Question de M. GRAND Jean-Pierre (Hérault - Les Républicains) publiée le 05/10/2017

M. Jean-Pierre Grand attire l'attention de Mme la ministre des solidarités et de la santé sur l'épidémie de VIH chez les jeunes hommes homosexuels. Une enquête récente, publiée dans le bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH), révèle une inquiétante progression des cas de contamination au VIH chez jeunes hommes. Elle pointe notamment un problème d'adhésion des plus jeunes aux politiques de prévention et des conduites à risques assez fréquentes (relations non protégées, consommation d'une grande quantité d'alcool ou de substances psychoactives). Par ailleurs, les nouveaux traitements comme la prophylaxie pré-exposition (PrEP) rendent l'infection moins anxiogène. Les professionnels de santé redoutent le développement d'une épidémie cachée chez les jeunes gays et l'explosion des infections sexuellement transmissibles dans cette population. Aussi, il lui demande de bien vouloir lui indiquer les mesures qu'elle entend prendre afin de relancer une politique de prévention adaptée à ces évolutions.

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Réponse du Ministère des solidarités et de la santé publiée le 21/06/2018

Les avancées des dernières années ont permis de stabiliser l'épidémie de virus de l'immunodéficience humaine (VIH). Cependant, la situation épidémiologique concernant le VIH et les infections sexuellement transmissibles (IST) reste très préoccupante pour les hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes (HSH). En 2016, environ 2 600 HSH ont découvert leur séropositivité VIH, représentant 44 % de l'ensemble des découvertes. La proportion de diagnostics à un stade avancé est toujours élevée (18 % chez les HSH). Conjointement à une politique de santé sexuelle bénéficiant à l'ensemble de la population, ces données montrent que des actions de prévention ciblées vers les publics clés des épidémies de VIH et d'IST demeurent plus que jamais nécessaires. Ce sont les principes qui ont présidé à l'élaboration de la stratégie nationale de santé sexuelle 2017-2030, lancée en mars 2017 et qui sert de cadre à l'action publique des prochaines années sur cette thématique. Sur la base des avancées scientifiques, la prévention diversifiée, qui a été proposée devant les échecs partiels de la prévention du VIH/sida, est aujourd'hui l'enjeu prioritaire de la prévention des IST et du VIH. Combinant les dimensions socio-comportementales et biomédicales, et visant à proposer des solutions diversifiées adaptées à chaque personne en fonction de sa situation pour réduire l'exposition aux IST et au VIH, cette approche s'appuie sur un large panel d'outils : l'accès au préservatif facilité : plus de 5 millions de préservatifs sont mis annuellement à disposition gratuitement dans les structures de dépistage et les associations plus particulièrement en direction des jeunes et des publics les plus vulnérables ; la prophylaxie pré exposition au VIH (PrEP), qui s'intègre dans une stratégie de prévention diversifiée de la transmission du VIH par voie sexuelle et qui permet de diminuer le risque de contracter le VIH au cours d'une période d'exposition à un risque de contamination ; le traitement post exposition (TPE) qui peut réduire fortement les risques de transmission du VIH/sida après une exposition au risque de transmission du virus ; le TasP (treatment as prevention) : aujourd'hui, les traitements contre le VIH permettent non seulement aux personnes séropositives de mieux vivre mais ils protègent aussi très efficacement les personnes séronégatives d'un risque de transmission. Les traitements, par leur effet, diminuent la quantité du virus dans le sang et dans le sperme, si bien que la charge virale devient indétectable. Le risque pour une personne séropositive de transmettre le VIH à une personne séronégative est alors très faible. Dans ce contexte de prévention diversifiée du VIH, le dépistage du VIH doit encore être intensifié selon les nouvelles recommandations 2017 de la Haute autorité de santé (dépistage du VIH chez les HSH tous les trois mois). Il est effectivement indispensable de réduire l'épidémie cachée (HSH ignorant leur séropositivité) pour permettre à ces jeunes de bénéficier d'un traitement antirétroviral, et ainsi éviter la transmission du VIH à leurs partenaires. L'enjeu est ainsi d'améliorer le dépistage du VIH, et surtout de le rendre plus précoce, en diversifiant les moyens et les acteurs. Ainsi, depuis 2016, la France a rénové son offre de dépistage gratuit avec la mise en place des centres gratuits d'information, de dépistage et de diagnostic (CeGIDD), structures dont les missions s'étendent aux traitements préventifs du VIH, au traitement curatif des principales IST, à la vaccination (hépatite B, HPV) et à la contraception dans une démarche globale de santé sexuelle. Les actions « hors les murs » sont valorisées, permettant ainsi d'aller vers les publics éloignés du système de santé dans la logique de réduction des inégalités sociales et territoriales. De la même manière, le ministère des solidarités et de la santé et les agences régionales de santé soutiennent les interventions menées par les associations communautaires au plus près des publics clés de l'épidémie, notamment par leurs actions de dépistage du VIH et de l'hépatite C par tests rapides d'orientation diagnostique (TROD). Par ailleurs, chaque année, une campagne nationale de prévention menée autour du 1er décembre, journée de lutte contre le Sida, est l'occasion d'appeler l'attention du grand public sur les enjeux de la prévention du VIH. En 2016, la campagne, très médiatisée, portait sur la prévention diversifiée en s'adressant tout particulièrement au public HSH. En 2017, elle promouvait les différents outils de dépistage disponibles. La feuille de route des premières actions de mise en œuvre de la stratégie nationale de santé sexuelle a été annoncée le 9 avril 2018. Celle-ci comporte un ensemble de vingt-six mesures concrètes destinées à renforcer la prévention, le dépistage et la prise en charge globale des IST, dont le VIH, en faveur des populations clés, et notamment des HSH, ainsi qu'en faveur des jeunes. Ces actions ont vocation à favoriser, à horizon 2030, le développement des politiques publiques en faveur de la santé sexuelle, allant de l'éducation à la sexualité à la santé reproductive, en passant par la prévention et le dépistage des infections sexuellement transmissibles et du VIH.

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