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Élevage industriel et développement durable

15e législature

Question orale n° 0078S de Mme Sylvie Goy-Chavent (Ain - UC)

publiée dans le JO Sénat du 12/10/2017 - page 3106

Mme Sylvie Goy-Chavent attire l'attention de M. le ministre d'État, ministre de la transition écologique et solidaire, sur le développement de l'agriculture industrielle et ses conséquences en termes d'environnement, de santé publique et de bien-être animal.
Alors que la suppression des aides au maintien de l'agriculture biologique a été annoncée, se construisent dans le même temps de véritables usines à viande.
Dans le département de l'Ain par exemple, les services de l'État examinent actuellement un projet d'élevage industriel de 40 000 poulets de batterie sur 1800 m2, pendant que les élevages de qualité luttent pour survivre.
La question est désormais clairement posée de la France que nous souhaitons transmettre aux générations futures : celle des paysages bocagers, de la biodiversité et de l'excellence agricole ou, au contraire, celle de l'agro-business et des scandales alimentaires.
En 1976, les dérives de l'alimentation industrielle et la « malbouffe » étaient dénoncées dans la comédie « L'Aile ou la cuisse ». Quarante ans plus tard, la fiction est devenue réalité, avec du faux fromage à base d'huile de palme dans les pizzas et des cuisses de poulets reconstituées à partir de déchets d'os recouverts de gel et de peinture alimentaire…
Elle le remercie donc de bien vouloir préciser quelles mesures environnementales concrètes il compte prendre prochainement en faveur d'une production alimentaire durable, respectueuse des consommateurs, des équilibres naturels de la planète et de la vie.



Réponse du Secrétariat d'État, auprès du ministre d'État, ministre de la transition écologique et solidaire

publiée dans le JO Sénat du 22/11/2017 - page 5389

Mme Sylvie Goy-Chavent. Durant la campagne pour l'élection présidentielle, Emmanuel Macron défendait une agriculture de proximité, respectueuse de l'environnement. Je suis donc surprise que, à peine élu, le président Macron ait fait supprimer les aides de l'État au maintien de l'agriculture biologique.

À la suite de ce revirement, un grand quotidien national a titré en ces termes : « Le Gouvernement pense notre lendemain avec les concepts d'hier ». Selon un autre grand quotidien, « le Gouvernement fait le choix de l'agrobusiness ».

Dans mon département, l'Ain, pays de la volaille de Bresse, les services de l'État examinent actuellement un projet d'élevage industriel de 40 000 poulets en batterie sur 1 800 m2, soit 21 poulets au mètre carré.

Pour le Gouvernement, entasser sur du béton des animaux ne voyant jamais la lumière du jour et gavés de cocktails d'antibiotiques, et j'en passe, représente-t-il le modèle à suivre en matière agricole et alimentaire ?

Peut-être me répondrez-vous qu'il convient de faire preuve de pragmatisme. Auquel cas je vous demanderai quelle est la frontière entre le pragmatisme et le renoncement !

En 1976, dans la comédie L'aile ou la cuisse, le réalisateur Claude Zidi dénonçait déjà la nourriture industrielle et la malbouffe. Dans ce film, le critique gastronomique Duchemin, interprété par l'excellent Louis de Funès, faisait triompher la vérité face à l'infâme industriel Tricatel, qui cherchait à nous empoisonner pour faire du profit.

Quarante ans plus tard, la fiction est malheureusement devenue réalité. Nous ingurgitons du faux fromage à base d'huile de palme et nous mangeons des manchons de poulet reconstitués à partir de déchets d'os recouverts de gel et de peinture alimentaire – j'ai personnellement assisté à leur fabrication…

Je doute que l'on prépare ce type de nourriture dans les cuisines de l'Élysée, mais, dans les salons ministériels, on doit malheureusement juger qu'elle est assez bonne pour nos enfants !

Plus qu'au ministre ou à son représentant, je m'adresse par votre intermédiaire, madame la secrétaire d'État, à Nicolas Hulot, au citoyen engagé qui s'est longtemps battu pour sensibiliser les Français à l'écologie et qui défendait un autre modèle de société. Pour quel modèle de développement optez-vous : Tricatel ou Duchemin, l'agrobusiness ou une agriculture de qualité ?

