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Réforme de l'école

14e législature

Question d'actualité au gouvernement n° 0582G de Mme Catherine Troendlé (Haut-Rhin - Les Républicains)

publiée dans le JO Sénat du 02/10/2015 - page 9069

Mme Catherine Troendlé. Ma question s'adresse à Mme la ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Madame la ministre, la Cour des comptes a publié il y a deux jours un rapport dans lequel elle pointe le surcoût du lycée français. Nous dépensons 38 % que nos voisins de plus pour le lycée et, dans le même temps, nous dépensons 20 % de moins pour l'enseignement primaire. Nous concentrons nos moyens à un moment de la scolarité où l'échec scolaire est tellement enraciné qu'il n'est plus résorbable.

C'est à l'école maternelle et à l'école élémentaire que les élèves apprennent à lire, à écrire et à compter, non au lycée. C'est donc sur l'école primaire que nous devons concentrer nos moyens. L'enseignement primaire doit être la priorité dans le cadre de la refondation de l'école.

La vérité, c'est que les quelques postes que vous avez créés l'ont été plutôt dans le secondaire que dans le primaire. Vous n'atteindrez pas les objectifs de préscolarisation des enfants de moins de trois ans que vous avez fixés. Compte tenu de la diminution massive des dotations de l'État, les collectivités ne pourront pas investir pour accueillir ces enfants.

Vous avez réformé les programmes de la maternelle, mais votre administration ne s'est jamais demandé si les méthodes d'enseignement de la lecture mises à disposition des enseignants ne conduisaient pas à produire de l'illettrisme et de l'échec scolaire.

Enfin, madame la ministre, votre gouvernement a augmenté de 4 milliards d'euros le budget de l'éducation nationale, ce qui est autant en moins pour la défense et pour la protection sociale. (Exclamations sur les travées du groupe socialiste et républicain. – Mme la ministre manifeste son étonnement.) Vous avez préféré faire appel au portefeuille des Français, sans vous demander si les centaines d'options proposées au lycée ne pouvaient pas constituer une source importante d'économies.

Ma question est très simple : quel est l'objectif de la politique du Gouvernement en matière d'éducation ? En fait, quelle est sa cohérence, madame la ministre ? (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains. – MM. Jean-Claude Luche et Pierre Médevielle applaudissent également.)



Réponse du Ministère de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche

publiée dans le JO Sénat du 02/10/2015 - page 9069

Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche. Madame la sénatrice, j'ai fait un rêve ! (Exclamations amusées sur les travées du groupe Les Républicains.) Oui, vous voyant prendre la parole sur l'éducation, j'ai fait le rêve que, en ce début d'année scolaire, vous commenceriez peut-être par souligner le fait que la rentrée scolaire s'était fort bien passée partout sur le territoire, y compris dans votre département. (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et républicain.) Mais c'était sans doute trop vous demander !

Je déduis donc de votre question que, sur certaines travées du Sénat, on n'a pas encore pris de bonnes résolutions en ce début d'année scolaire. C'est dommage ! (Sourires sur les travées du groupe socialiste et républicain.)

Pour ma part, j'en ai pris, de bonnes résolutions, notamment celle de faire de la pédagogie. Je vais donc vous répondre en détail, madame la sénatrice, et peut-être cela vous aidera-t-il enfin à comprendre en quoi les réformes que nous conduisons depuis 2012 ont permis que la rentrée scolaire se passe bien. (Protestations sur les travées du groupe Les Républicains.)

Oui, recréer des postes dans l'éducation nationale - je précise que nous en avons recréé 35 200 - est utile pour avoir un enseignant dans chaque salle de classe, voire plus d'enseignants que de classes puisqu'il y a plus de maîtres que de classes à l'école primaire.

Oui, réinstaurer une formation initiale pour les enseignants, formation que vous aviez eu l'idée inepte de supprimer, permet d'avoir des enseignants mieux formés. (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et républicain ; - Mme Corinne Bouchoux applaudit également.)

Oui, la refondation de l'école que vous avez adoptée ici en 2013 a commencé, comme son nom l'indique, par les fondations, c'est-à-dire par l'école primaire, et même par l'école maternelle. À cet égard, les nouveaux programmes de l'école maternelle sont plébiscités par les enseignants eux-mêmes.

Oui, l'ensemble de la scolarité obligatoire des élèves est désormais revu : j'ai récemment présenté de nouveaux programmes et une réforme de l'évaluation ; un nouveau collège verra le jour à la rentrée prochaine.

Je pense qu'on ne peut vraiment pas reprocher au Gouvernement d'avoir maltraité l'éducation, bien au contraire.

Madame Troendlé, vous avez évoqué le lycée, mais je vous rappelle que c'est votre réforme qui est mise en cause par la Cour des comptes, la réforme de 2010, laquelle est en effet insatisfaisante. (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et républicain et du groupe écologiste.) Pour notre part, nous allons tirer le bilan de cette réforme et nous verrons alors comment prendre en compte les remarques de la Cour des comptes. (Bravo ! et applaudissements sur les mêmes travées.)

M. le président. La parole est à Mme Catherine Troendlé, pour la réplique.

Mme Catherine Troendlé. Madame la ministre, je ne suis pas une élève face à une prof ! (Bravo ! et applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)

S'agissant de la rentrée scolaire, vous êtes dans un déni total. Je vous invite à faire preuve de plus de lucidité et de pragmatisme ! (Mêmes mouvements sur les mêmes travées.)