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Enseignement de l'histoire-géographie en première et terminale scientifiques

13 ème législature

Question orale sans débat n° 1541S de M. René Teulade (Corrèze - SOC)

publiée dans le JO Sénat du 22/12/2011 - page 3247

M. René Teulade attire l'attention de M. le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et de la vie associative sur la situation très dégradée de l'enseignement de l'histoire-géographie en première et terminale scientifiques.

La réforme du lycée annoncée par le Gouvernement en 2009 prévoit, pour les classes de première scientifique, d'alourdir l'enseignement de l'histoire-géographie (4 heures par semaine). Ainsi, le programme concentre en une année l'ensemble des connaissances auparavant dispensées sur deux ans (première et terminale). De manière corrélée, l'histoire-géographie, en tant qu'enseignement obligatoire, disparaît en terminale scientifique. Les élèves souhaitant approfondir leurs connaissances dans cette discipline peuvent néanmoins prendre l'histoire-géographie en option, à raison de deux heures par semaine.

Pour autant, cette réforme suscite de vives interrogations et inquiétudes. D'une part, il semblerait qu'un nombre important de lycées n'offre pas l'option d'histoire-géographie en terminale scientifique, contrepartie pourtant indispensable à la disparition de la matière en tant qu'enseignement obligatoire.

D'autre part, l'étendue du programme d'histoire-géographie en première scientifique, qui va de l'âge industriel à la seconde guerre mondiale, représente une charge trop importante pour les étudiants, qui risquent de délaisser la matière ou de ne pas acquérir les connaissances fondamentales, et pour les professeurs qui sont obligés de mettre de côté des pans entiers et cruciaux de notre histoire contemporaine.

A l'heure où notre monde connaît de profondes mutations, l'histoire et la géographie sont autant de repères qui permettent d'éveiller l'esprit critique et d'avoir une meilleure compréhension du présent et d'autrui.

Il souhaiterait donc savoir si le Gouvernement entend revenir sur sa réforme et réadapter l'enseignement de l'histoire-géographie en première et terminale scientifiques.



Réponse du Secrétariat d'État chargé de la jeunesse et de la vie associative

publiée dans le JO Sénat du 22/02/2012 - page 1387

M. René Teulade. Madame la présidente, madame la secrétaire d'État, mes chers collègues, il est banal de dire que la crise économique et sociale que nous traversons actuellement de même que les révolutions dans les pays arabes et l'affirmation des puissances émergentes sur la scène internationale mettent en exergue les mutations profondes que connaît notre monde. Or l'enseignement de l'histoire et de la géographie est un vecteur essentiel pour appréhender et saisir ces changements.

Annoncée en 2009 par le Gouvernement, la réforme du lycée sera pleinement effective à la rentrée prochaine. Elle prévoit cependant, dès cette année scolaire, d'alourdir dans les classes de première scientifique l'enseignement de l'histoire-géographie, qui occupe désormais quatre heures par semaine. Le nouveau programme ainsi élaboré concentre en une seule année l'ensemble des connaissances auparavant dispensées en deux ans, lors des classes de première et de terminale.

De manière corrélée, l'histoire-géographie, en tant qu'enseignement obligatoire, disparaîtra en septembre prochain du programme de la classe de terminale scientifique. Les élèves souhaitant approfondir leurs connaissances dans cette discipline pourront néanmoins choisir cette matière en option, à raison de deux heures par semaine.

Pour autant, cette réforme, fortement critiquée dès l'origine, suscite de vives interrogations et inquiétudes.

Premièrement, l'étendue du programme d'histoire-géographie en classe de première scientifique, qui court de l'âge industriel à la Seconde Guerre mondiale, en passant notamment par l'étude des totalitarismes, représente, aux dires des professeurs et des élèves, une charge de travail beaucoup trop importante pour des lycéens qui doivent d'ores et déjà se concentrer sur un programme considérable en mathématiques, en physique, en chimie et en biologie. Ces jeunes risquent de délaisser la matière ou de ne pas acquérir les connaissances fondamentales, tandis que les professeurs pourraient être obligés de mettre de côté des pans entiers et cruciaux de notre histoire contemporaine.

Deuxièmement, qu'advient-il de l'option d'histoire-géographie en classe de terminale scientifique, contrepartie pourtant indispensable à la disparition de la matière en tant qu'enseignement obligatoire ? À l'heure où l'éducation est « saignée » - permettez-moi ce mot, qui traduit bien la situation - et le nombre de professeurs réduit à la suite de la mise en œuvre de la révision générale des politiques publiques, la RGPP, tous les lycées offriront-ils réellement cette option ? Je crains que cette éventualité ne soit qu'une illusion...

