rêver !

Voilà quelque temps, M. le ministre de l'éducation nationale avait, de façon assez irrespectueuse d'ailleurs, comparé à Babar un candidat à l'élection présidentielle. Aujourd'hui, à la suite de la réponse que vous m'avez lue, il me fait lui-même penser à Pinocchio !

Je vous le dis franchement, sa réponse se veut rassurante, détaillée, mais elle n'est qu'une succession de vœux pieux. La France souhaite développer l'apprentissage des langues, prétend-il ? Aucun effort n'est fait sur le terrain ! Dans ma commune, toutes les écoles sont soumises aux mêmes restrictions, et c'est à un État étranger qu'il revient de financer l'enseignement d'une langue étrangère aux enfants de la République française : trouvez-vous cela normal ?

En outre, 5 700 suppressions de poste viennent d'être annoncées pour la rentrée 2012. Une fois de plus, l'académie de Nancy-Metz va en payer, avec celle de Lille, le plus lourd tribut.

La manière dont est organisé l'apprentissage des langues sur la commune de Talange n'est qu'un exemple parmi d'autres des conséquences dramatiques qu'entraîne la politique de démantèlement de l'éducation nationale menée par le Gouvernement. De nombreuses classes vont fermer à la rentrée prochaine. Lorsque vous me parlez des moyens, je le répète, je crois rêver, d'autant que M. le ministre m'a fait la même réponse au mois d'avril dernier.

À force d'utiliser les enseignants comme variable d'ajustement dans le cadre du budget général et des plans successifs de réduction des finances publiques, je crains qu'un jour nos enfants ne soient amenés à devoir choisir entre l'enseignement des mathématiques et celui du français !

Madame la secrétaire d'État, il est vraiment temps de mettre un terme au démantèlement de l'école de notre République et de redonner à l'enseignement son rôle d'acteur majeur pour construire l'avenir de nos enfants.

M. le président. La parole est à Mme la secrétaire d'État.

Mme Jeannette Bougrab, secrétaire d'État. Monsieur le sénateur, l'Italie est l'un de nos partenaires privilégiés à l'échelon européen. Ce fut l'un des États pionniers du projet européen, de la construction européenne, l'un des premiers signataires du traité de Paris instituant la CECA et du traité de Rome instituant la Communauté économique européenne.

En quoi la présence d'enseignants mis à disposition par le consulat d'Italie serait-il un appauvrissement ? Je ne peux pas vous laisser dire cela !

M. le président. La parole est à M. Jean-Marc Todeschini.

M. Jean-Marc Todeschini. Madame la secrétaire d'État, ne jouez pas à ce jeu avec moi ! Mon père était italien, il est mort italien voilà deux ans, et je suis fier du nom que je porte. Le vrai enjeu, c'est tout simplement l'avenir de nos enfants, à l'heure où le Gouvernement ne veut plus mettre de moyens suffisants dans l'école de la République, cette école qui m'a permis d'être ce que je suis aujourd'hui.