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Situation du personnel enseignant

15e législature

Question orale n° 0100S de Mme Laure Darcos (Essonne - Les Républicains)

publiée dans le JO Sénat du 02/11/2017 - page 3369

Mme Laure Darcos appelle l'attention de M. le ministre de l'éducation nationale sur la situation de l'encadrement pédagogique dans les établissements scolaires. L'éducation nationale y subit une véritable crise du recrutement, aussi bien dans le primaire que dans le second degré, dans plusieurs académies, parmi lesquelles celle de Versailles. Ce ne sont plus les postes qui font défaut mais les candidats. Plusieurs disciplines, en premier lieu les mathématiques et les sciences, sont concernées par ce phénomène de raréfaction. Ainsi, de nombreux postes ne sont pas pourvus aux concours en raison d'un manque d'attractivité du métier d'enseignant et du niveau insuffisant des candidats. À cette situation s'ajoutent les difficultés de remplacement de courte durée, problème que la Cour des comptes a qualifié d'« échec » dans son récent rapport consacré à la gestion des enseignants, publié au début du mois d'octobre 2017. La Cour évalue entre 5 et 20 % le taux de couverture des absences de courte durée. Le recrutement de non-titulaires, en général en effectifs réduits et souvent peu formés aux missions qui leur sont attribuées, ne saurait constituer un mode de gestion pérenne du personnel enseignant. Face à ces dysfonctionnements, qui constituent une réelle préoccupation pour les parents d'élèves, la communauté éducative et les élus, elle lui demande de bien vouloir lui préciser les mesures qu'il entend prendre afin de mettre un terme aux difficultés de gestion des effectifs de son ministère.



Réponse du Ministère de l'éducation nationale

publiée dans le JO Sénat du 06/12/2017 - page 7177

Mme Laure Darcos. Dans un rapport consacré à la gestion des enseignants, la Cour des comptes a déploré le caractère imprévisible et illisible de la politique de recrutement de l'État.

Les gouvernements précédents ont mis en œuvre des mesures manquant de cohérence au regard de la nécessaire stabilité à long terme de l'éducation nationale. Ainsi, les effectifs des enseignants et la démographie des élèves ont évolué différemment, en particulier dans le second degré, comme le souligne la Cour des comptes.

Pour les étudiants envisageant d'exercer ce métier, ces incohérences ont eu un effet dissuasif incontestable, le taux de candidats présents aux concours n'ayant cessé de diminuer entre 2012 et 2015.

En outre, tous les postes ouverts n'ont pas été pourvus, dans l'enseignement primaire comme dans le secondaire, ce qui a eu pour effet d'aggraver la situation dans un certain nombre d'établissements.

Le manque d'attractivité du métier d'enseignant a aussi des causes plus profondes. En effet, la faiblesse des rémunérations en début de carrière, l'insuffisance de la formation professionnelle continue et l'imparfaite procédure d'affectation des enseignants incitent fréquemment les jeunes à se tourner vers le secteur marchand, qui offre de meilleures perspectives de carrière et des rémunérations plus attrayantes.

Les conséquences de cette situation sont lourdes pour les établissements scolaires. Toutes les filières – la filière générale, la filière technologique et la voie professionnelle – sont affectées par la faible capacité de séduction de l'éducation nationale.

Dans certaines disciplines, comme les sciences et les mathématiques, on connaît de réelles difficultés de recrutement, au point qu'il est parfois nécessaire de recourir à des enseignants contractuels pour assurer la continuité des cours et pallier un absentéisme qui pénalise les élèves.

Dans mon département, l'Essonne, il manque des enseignants spécialisés dans certains établissements. J'en veux pour preuve la situation du lycée de l'Essouriau, aux Ulis, qui a recherché, jusqu'aux vacances de la Toussaint, des profils très technologiques. Cette situation est évidemment très dommageable pour des élèves préparant leur future orientation professionnelle.

Monsieur le ministre, ma question sera précise : si les premières mesures prises par le Gouvernement semblent aller dans le bon sens, comment comptez-vous relever le défi du recrutement des enseignants et donner à nos enfants les moyens de réussir leur scolarité et leur insertion professionnelle ?

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre de l'éducation nationale.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale. Madame la sénatrice, le recrutement est l'enjeu crucial pour tout le système éducatif.

La crise dont vous parlez concerne surtout le second degré. Dans le premier degré, les 13 000 postes proposés au concours – le recrutement conservera cet ordre de grandeur dans les années à venir compte tenu des postes que nous créons dans le primaire – sont pourvus. On pourrait discuter de l'attractivité de la fonction de professeur des écoles, mais elle ne connaît pas de crise grave.

En revanche, dans le second degré, nous faisons face à une crise importante, qui a à la fois une dimension mondiale et une dimension française.

Sur le plan mondial, on observe que la fonction professorale manque d'attractivité dans certaines disciplines, en particulier les mathématiques et les disciplines scientifiques et technologiques. Il faut mesurer la dimension structurelle de ce phénomène pour tenter d'y remédier.

La crise a aussi une dimension proprement française, peut-être liée aux problèmes de gestion que vous avez mentionnés.

À la dimension structurelle de la crise, la réponse la plus importante est le prérecrutement. Nous devons être capables, au cours des prochaines années, d'inciter des jeunes qui ont des dons et le désir de faire carrière dans l'enseignement, notamment, des mathématiques, des sciences ou des technologies, à s'orienter vers le professorat, au travers de mesures tant matérielles qu'immatérielles.

Sur le plan immatériel, qui est peut-être le plus important, il s'agit de valoriser dans notre société la fonction de professeur. C'est ce à quoi je m'emploie tous les jours. Le professeur doit être au centre de la société française. Il doit être valorisé, dans tous les sens du terme.

D'un point de vue plus pratique, en matière de prérecrutement, nous allons développer les bourses et faire évoluer la fonction d'assistant d'éducation, afin de diriger davantage d'étudiants vers la fonction professorale.

Dans le futur, la mise en œuvre de cette politique doit se traduire par une augmentation du nombre et de la qualité des candidats aux concours. Par le passé, trop souvent, la barre d'admission a été placée bas, sans que cela permette, pour autant, de pourvoir tous les postes : 80 % le sont en moyenne, mais, dans les disciplines que j'ai mentionnées, le taux peut être inférieur.

Restaurer l'attractivité de la fonction permettra de rehausser progressivement le niveau d'exigence : ainsi s'enclenchera un cercle vertueux, ce qui permettra d'améliorer la qualité du système français d'enseignement. Nous avons commencé ce travail.

Mme la présidente. La parole est à Mme Laure Darcos.

Mme Laure Darcos. Je vous remercie, monsieur le ministre, et je suis de tout cœur avec vous. Je pense que la représentation nationale vous soutiendra dans votre action et j'espère que vous resterez ministre de l'éducation nationale pendant cinq ans : c'est, me semble-t-il, la durée minimale pour que vous puissiez mener à bien vos réformes !