Au moment où le repli sur soi menace, l'histoire et la géographie sont autant de repères qui permettent d'éveiller l'esprit critique et de mieux comprendre le présent et autrui. Dans cet hémicycle, sensible peut-être plus que d'autres à l'histoire et à la mémoire, permettez-moi d'invoquer Martin Luther King, qui s'exclamait : « Ce n'est pas nous qui faisons l'histoire. C'est l'histoire qui nous fait. »

Il conviendrait par conséquent de réadapter l'enseignement de l'histoire-géographie dans les classes de première et de terminale scientifiques, et de rééquilibrer la charge de travail pesant sur les étudiants et les professeurs, comme ceux-ci le souhaitent. Le Gouvernement entend-il suivre cette voie ?

Mme la présidente. La parole est à Mme la secrétaire d'État.

Mme Jeannette Bougrab, secrétaire d'État auprès du ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et de la vie associative, chargée de la jeunesse et de la vie associative. Monsieur le sénateur, je vous prie tout d'abord de bien vouloir excuser Luc Chatel, qui ne peut être présent aujourd'hui, et que vous avez interrogé sur l'enseignement de l'histoire-géographie dans la filière scientifique.

L'histoire comme la géographie ont toujours été au cœur du socle de culture partagée que la nation entend transmettre à ses enfants. À l'école, au collège, au lycée, chacun de nos enfants suit un enseignement d'histoire organisé selon une progression très claire.

À l'école, l'élève apprend les grands faits, les grandes dates, les grands hommes, qui jalonnent l'histoire de la nation.

Au collège, les périodes de l'histoire sont abordées successivement pour ancrer définitivement les repères fondamentaux. L'enseignement reste rigoureusement chronologique, centré sur la France et l'Europe, tout en s'ouvrant davantage sur l'histoire du monde.

Au lycée, enfin, l'enseignement de l'histoire prend appui sur les fondements solides acquis au cours de la scolarité obligatoire et s'ouvre à la réflexion en privilégiant une approche problématisée de questions ou de moments historiques avec des programmes qui répondent à cette ambition.

Par conséquent, je ne peux pas vous laisser dire que l'enseignement de l'histoire serait devenu anecdotique au seul motif qu'il est désormais optionnel pour une seule année d'une seule série de notre lycée : la terminale S. Au contraire, cet enseignement a été valorisé et renforcé. En effet, comme vous l'avez vous-même rappelé, l'horaire de la discipline a été largement accru en première S, puisqu'il a été porté de deux heures et demie à quatre heures par semaine. De plus, l'option de deux heures proposée en terminale S permettra aux élèves qui la choisiront de faire plus d'histoire que précédemment.

Par ailleurs, le but premier de la réforme des lycées est de rééquilibrer les séries en incitant les élèves qui se destinent à des études de sciences humaines à choisir les filières L et ES plutôt que la filière S. D'ailleurs, cet effort a déjà porté ses fruits, puisque les premières littéraires ont vu leurs effectifs s'accroître de 6 % à la rentrée de 2011.

Je vous rappelle également que tous les lycéens des séries générales passent l'épreuve anticipée de français à la fin de la première, sans que personne songe à objecter que l'apprentissage de notre langue occupe une place anecdotique dans la scolarité de nos enfants. De même, dans la filière STI, l'histoire et la géographie font l'objet d'une épreuve orale anticipée en première depuis la création de la série, sans que cela soulève d'opposition.

Monsieur le sénateur, aujourd'hui comme hier, l'histoire fait partie du socle commun de culture partagée que la nation s'engage à transmettre à ses enfants tout au long de leur scolarité.

Mme la présidente. La parole est à M. René Teulade.

M. René Teulade. Madame la secrétaire d'État, je ferai part des remarques générales que vous venez de formuler aux professeurs qui viennent nous consulter.

Ayant participé, comme beaucoup d'autres, à la construction des emplois du temps dans nos établissements publics, je sais que lorsqu'un enseignement est facultatif les élèves ne sont pas si nombreux à le choisir. Ce sera d'autant plus vrai pour l'enseignement de l'histoire dans une série où les matières scientifiques - mathématiques, biologie, physique - accaparent l'emploi du temps !