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Vaccination de rappel contre la fièvre jaune pour la Guyane

14e législature

Question écrite n° 19493 de M. Antoine Karam (Guyane - Socialiste et républicain)

publiée dans le JO Sénat du 24/12/2015 - page 3520

M. Antoine Karam attire l'attention de Mme la ministre des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes sur la vaccination de rappel contre la fièvre jaune pour la Guyane.

Depuis 1967, la vaccination contre la fièvre jaune est obligatoire sauf contre-indication médicale, pour toutes les personnes âgées de plus d'un an et résidant en Guyane ou y séjournant. Jusqu'à présent, un rappel de cette vaccination est nécessaire tous les dix ans pour maintenir une protection efficace.

L'organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré en juillet 2013 « qu'une dose unique de vaccin amaril est suffisante pour conférer une immunité protectrice pour toute la vie ; l'administration d'une dose de rappel n'est pas nécessaire ».

Dans un premier avis du 24 janvier 2014, le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) a soutenu la vaccination de rappel contre la fièvre jaune en Guyane en indiquant que sa décision serait reconsidérée si le règlement sanitaire international était modifié.

Cette modification s'est produite en mai 2014 avec l'adoption d'un amendement par l'assemblée mondiale de la santé stipulant que la durée de protection conférée par les vaccins de la fièvre jaune agréés par l'OMS était étendue à la vie entière et que la durée de validité du certificat de vaccination international devait être prolongée en conséquence.

Aussi, dans son avis du 23 octobre 2015 tout récemment publié, le HCSP a révisé sa position de 2014. En effet, le conseil a pris acte de la décision de l'OMS et a indiqué que la prolongation à vie de la validité du certificat international de vaccination devait s'appliquer aux ressortissants français résidant ou désirant se rendre en Guyane.

L'administration d'une seconde dose de vaccin reste toutefois recommandée pour les enfants vaccinés avant l'âge de deux ans, les femmes primo-vaccinées en cours de grossesse, les personnes vivant avec le virus de l'immunodéficience humaine (VIH) et les personnes immunodéprimées.

L'obligation de vaccination contre la fièvre jaune en Guyane est souvent perçue par les professionnels et les organisations patronales comme un frein important au développement du tourisme, et plus largement de l'économie de la Guyane.

Compte tenu de ces nouveaux éléments et des enjeux qui y sont associés, il lui demande si la France envisage de modifier la réglementation actuelle et selon quel calendrier.

Transmise au Ministère des affaires sociales et de la santé



Réponse du Ministère des affaires sociales et de la santé

publiée dans le JO Sénat du 01/09/2016 - page 3678

Les questions liées à la vaccination contre la fièvre jaune pour les résidents ou les visiteurs de Guyane ont fait l'objet de certaines adaptations récentes notamment en raison d'une évolution du Règlement sanitaire international impulsée par l'Organisation mondiale de la santé et avalisée par les Etats Membres lors de l'Assemblée mondiale de la santé de 2014. Le fondement de toute démarche de prévention dans ce domaine doit se fonder sur les faits épidémiologiques : si la fièvre jaune n'a plus impliqué d'être humain en Guyane depuis 1999, cette maladie continue à circuler (épizootie) chez des primates de Guyane et même d'autres mammifères de forêt, par l'intermédiaire de moustiques spécifiques, et cette circulation virale est bien avérée. En ce sens, la Guyane demeure un territoire où il existe un risque réel de contracter la fièvre jaune, et si les cas humains ne sont plus observés, c'est vraisemblablement grâce à l'excellente couverture vaccinale de la population. La vaccination y est donc à la fois très pertinente tant sur un plan de protection individuelle et nécessaire que sur un plan de santé publique puisque c'est une maladie potentiellement épidémique. Si la population vivant ou séjournant en Guyane n'était plus vaccinée du tout, les conséquences pourraient en être terribles, et il faut rappeler qu'en ce moment même une épidémie de fièvre jaune urbaine frappe de grandes villes d'Afrique tropicale. Cette vaccination étant et demeurant nécessaire, le législateur l'a rendue obligatoire ; or vous savez qu'a été initiée une démarche de consultation approfondie, coordonnée par l'Agence Nationale de Santé Publique, sur les questions relatives à l'obligation vaccinale, consultation dont la ministre des affaires sociales et de la santé attend les recommandations avant de proposer éventuellement de nouvelles mesures dans ce domaine, in fine régies par la loi. Les conditions pratiques de cette vaccination, qu'elle soit obligatoire ou pas, viennent d'être modifiées cette année dans le calendrier vaccinal national. Suivant la recommandation du Haut conseil de santé publique et en accord avec l'avis des experts de l'OMS, il a été décidé qu'en règle générale, cette vaccination ne nécessitera plus de rappels décennaux, sauf certains cas particuliers liés à la situation des personnes au cours de leur première vaccinations (âge, grossesse, déficit immunitaire) ou situation d'épidémie. Enfin il faut rappeler l'évolution récente du Règlement sanitaire international (RSI) concernant l'entrée en Guyane pour laquelle une seule vaccination contre la fièvre jaune est désormais nécessaire sans qu'il soit besoin d'attester de revaccination tous les dix ans. Ce RSI n'est destiné qu'à éviter la propagation internationale des maladies transmissibles et ne présage aucunement des éventuelles recommandations de protection individuelle. La plupart des autres pays d'Amérique du Sud où la fièvre jaune est également présente n'ont pas jugé bon d'exiger cette vaccination à leurs frontières (aux termes du RSI) mais la recommandent pour certains territoires.