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Application de la législation sur les « devis modèle » relatifs aux obsèques

14e législature

Question orale n° 0290S de M. Jean-Pierre Sueur (Loiret - SOC)

publiée dans le JO Sénat du 27/12/2012 - page 3024

M. Jean-Pierre Sueur appelle l'attention de M. le ministre de l'intérieur sur le respect de la réglementation relative aux « devis-modèles » relatifs aux obsèques. L'article L. 2223-21-1 du code général des collectivités territoriales fait obligation aux entreprises de pompes funèbres de déposer en mairie un devis-type présentant les tarifs qu'elles proposent pour l'ensemble des prestations définies par l'arrêté du 23 août 2010. Cette disposition assure une transparence des prix et protège les familles qui peuvent ainsi facilement comparer les tarifs de chaque opérateur funéraire pour des prestations définies. Or cette obligation légale est insuffisamment respectée, nombre d'entreprises s'abstenant de déposer en mairie le devis-type qu'elles ont l'obligation de déposer. Il lui demande, en conséquence, de lui faire connaître les mesures concrètes qu'il compte prendre dans des délais rapprochés afin que l'article L. 2223-21-1 du code général des collectivités locales soit effectivement et strictement appliqué sur l'ensemble du territoire.



Réponse du Ministère de l'intérieur

publiée dans le JO Sénat du 06/02/2013 - page 804

M. Jean-Pierre Sueur. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, la vie, vous le savez, est pleine d'imprévus... (Sourires.) Il y a plus de vingt ans, ayant eu l'honneur d'être nommé secrétaire d'État aux collectivités locales dans un ministère que, cher Manuel Valls, vous connaissez bien, j'ai trouvé sur mon bureau un dossier auquel je ne m'attendais pas : la réforme du monopole des pompes funèbres.

Comme l'avait très bien montré un rapport de trois inspections générales, il existait dans ce domaine un système tout à fait fallacieux, conjuguant un pseudo-monopole biaisé avec une concurrence faussée. Nous nous sommes donc mis au travail, avec le soutien de Pierre Bérégovoy tout particulièrement. Finalement, le Parlement a adopté la loi du 8 janvier 1993 modifiant le titre VI du livre III du code des communes et relative à la législation dans le domaine funéraire. Cette loi a instauré la concurrence entre les différents opérateurs agréés et redéfini le service public dans ce domaine extrêmement sensible.

Au cours de la dernière lecture de ce texte, j'ai acquis la conviction que certaines dispositions auxquelles je tenais beaucoup, relatives aux prix et, notamment, aux devis types, relevaient du domaine réglementaire. Autrement dit, un règlement national ou municipal pourrait prévoir l'établissement de devis modèles.

Pourquoi ces devis types sont-ils indispensables ? Malheureusement, chaque famille française peut être frappée par un deuil. Or, en pareille occasion, il faut prendre beaucoup de décisions en moins de vingt-quatre heures. Bien entendu, toutes les entreprises du secteur doivent fournir des devis - la loi le prévoit. Mais qui, touché par le décès d'un être cher, va se plonger dans la lecture de devis longs de quarante pages, écrits en petits caractères et largement incompréhensibles, en tout cas difficilement comparables ?

J'ai toujours représenté aux professionnels du domaine funéraire, que je connais bien, que la transparence était dans l'intérêt de tous. Or pour que celle-ci soit assurée, il faut que l'on puisse très simplement connaître les prix proposés par les divers opérateurs agréés pour des prestations clairement définies.

N'étant pas parvenu à mes fins il y a quelque temps, je suis revenu à la charge au Sénat - vous me connaissez, monsieur le ministre... Avec le concours de nombreux parlementaires, en particulier de M. Lecerf et, à l'Assemblée nationale, de M. Gosselin, nous avons réussi à faire voter à l'unanimité par le Sénat et par l'Assemblée nationale la loi du 19 décembre 2008 relative à la législation funéraire.

Entre autres mesures très importantes, touchant notamment à la crémation, cette loi fait obligation à tous les opérateurs funéraires agréés de déposer chaque année dans les mairies des devis modèles par lesquels ils s'engagent à fournir, à un prix fixé pour l'année, des prestations de référence. Du temps de vos prédécesseurs, monsieur le ministre, nous sommes parvenus, après un long dialogue, en particulier avec les services de la direction générale des collectivités locales, à la parution de l'arrêté du 23 août 2010, qui définit ces prestations de manière extrêmement claire.

La loi ayant été votée et l'arrêté ayant été publié, toutes les entreprises agréées ont aujourd'hui l'obligation d'indiquer dans les mairies, dans l'ordre prévu par l'arrêté, les prix qu'elles pratiquent pour chacune des prestations. Quant aux mairies, en vertu de la loi, elles sont tenues de mettre ces devis modèles à la disposition des citoyens, soit à la mairie, soit, plus simplement, sur leur site Internet.

Or j'ai malheureusement constaté que ces dispositions étaient assez peu appliquées. L'agrément des entreprises qui ne respectent pas la loi ne leur est pas retiré, et un certain nombre de communes omettent, peut-être par méconnaissance des dispositions de la loi, de mettre les devis modèles à la disposition de leurs habitants.

