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Maigreur des adolescents

15e législature

Question écrite n° 00268 de M. Jean-Noël Guérini (Bouches-du-Rhône - RDSE)

publiée dans le JO Sénat du 13/07/2017 - page 2264

M. Jean-Noël Guérini appelle l'attention de Mme la ministre des solidarités et de la santé sur la maigreur excessive de certains adolescents.
Dans son bulletin épidémiologique hebdomadaire du 13 juin 2017, l'agence sanitaire Santé publique France publie un article intitulé « Corpulence des enfants et des adultes en France métropolitaine en 2015 » dans lequel elle s'inquiète de l'augmentation conséquente du nombre de jeunes considérés comme maigres. En effet, si la prévalence du surpoids et de l'obésité, tout en demeurant importante, marque une stabilisation sur dix ans, celle de la maigreur s'accentue significativement, passant de 8 % à 13 % entre 2006 et 2015. Cette augmentation concerne particulièrement les filles de 11 à 14 ans (4,3 à 19,6 %). Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette tendance : la pauvreté, certains troubles psychologiques comme l'anorexie, les restrictions alimentaires mal régulées (véganisme, régimes sans gluten, sans lait, etc.).
En conséquence, il lui demande ce qui peut être entrepris pour mieux comprendre et enrayer ce phénomène inquiétant.



Réponse du Ministère des solidarités et de la santé

publiée dans le JO Sénat du 22/02/2018 - page 849

Aujourd'hui, la représentation sociale collective du corps en France érige la minceur, voire la maigreur en modèle de beauté. L'étude ESTEBAN (étude de santé sur l'environnement, la biosurveillance, l'activité physique et la nutrition) mise en œuvre par l'agence nationale de santé publique-santé publique France, indique que la prévalence de la maigreur est estimée à 13 % globalement et atteint 19 % chez les filles de 11-14 ans. Les pouvoirs publics ont mis en œuvre des stratégies s'appuyant sur le programme national nutrition santé (PNNS) depuis 2001 pour éviter le développement de pathologies liées à la nutrition et pour organiser la prise en charge des patients. C'est pour lutter contre les stéréotypes qu'une charte d'engagement collectif et volontaire sur l'image du corps, a été signée le 9 avril 2008 sous l'égide du ministère chargé de la santé, avec les professionnels de la mode, des medias et de la communication, afin de contribuer à faire évoluer les représentations et les comportements et notamment de mettre un frein à la quête de minceur, voire de maigreur qu'elle fait peser sur certains. Un projet expérimental sur l'image du corps développé par les instituts régionaux d'éducation et de promotion de la santé d'Aquitaine et de Pays de Loire, a été soutenu par le ministère des solidarités et de la santé et les agences régionales de santé concernées. LIKE YOU est un programme éducatif portant sur les questions liées au poids et à l'image corporelle pour des jeunes de 13 à 17 ans. De plus, l'institut régional d'éducation et de promotion de la santé du Languedoc-Roussillon a produit un outil labellisé programme national nutrition santé (PNNS), qui vise la sensibilisation des 12-25 ans à cette thématique. Conscient de l'enjeu que représentent en termes de santé publique les régimes amaigrissants, le ministère chargé de la santé a saisi l'agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail le 2 avril 2009, pour qu'elle réalise une évaluation des risques liés aux pratiques alimentaires d'amaigrissement. Son rapport a été publié en 2011 et largement médiatisé et diffusé. Il montre que les régimes amaigrissants présentent des risques pour la santé plus ou moins graves, cliniques, biologiques, comportementaux ou psychologiques. La recherche de perte de poids par des mesures alimentaires ne peut être justifiée que pour des raisons de santé et cette démarche doit faire l'objet d'une prise en charge par des spécialistes - médecins nutritionnistes, diététiciens-nutritionnistes, qui seront les plus à même de proposer le régime alimentaire correspondant le mieux aux caractéristiques de la personne. Ceci a été complété par des travaux de l'agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé publiés en juillet 2012 sur l'analyse des pratiques liées à l'utilisation de produits de santé à des fins d'amaigrissement. Ces expertises ont conduit à la diffusion d'informations et une sensibilisation des professionnels de santé sur les risques liés à l'usage de certains produits de santé, ainsi qu'à destination du grand public sur les dangers des produits proposés particulièrement sur internet. La loi n°  2016-41 du 26 janvier 2016 de modernisation de notre système de santé contient deux dispositions aux articles 19 et 20 ayant trait aux mannequins et à leur santé. Les textes d'application de ces deux mesures sont parus au Journal officiel du 5 mai 2017 : le décret n°  2017-738 du 4 mai 2017 introduit l'obligation d'apposer la mention « photographie retouchée » dès lors que la silhouette des mannequins a été affinée ou épaissie par un logiciel de traitement d'image dans les photographies à usage commercial qui en sont faites. Par ailleurs, l'arrêté du 4 mai 2017 relatif au certificat médical permettant l'exercice de l'activité de mannequin permet aux médecins, dans le cadre des services de santé au travail et donc de la prévention des risques professionnels, de vérifier, à travers la délivrance d'un certificat médical tous les deux ans, que l'état de santé des mannequins, notamment au regard de leur indice de masse corporelle, est compatible avec l'exercice de leur profession. Ces deux types de dispositions visent, à travers les mannequins, à donner une image du corps dans notre société plus réaliste afin de mettre fin à l'incitation à la maigreur extrême voire à l'anorexie chez les jeunes les plus fragiles qui sont sensibles à un idéal de beauté inaccessible. Le futur programme relatif à la nutrition et à la santé prévu en 2018 prendra également en compte cette question.