M. le président. La parole est à Mme la secrétaire d'État auprès du ministre d'État, ministre de la transition écologique et solidaire.

Mme Brune Poirson, secrétaire d'État auprès du ministre d'État, ministre de la transition écologique et solidaire. Madame la sénatrice, M. Nicolas Hulot, ministre d'État, ministre de la transition écologique et solidaire, ne pouvant être présent, il m'a chargée de vous répondre.

Votre question fait évidemment écho au vaste et important débat qui s'est ouvert dans le cadre des états généraux de l'alimentation.

Ce que nous produisons et mangeons a des conséquences directes sur la planète et sur la vie de nos concitoyens. L'agriculture et l'alimentation sont créatrices de paysages, de richesses et de lien social. Dans le même temps, certaines évolutions des cinquante dernières années sont à l'origine d'impacts profondément négatifs sur l'environnement. Elles affectent ainsi les ressources et la biodiversité et participent au réchauffement climatique.

Se posent aussi les questions de la pérennité de l'emploi agricole et de la rémunération des producteurs au regard de la récurrence des crises agricoles.

De plus en plus conscients de ces enjeux, nos concitoyens sont demandeurs de produits alimentaires plus respectueux de l'environnement et souhaitent aussi la prise en compte du bien-être animal. Ils se préoccupent de l'origine des produits et appellent au renforcement des liens entre producteurs et consommateurs.

Le ministre d'État attache la plus grande importance à ce que s'engage la transition écologique de l'agriculture. À ses côtés, nous ambitionnons que, à terme, la norme relève des principes de l'agroécologie et de l'agriculture biologique. Nombre d'agriculteurs sont aujourd'hui engagés ou prêts à s'engager dans cette voie. De multiples initiatives montrent que cette transition est possible, mais qu'elle doit être accompagnée.

Les états généraux de l'alimentation, qui ont été lancés le 20 juillet dernier et sont pilotés par le ministère de l'agriculture et de l'alimentation, impliqueront jusqu'à la fin de ce mois l'ensemble des parties prenantes. Ils devront établir un diagnostic partagé et proposer des solutions aux problèmes rencontrés par l'agriculture.

Le 11 octobre dernier, le Président de la République a confirmé nos nouvelles orientations : par une meilleure prise en compte des enjeux de qualité, de protection de l'environnement et du bien-être animal, elles doivent doter notre pays d'une stratégie visant à nous permettre de recouvrer notre souveraineté alimentaire.

Le ministre d'État sera particulièrement vigilant à ce qu'émergent des propositions allant dans le sens d'une transformation en profondeur des modèles agricoles, en particulier pour les systèmes d'élevage.

D'ores et déjà, différents chantiers progressent vers la transition écologique de l'agriculture. À ce titre, le Gouvernement s'engage à développer un plan de sortie des pesticides, qui constituent un autre grand sujet de préoccupation pour nos concitoyens.

M. le président. La parole est à Mme Sylvie Goy-Chavent.

Mme Sylvie Goy-Chavent. Madame la secrétaire d'État, je crains que les mots ne soient un peu éloignés des actes… Les agriculteurs et les consommateurs attendent des décisions très concrètes, et pas des effets d'annonce concernant ce qui sera peut-être fait dans dix, vingt ou trente ans.

Le Gouvernement semble penser à l'avenir de nos enfants selon des concepts de l'ancien monde. C'est bien dommage, et j'ai peur que la déception des Français ne soit très grande. J'ai bien entendu vos propos, mais, dans les faits, les choses sont un peu différentes et ce sont les Français qui seront, malheureusement, les premières victimes de la situation actuelle. Des décisions doivent vraiment être prises dès maintenant. L'exemple de l'élevage dont je vous parlais, où la densité sera de 21 poulets au mètre carré, est symptomatique d'un profond malaise, et j'espère que vous regarderez ce dossier de près.

Nous devons absolument valoriser l'excellence de notre agriculture et sauver ce pan primordial de notre économie. Je rappelle que, en moyenne, chaque jour un agriculteur se suicide… Notre milieu rural vit un terrible drame humain.

J'espère que vous transmettrez mes interrogations à M. Hulot. De notre côté, nous serons particulièrement vigilants.