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Réforme des délais de paiement dans l'industrie du jouet

13e législature

Question écrite n° 21297 de M. Philippe Esnol (Yvelines - RDSE)

publiée dans le JO Sénat du 08/12/2011 - page 3114

M. Philippe Esnol attire l'attention de M. le secrétaire d'État chargé du commerce, de l'artisanat, des petites et moyennes entreprises, du tourisme, des services, des professions libérales et de la consommation sur les conséquences néfastes pour les professionnels de l'industrie des jeux et du jouet de l'arrivée à échéance le 1er janvier 2012 de la période transitoire dans l'application de la réduction des délais de paiement interentreprises, issue de la loi n° 2008-776 du 4 août 2008 de modernisation de l'économie (LME).

En effet, en application du décret n° 2009-372 du 2 avril 2009 portant dérogation aux dispositions relatives aux délais de paiement dans le secteur du jouet, cette profession disposait d'une mise en œuvre progressive des délais de paiement, dont la norme de droit commun prévue par la LME portait la durée à 60 jours nets ou 45 jours fin de mois.
L'abandon de ce dispositif transitoire et le passage au dispositif de droit commun suscitent les plus vives inquiétudes de la part des professionnels des jeux et du jouet.
Les raisons en sont profondes. Ainsi, ce secteur connaît une profonde saisonnalité, avec deux périodes d'activité, l'une faible de janvier à septembre et l'autre intense d'octobre à décembre. Une règle aussi linéaire que celle prévue par le droit commun n'est donc à l'évidence pas adaptée à ce secteur d'activité, qui aurait alors à en souffrir d'importantes conséquences, notamment la réduction de la gamme des produits proposés à la vente, ou la substitution du crédit bancaire au crédit fournisseur.

Il lui demande donc s'il est prêt à écouter les professionnels du secteur des jeux et du jouet et à revenir, comme le bon sens le recommande, sur l'application effective de la nouvelle réglementation sur les délais de paiement pour ce qui les concerne.
Il propose au Gouvernement de prendre conscience de ce problème et de conserver le dispositif dérogatoire actuel pour le pérenniser, et ainsi répondre aux enjeux spécifiques d'un secteur aujourd'hui inquiet pour son avenir.



Réponse du Secrétariat d'État chargé du commerce, de l'artisanat, des petites et moyennes entreprises, du tourisme, des services, des professions libérales et de la consommation

publiée dans le JO Sénat du 17/05/2012 - page 1233

L'article 21 de la loi de modernisation de l'économie (LME) du 4 août 2008 a eu pour effet de réduire les délais de paiement entre les entreprises. Certains produits ou services étaient déjà soumis à des délais réglementés. La LME a plafonné les délais conventionnels de droit commun à 60 jours à compter de la date de facture, ou à 45 jours fin de mois. La réduction des délais de paiement est une préoccupation majeure du Gouvernement, partagée par l'Union européenne. En effet, ainsi que le relève la récente directive n° 2011/7/UE du 16 février 2011, les retards de paiement « ont des effets négatifs sur les liquidités des entreprises et compliquent leur gestion financière. Ils sont également préjudiciables à leur compétitivité et à leur rentabilité dès lors que le créancier doit obtenir des financements externes en raison de ces retards de paiement. Le risque lié à ces effets négatifs augmente fortement en période de ralentissement économique, lorsque l'accès au financement est plus difficile ». Le commissaire en charge a appelé les États membres à transposer cette directive dans les meilleurs délais. Afin de tenir compte de spécificités sectorielles, l'article 21 III de la LME avait toutefois donné la possibilité aux organisations interprofessionnelles de conclure des accords, homologués par décret pris après avis de l'Autorité de la concurrence, permettant de déroger temporairement aux dispositions légales en la matière. Cette possibilité de dérogation, octroyant aux secteurs concernés une période de transition, visait à leur permettre d'adapter leur modèle économique afin de respecter, à terme, les délais de paiement du droit commun. Les organisations interprofessionnelles du secteur du jouet ont négocié un tel accord dérogatoire, homologué par le décret n° 2009-491 en date du 29 avril 2009, qui a étendu le bénéfice de l'accord à tous les opérateurs dont l'activité relevait d'une organisation signataire. L'avis n° 09-A-03 du Conseil de la concurrence notait alors que « le déséquilibre de l'activité au cours de l'année est patent », compte tenu de l'importance de la période de Noël pour le chiffre d'affaires du secteur. Toutefois, le Gouvernement est conscient des difficultés qui peuvent demeurer du fait de la forte saisonnalité de l'activité. Dès lors, le Gouvernement a veillé à la mise en place de mesures d'accompagnement financier par Oséo, que les entreprises concernées peuvent désormais solliciter. Cette mesure fait suite aux préconisations formulées par l'Observatoire des délais de paiement dans son rapport pour l'année 2010. Surtout, la loi de simplification du droit et d'allègement des démarches administrative prévoit désormais que les secteurs exposés à une saisonnalité particulièrement marquée ont la possibilité de conclure de nouveaux accords dérogatoires, dès lors qu'ils bénéficiaient déjà d'un tel accord et sous réserve que le délai dérogatoire soit inférieur à celui qui prévalait pour 2011. Les professionnels du secteur du jouet peuvent conclure un tel accord avant le 1er octobre 2012.