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Tarification des établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes

15e législature

Question orale n° 0022S de M. Alain Milon (Vaucluse - Les Républicains)

publiée dans le JO Sénat du 13/07/2017 - page 2194

M. Alain Milon attire l'attention de Mme la ministre des solidarités et de la santé sur les conséquences graves pour les établissements publics hébergeant des personnes âgées dépendantes de la réforme de la tarification en cours.
La situation des personnes âgées dépendantes est, dans notre pays, préoccupante. Treize ans après la création de la journée de solidarité, le service public destiné aux personnes âgées est en danger.
En effet, la réforme de la tarification des établissements d'hébergement de personnes âgées dépendantes (EHPAD), actuellement mise en œuvre, fragilise ce secteur et risque d'avoir un fort impact sur les personnes âgées les plus fragiles et les ménages les plus modestes.
Avec plus de 200 millions d'euros de retraits de financement, les établissements publics font face à une situation inextricable qui pourrait, à terme, se traduire par une augmentation du « reste à charge » des personnes non bénéficiaires de l'aide sociale, à travers une libéralisation des tarifs d'hébergement des établissements publics via des déshabilitations ou déconventionnements afin de leur permettre de trouver un équilibre financier.
Le contexte de crise a fragilisé les plus exposés, au premier rang desquels se trouvent les personnes âgées et les ménages aux revenus modestes. La réforme en cours vient directement impacter leur quotidien dans un moment de vulnérabilité aiguë.
Il lui demande que les modalités de calcul du point des groupes iso-ressources (GIR, niveau de dépendance) départemental soient réexaminées, et voudrait savoir quel modèle de financement pourrait être proposé, afin d'apporter une réponse globale à la hauteur des enjeux majeurs auxquels il faut faire face. Il la remercie de lui faire connaître les intentions précises du Gouvernement sur cette question particulièrement importante pour les personnes âgées accueillies en EHPAD public, pour leurs familles et pour les personnels de ces structures, et, plus largement, sur la prise en charge de la dépendance.



Réponse du Ministère des solidarités et de la santé

publiée dans le JO Sénat du 26/07/2017 - page 2975

M. Alain Milon. Je souhaite attirer l'attention de Mme la ministre sur les conséquences graves, pour les établissements publics hébergeant des personnes âgées dépendantes, de la réforme de la tarification en cours.

La situation des personnes âgées dépendantes est, dans notre pays, préoccupante. Treize ans après la création de la journée de solidarité, le service public destiné aux personnes âgées est en danger.

En effet, la réforme de la tarification des établissements d'hébergement de personnes âgées dépendantes, les EHPAD, actuellement mise en œuvre, fragilise ce secteur et risque d'avoir un fort impact sur les personnes âgées les plus fragiles et les ménages les plus modestes.

Avec plus de 200 millions d'euros de retraits de financement, les établissements publics font face à une situation inextricable qui pourrait, à terme, se traduire par une augmentation du reste à charge pour les personnes non bénéficiaires de l'aide sociale, au travers d'une libéralisation des tarifs d'hébergement des établissements publics via des déshabilitations ou déconventionnements visant à leur permettre de trouver un équilibre financier.

Le contexte de crise a fragilisé les plus exposés, au premier rang desquels se trouvent les personnes âgées et les ménages aux revenus modestes. La réforme en cours vient directement affecter leur quotidien dans un moment de vulnérabilité aiguë.

Je demande donc que les modalités de calcul du point des groupes iso-ressources soient réexaminées, et je voudrais savoir quel modèle de financement pourrait être proposé afin d'apporter une réponse globale qui soit à la hauteur des enjeux majeurs auxquels il faut faire face.

Madame la ministre, je vous remercie de nous faire connaître les intentions précises du Gouvernement sur cette question particulièrement importante pour les personnes âgées accueillies en EHPAD public, leurs familles et les personnels de ces structures, et, plus largement, sur celle de la prise en charge de la dépendance.

M. le président. La parole est à Mme la ministre des solidarités et de la santé.

Mme Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé. Monsieur le président de la commission des affaires sociales, je vous remercie de cette question, qui porte sur un sujet extrêmement important.

Nous avons beaucoup favorisé le maintien des personnes âgées à domicile. De ce fait, les personnes qui rejoignent aujourd'hui les EHPAD se trouvent dans un état de dépendance bien plus avancée qu'il y a quelques années. Cela alourdit la prise en charge et amène à s'interroger sur notre modèle de financement.

L'objectif de la réforme de la tarification des EHPAD est de rétablir de l'équité dans la répartition des financements au regard des seuls critères de l'état de dépendance et des soins à apporter aux résidants.

La réforme organise une convergence progressive des dotations versées par l'assurance maladie au titre des soins et par les conseils départementaux au titre de la dépendance.

Afin de ne pas alourdir la charge financière pour les conseils départementaux, la convergence des tarifs « dépendance » des EHPAD est organisée autour du tarif moyen départemental. Cette convergence, à la hausse comme à la baisse, est étalée sur sept ans. D'après mes informations, 70 % des EHPAD y gagneraient en termes de tarification, et 30 % y perdraient.

La mise en œuvre de la réforme de la tarification mobilise 100 millions d'euros de crédits d'assurance maladie supplémentaires pour cette seule année. Ces crédits doivent accompagner la médicalisation des EHPAD, mais également renforcer la qualité de la prise en charge.

Monsieur Milon, j'entends vos inquiétudes. J'ai demandé au directeur général de la cohésion sociale, M. Jean-Philippe Vinquant, de présider un comité de suivi de la réforme, qui associera l'Assemblée des départements de France, les administrations centrales concernées, les agences régionales de santé et les fédérations représentant les organismes gestionnaires d'EHPAD.

La mise en place de ce comité doit permettre d'apprécier qualitativement et quantitativement les impacts financiers et organisationnels de la mise en œuvre des évolutions réglementaires. Ce bilan permettra de faire émerger les difficultés et de proposer des solutions. Le premier comité doit se réunir en septembre prochain.

Enfin, la question du reste à charge pour les résidents des EHPAD, notamment du coût de l'hébergement, est également une préoccupation forte. Elle pose plus globalement la question de l'organisation entre soins à domicile et EHPAD. Faut-il d'autres types de structures ? C'est la question que je me pose. Sur ce point, les travaux engagés par le Haut Conseil de la famille, de l'enfance et de l'âge, qui doivent être finalisés très prochainement, serviront de base à ma réflexion, en vue de l'élaboration de propositions concrètes.

M. le président. La parole est à M. Alain Milon.

M. Alain Milon. Madame la ministre, nous avons tous conscience que la mise en application des arrêtés consécutifs à la loi de décembre 2016 met en danger le budget « dépendance » des EHPAD. Le budget « hébergement » relevant des départements, des personnes âgées et des familles, cela peut passer, à la rigueur. Quant au budget « soins », il ne pose pas de difficulté majeure. C'est vraiment le budget « dépendance » qui pose problème, avec cette tarification unique au niveau des départements qui met en difficulté plus de 30 % des EHPAD publics. La convergence public-privé entraîne, semble-t-il – il faudrait disposer d'études plus précises –, un déplacement de 200 millions d'euros du public vers le privé. C'est là un problème majeur pour l'avenir des EHPAD publics.

Mettre en place une commission de travail est une bonne idée. Il faudrait qu'elle commence ses travaux le plus rapidement possible, car les budgets « dépendance » de nombreux établissements publics risquent un déséquilibre.