Question de M. DELATTRE Francis (Val-d'Oise - UMP) publiée le 18/04/2014

Question posée en séance publique le 17/04/2014

Concerne le thème : L'accès au financement bancaire des petites, moyennes et très petites entreprises

M. Francis Delattre. Je suis heureux de poser cette question à un ministre volontariste !

Un très mauvais dispositif a été créé par la loi de finances pour 2013 et malheureusement reconduit par la loi de finances pour 2014, à savoir la non-déductibilité fiscale partielle des intérêts des prêts que les entreprises souscrivent au titre de leurs investissements.

Sur le moment, cette mesure est passée relativement inaperçue ; les entreprises la découvrent actuellement, par le biais de leurs comptables. Il s'agit néanmoins d'un prélèvement supplémentaire de 4 milliards d'euros, à l'heure où, nous le savons, les marges sont réduites et le problème des investissements particulièrement cruel !

Vous l'avez très bien dit, l'accès au financement devrait être normal dans notre pays. Las, la bourse de Paris est quasi immobile, et l'épargne française reste plutôt rentière. Il existe donc un véritable problème. Les banques n'ont pas d'autre solution que de recourir aux prêts bancaires. Pour les PME et les PMI, la part des investissements financés par la voie de ces prêts atteint même 90 % ! Cette situation a naturellement des effets dévastateurs.

Face à ce constat, ma question est relativement simple. Compte tenu de la réactivité et de l'efficacité dont nous avons besoin, le dispositif en cause sera-t-il réellement revu, comme il le mérite, lors du prochain débat budgétaire ? En 2013, la déductibilité de ces charges financières était limitée à 85 % de l'assiette, contre 75 % en 2014. On ignore pour l'heure quel sera le niveau de ce taux en 2015.

Vous le savez, la non-visibilité fiscale et l'instabilité juridique entravent fortement la confiance. Cette réforme serait assez simple à mener. Elle n'implique pas d'usine à gaz, comme le CICE. Elle permettrait enfin, à mon sens, de rendre assez rapidement confiance aux investisseurs. (M. Alain Fouché applaudit.)

- page 3365


Réponse du Ministère de l'économie, du redressement productif et du numérique publiée le 18/04/2014

Réponse apportée en séance publique le 17/04/2014

M. Arnaud Montebourg, ministre. Monsieur le sénateur, les faits sont assez simples à comprendre : ce système de déductibilité permettait à des grands groupes de procéder, par la dette, à des achats d'entreprises. C'est ainsi la fiscalité qui, finalement, subventionnait de périlleuses entreprises de fusions-acquisitions ! Cette situation ne nous paraissait pas souhaitable.

C'est l'une des raisons pour lesquelles cette facilité de déductibilité des charges d'intérêts a été, non supprimée, mais limitée.

M. Francis Delattre. Certes !

M. Arnaud Montebourg, ministre. Ces intérêts étaient intégralement déductibles. Désormais, ils le restent en deçà d'un plafond, qui ne concerne ni les TPE ni les PME. En effet, le montant des charges financières au-delà duquel la déductibilité ne s'applique pas est fixé à 3 millions d'euros.

M. Francis Delattre. Effectivement !

M. Arnaud Montebourg, ministre. Ce dispositif permet aux entreprises de taille modeste de disposer des mêmes facilités qu'auparavant.

Ce seuil a été âprement discuté, lors des débats budgétaires, devant les deux assemblées du Parlement. Faut-il le modifier ? Je n'en suis pas certain. À mes yeux, le système antérieur était économiquement absurde. On ne peut pas subventionner à coups de déductions fiscales l'acquisition, par des grands groupes, d'entreprises au demeurant situées dans le monde entier, alors que ceux-ci accèdent facilement au crédit et peuvent financer eux-mêmes ces opérations. En revanche, pour les petites entreprises qui éprouvent des problèmes de trésorerie et d'endettement, cette disposition reste en vigueur.

Il s'agit donc là d'un équilibre, défini par le législateur, qui sera évalué au regard de l'expérience. Le Gouvernement est attentif à ces questions. Il me semble, en l'espèce, que cette mesure peut connaître une longue carrière !

M. le président. La parole est à M. Francis Delattre, pour la réplique.

M. Francis Delattre. Monsieur le ministre, vous le savez, il existe déjà des dispositifs anti-abus. De plus, la cible, qui est à la fois la vôtre et la nôtre, ce sont les PME et les PMI qui souhaitent accéder aux marchés internationaux !

Je sais très bien que le plafond est aujourd'hui fixé à 3 millions d'euros. À ce jour, la France compte à peine 1 000 entreprises qui exportent. L'Allemagne en dénombre 5 000. Les sociétés qu'il convient de privilégier, ce sont donc celles qui dépassent de peu cette limite de 3 millions d'euros, qui comptent entre 300 et 600 employés et qui veulent accéder à l'exportation. Las, ce sont précisément les entreprises les plus touchées par ce dispositif.

On déplore en permanence que des accords ne soient pas possibles entre la majorité et l'opposition. Voilà, à mon sens, une question sur laquelle un consensus peut être atteint ! Je le répète, des dispositifs anti-abus existent déjà, concernant les intérêts liés ou encore les cessions d'entreprises.

M. Arnaud Montebourg, ministre. Entendu !

- page 3366

Page mise à jour le