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Situation en Autriche

15e législature

Question d'actualité au gouvernement n° 0165G de M. Didier Marie (Seine-Maritime - SOCR)

publiée dans le JO Sénat du 20/12/2017 - page 10417

M. Didier Marie. Ma question s'adresse à M. le ministre de l'Europe et des affaires étrangères.

L'Europe vit des jours sombres ; l'extrême droite est de nouveau au pouvoir dans l'un de ses États membres, l'Autriche.

Vendredi dernier, M. Kurz, nouveau chancelier conservateur, a présenté le pacte le liant au FPÖ, le Parti libéral autrichien. Il a ainsi confié à des responsables de premier plan de ce parti aux racines néonazies six ministères sur treize, dont ceux des affaires étrangères, de l'intérieur et de la défense.

Voilà dix-sept ans, une telle alliance entre la droite et l'extrême droite avait suscité une vague d'indignation. L'Europe avait alors pris des sanctions diplomatiques, on parlait de cordon sanitaire.

Les conditions d'une telle riposte n'existent plus, la nécessaire unanimité des États membres la rendant impossible. Ce n'est d'ailleurs vraisemblablement pas la bonne réponse à l'expression démocratique d'un peuple.

Pour autant, nous ne comprenons pas le silence assourdissant de l'Union européenne et de la France. Si la Pologne, la Hongrie, la République tchèque peuvent se réjouir de voir le groupe de Višegrad s'élargir à un nouvel allié nationaliste et populiste, la France et l'Allemagne doivent apporter une réponse politique forte pour défendre leur conception de l'Europe.

Nous ne pouvons pas accepter que le processus de fracturation de l'Union européenne se poursuive. Nous ne pouvons tolérer que les valeurs fondamentales qui ont présidé à sa création, l'attachement à l'égalité, la liberté et la justice, qui fondent la démocratie, soient remis en cause.

Nous ne pouvons concevoir que, en juillet prochain, lorsque l'Autriche assurera la présidence de l'Union pour six mois, un responsable d'extrême droite ouvertement xénophobe pilote le Conseil déterminant la politique migratoire et d'asile.

Nous ne pouvons imaginer que la mise en œuvre du socle social adopté à Göteborg soit conduite par un gouvernement qui veut réserver les emplois aux seuls nationaux.

Les principes fondateurs de l'Union doivent être rappelés sans concession : tous les États membres doivent garantir l'État de droit, la démocratie, les droits de l'homme, le respect des minorités et leur protection.

Or tous les éléments d'un virage autoritaire et xénophobe de l'Autriche sont réunis. La formation de ce nouveau gouvernement autrichien est un très mauvais signal au regard de l'ambition européenne du Président de la République.

Quelles initiatives le Gouvernement compte-t-il prendre pour défendre l'idéal européen et lutter contre la banalisation de l'extrême droite ? (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et républicain et sur des travées du groupe La République En Marche.)



Réponse du Secrétariat d'État, auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères

publiée dans le JO Sénat du 20/12/2017 - page 10417

M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères. Monsieur le sénateur Didier Marie, Sebastian Kurz, dirigeant du parti conservateur autrichien, arrivé en tête lors des élections législatives, a constitué ces derniers jours un gouvernement de coalition avec le FPÖ, qui a été investi lundi dernier.

Cette percée des populismes est préoccupante. Le chancelier Kurz a néanmoins affirmé à de nombreuses reprises son attachement aux valeurs démocratiques et au projet européen, ce que son projet reflète à ce stade. Je note d'ailleurs que le ministère des affaires européennes a été détaché de celui des affaires étrangères, afin d'être directement rattaché au chancelier. C'était un enjeu important, dans la perspective de la présidence autrichienne de l'Union européenne au second semestre de 2018.

C'est dans un esprit de vigilance constante sur les valeurs partagées par l'Union européenne que se place la France. Nous espérons que l'Autriche ne délaissera pas le rôle moteur et constructif qui lui appartient. Elle doit respecter les valeurs qui sont celles de l'Europe. Si tel n'était pas le cas, il ne faudrait faire preuve d'aucune complaisance. Il n'y a pas deux poids deux mesures. Nous serons très attentifs aux actes.

La situation met d'ailleurs en perspective les élections européennes qui se dérouleront dans quelques mois, en 2019. À ce moment, il conviendra de porter la parole d'une Europe forte, qui protège ses citoyens et ses entreprises, pour ne pas laisser prise aux populismes qui montent.

Permettez-moi, monsieur le président, d'adresser un salut amical à Dominique Vérien, nouvelle sénatrice de l'Yonne, avec qui j'ai ce département en partage, ainsi que bien des valeurs ! (Applaudissements sur des travées du groupe La République En Marche et du groupe Union Centriste.)