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Culture scientifique et technique

14e législature

Question d'actualité au gouvernement n° 0089G de Mme Marie-Christine Blandin (Nord - ECOLO)

publiée dans le JO Sénat du 25/01/2013 - page 485

Mme Marie-Christine Blandin. Ma question s'adresse à Mme la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Madame la ministre, une large concertation a eu lieu dans le cadre des assises que vous avez organisées, qui ont réuni enseignants et chercheurs. C'était nécessaire, mais pas suffisant, et le risque existe d'une focalisation sur la seule innovation technologique.

Le projet de loi que vous allez nous présenter pourra s'inscrire dans une réflexion plus globale sur les rapports entre science et société : en quoi la science participe-t-elle au développement de sociétés plus solidaires et plus responsables ? En quoi répond-elle aux incertitudes des citoyens ?

Il en va de la connaissance, et il en va aussi de l'emploi : en France, plus de 50 % des emplois émanent des secteurs non marchands et associatifs.

Ce qu'on appelait la « diffusion de la culture scientifique technique et industrielle » reposait, il y a trente ans, sur une véritable ambition, assortie de moyens. Puis le concept a été qualifié de « partage de la culture scientifique », s'éloignant de la caricature de quelques rares « sachants » devant un peuple inculte qu'il s'agirait de convaincre.

Ensuite, les budgets se sont étiolés. En 2010, une gouvernance aventureuse a démantelé l'action ministérielle en externalisant la gestion de tous les moyens concernés, partout en France, auprès d'un établissement parisien unique : Universcience. Imaginerait-on confier l'intégralité du budget des théâtres de France à l'Odéon, à charge pour lui de le répartir ?

Les associations licencient. La probable décentralisation des CCSTI, les centres de culture scientifique, technique et industrielle, auprès des régions ne répondra pas à l'ensemble de la question.

Pourtant, certaines initiatives remarquables nous donnent des horizons séduisants : des recherches participatives dont le programme est défini par une institution, comme le Muséum ; des sciences citoyennes, dont les programmes de recherche sont définis avec des associations ; des sciences coopératives, dont le programme est à la fois co-construit, co-défini et co-piloté, comme pour cette recherche sur les céréales panifiables en Île-de-France, qui réunit l'INRA, des associations, des boulangers, des paysans et des consommateurs.

Quelle part, madame la ministre, allez vous accorder dans votre projet de loi à ces pistes indispensables à une société de la connaissance, une société participative de l'intelligence collective qui soit résistante aux obscurantismes ? (Applaudissements sur les travées du groupe écologiste, du groupe socialiste et du groupe CRC, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)



Réponse du Ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche

publiée dans le JO Sénat du 25/01/2013 - page 486

Mme Geneviève Fioraso, ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche. Madame la sénatrice, la diffusion de la culture scientifique et technique est, vous l'avez dit, un enjeu essentiel de la politique que je souhaite mener, car elle est le fondement même d'une société démocratique et de la connaissance partagée.

La science appartient à tout le monde, et nous devons créer les conditions pour que toutes et tous puissent s'approprier les principes et les méthodes de la connaissance scientifique dans toutes ses acceptions, des sciences humaines et sociales jusqu'aux sciences dites exactes, et s'approprier également une culture d'innovation et de création qui soit caractérisée par l'audace et l'envie d'entreprendre.

Le renouveau du débat public entre science et société est une exigence politique qui doit faire l'objet d'un programme spécifique avec l'appui de recherches en sciences humaines et sociales. Cette démarche doit s'engager avec une définition claire - elle n'existe pas aujourd'hui - des enjeux et de la stratégie nationale de la recherche.

Cette stratégie, que nous sommes en train de finaliser de façon partenariale, sera basée sur des défis sociétaux lisibles pour tous et par tous. Elle renverra aux expériences et aux interrogations quotidiennes sur la santé, l'énergie, le changement climatique, l'innovation, le numérique, la sécurité alimentaire, parce que les scientifiques doivent se faire comprendre de l'ensemble de nos concitoyens.

Toutes ces dimensions de la démocratisation de la culture scientifique et technique feront partie intégrante de l'agenda national de la stratégie de la recherche que nous construisons au sein de mon ministère, agenda qui répondra à ces défis sociétaux, comme le fait d'ailleurs le programme européen de recherche Horizon 2020.

Le principe même de cet agenda et ses grandes orientations seront inscrits dans la loi, tout comme la mission de service public d'enseignement supérieur et de recherche en matière de culture scientifique et technique.

Mon ministère ainsi que celui de la culture et de la communication coordonneront, sous une forme en cours de définition, l'action gouvernementale avec l'appui d'autres ministères, en premier lieu, le ministère de l'éducation nationale, mais aussi le ministère de l'écologie et celui du redressement productif.

L'acte III de la décentralisation devrait attribuer aux conseils régionaux des compétences nouvelles en matière de diffusion de la culture scientifique et technique. Il devrait coordonner les réseaux territoriaux. Sous cette impulsion, de véritables projets territoriaux pourront se constituer et assurer la généralisation des nombreuses initiatives qui ont été prises, comme les opérations « les petits débrouillards » et « la main à la pâte », imaginées par les lauréats du prix Nobel Pierre-Gilles de Gennes et Georges Charpak.

Dans le programme des investissements d'avenir, près de 200 millions d'euros sont consacrés aux programmes de culture scientifique et technique destinés aux publics scolaires dès le plus jeune âge, avec une large diffusion, sur des sites web ou à la radio par exemple.

La formation des enseignants, dans les écoles supérieures du professorat et de l'éducation, prendra en compte ces enjeux en s'appuyant sur les ressources territoriales que j'ai évoquées. Nous en avons d'ailleurs discuté ce matin avec les présidents d'université et les recteurs qui vont accueillir ces écoles.

M. le président. Veuillez conclure, madame la ministre.

Mme Geneviève Fioraso, ministre. Enfin, les regroupements territoriaux et les communautés d'universités seront amenés à proposer systématiquement une stratégie de diffusion de la culture scientifique, qui sera évaluée et intégrée.

Je conclurai avec cette phrase de Marie Curie...

M. le président. Merci, madame la ministre...

M. Ladislas Poniatowski. Personne ne respecte son temps de parole !

Mme Geneviève Fioraso, ministre. ... que je souhaite partager avec vous : « Dans la vie, rien n'est à craindre, tout est à comprendre » ! (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et du groupe écologiste.)