Si je vous interpelle sur ce sujet, monsieur le ministre, c'est parce que je suis convaincu que la transparence des prix est nécessaire. Les prix de certaines cérémonies d'obsèques, qu'il s'agisse d'inhumation ou de crémation, peuvent être très élevés. Il existe aujourd'hui une tendance au low cost, mais ces prix très bas correspondent à des prestations qui ne respectent pas toujours - je pèse mes mots - la dignité qui s'impose lors de ces cérémonies. Il faut de la clarté et de la rigueur, afin de garantir le respect du service public et des familles ; cela passe par les mesures de transparence que j'ai évoquées.

Monsieur le ministre, je pense que vous avez beaucoup réfléchi à ces questions, et je vous remercie par avance de la réponse que vous pourrez m'apporter.

M. le président. La parole est à M. le ministre.

M. Manuel Valls, ministre de l'intérieur. Monsieur le sénateur, vous évoquez un sujet grave. Nous savons tous que les familles qui viennent de perdre un être cher sont confrontées aux problèmes concrets que vous avez mentionnés. Ces problèmes ajoutent de la complication à leur douleur.

Le Gouvernement est évidemment attentif au strict respect des dispositions qui encadrent la liberté des prix. Votre proposition de loi, devenue la loi du 19 décembre 2008 relative à la législation funéraire - j'avais suivi comme député les débats qui ont précédé son adoption -, a incontestablement constitué une avancée très importante, qui reflète votre sensibilité à ces questions. Cette loi a instauré un modèle de devis pour les prestations funéraires, dans un souci de transparence.

L'arrêté du 23 août 2010 définit une terminologie commune afin de faciliter la comparaison des tarifs pratiqués par les différentes entreprises de pompes funèbres. Ce modèle de devis est en vigueur depuis le 1er janvier 2011. Certains préfets ont déjà engagé des sanctions administratives à l'encontre d'entreprises n'ayant pas respecté ce modèle. Il faudra poursuivre dans cette voie si nous constatons que la législation n'est pas respectée.

Vous attirez plus particulièrement mon intention sur le second alinéa de l'article L. 2223-21-1 du code général des collectivités territoriales, qui prévoit que les devis « peuvent être consultés selon des modalités définies, dans chaque commune, par le maire ». Vous estimez que de nombreuses entreprises ne respectent pas cette obligation et que l'information n'est pas suffisamment relayée.

Dès le 20 décembre 2010, une circulaire rappelait l'existence de ces dispositions aux préfets et détaillait les modalités possibles de consultation des devis. Ceux-ci peuvent notamment être mis à disposition dans les locaux de la mairie ouverts au public, par exemple à l'accueil ou à l'état civil.

La circulaire rappelait également que les communes ne devaient pas fausser la concurrence entre les entreprises de pompes funèbres en ne sollicitant que les devis modèles des entreprises implantées sur leur territoire ou à proximité. En effet, l'habilitation préfectorale délivrée aux entreprises de pompes funèbres est valable sur l'ensemble de notre territoire.

Le Gouvernement est conscient des difficultés que vous avez soulignées, notamment s'agissant de la bonne application de l'article L. 2223-21-1 du code général des collectivités territoriales. Dans les mois qui viennent, je demanderai aux préfets, si nécessaire par voie de circulaire, d'être très attentifs à l'attitude des entreprises, mais aussi à celle des collectivités territoriales, qui ont différents moyens matériels et immatériels d'informer les habitants de la diversité des prix, afin de garantir la clarté et la transparence de l'information des familles. Les préfets veilleront au respect de l'ensemble des obligations prévues par les textes législatifs et réglementaires.

Monsieur le sénateur, je ne manquerai pas de vous informer du travail que nous poursuivrons dans ce domaine. Soyez assurés que les préfets seront extrêmement attentifs à la mise en œuvre de ce que le Parlement a voté et des obligations qui ont été définies par le ministère de l'intérieur.

M. le président. La parole est à M. Jean-Pierre Sueur.

M. Jean-Pierre Sueur. Monsieur le ministre, je vous remercie sincèrement de votre réponse. Vous avez raison de rappeler que le sujet est grave. En effet, il s'agit de difficultés qui touchent les familles à un moment où elles sont éprouvées. Chacun a pu faire l'expérience - c'est malheureux, mais c'est la réalité -, que, dans ces moments-là, il faut prendre très vite de nombreuses décisions. Il revient donc aux pouvoirs publics d'aider les familles éprouvées à faire leurs choix dans la plus grande transparence possible. En la matière, je défends la cause des familles depuis très longtemps.

Je pense qu'il est de l'intérêt des professionnels de mettre en œuvre une transparence totale ; je sais qu'ils n'y ont pas toujours été favorables. C'est pourquoi votre réponse est importante, monsieur le ministre.

J'appelle de mes vœux la circulaire que vous avez évoquée. Il ne serait pas inutile de rappeler aux préfets la nécessité de faire respecter la loi par tous. Que les entreprises agréées respectent la loi, c'est la moindre des choses ; c'est d'ailleurs l'une des conditions de leur agrément. Et que les mairies utilisent les moyens modernes dont elles disposent pour veiller, en toute neutralité - vous avez eu raison d'insister sur ce point -, à ce que l'information soit facilement accessible aux familles, c'est également une disposition prévue par loi ; il convient donc de la faire appliquer.

Je vous remercie de l'action de votre ministère et de votre implication personnelle sur ce dossier important pour toutes les familles de notre pays.