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Droit aux vacances pour les jeunes

15e législature

Question d'actualité au gouvernement n° 0457G de Mme Marie-Pierre Monier (Drôme - SOCR)

publiée dans le JO Sénat du 25/07/2018 - page 11524

Mme Marie-Pierre Monier. Ma question s'adresse à M. le ministre de l'éducation nationale.

Je ne vais pas parler de l'affaire Benalla, mais des 22 millions de nos concitoyens, dont 3 millions d'enfants, qui ne partent pas en vacances, soit 36 % de la population.

Cette situation est celle de la France en 2018, et c'est inacceptable. Ainsi, un tiers des 15–24 ans, une personne handicapée sur trois ou encore un enfant issu d'une famille d'ouvriers sur deux n'ont pas accès aux vacances.

Précarisation croissante des ménages les plus modestes, chômage des jeunes, baisse des aides : on assiste depuis plusieurs années à un recul de la réalisation du droit aux vacances, un droit pourtant inscrit dans plusieurs textes, notamment dans la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948.

Ce droit est fondamental, notamment pour la jeunesse. Il est facteur d'inclusion sociale et d'épanouissement, mais c'est aussi un enjeu de santé publique et un apport économique indispensable. Les vacances font partie du cursus éducatif. C'est déjà l'apprentissage de l'autonomie et du vivre ensemble.

Je souhaite saluer l'engagement des associations d'éducation populaire, et notamment du Secours populaire, qui font un travail remarquable et permettent à de nombreux enfants issus de familles modestes de partir en vacances une fois dans l'année. Dans la Drôme, par exemple, la Fédération des œuvres laïques permet à 1 200 enfants de partir en colonie de vacances.

Mais cette année, avec la diminution drastique des contrats aidés et la mise en place trop tardive des parcours emploi compétences, ces associations voient leur budget mis à mal. Pourtant, sans elles, beaucoup de ces enfants n'auraient même pas droit à un souvenir de vacances.

Monsieur le ministre, êtes-vous favorable, comme le proposent conjointement La Jeunesse au plein air, l'Union nationale des associations de tourisme, l'UNAT, et Solidarité laïque, à la création d'un fonds pour financer le départ des 3 millions d'enfants totalement exclus du droit aux vacances ?

Quelles mesures le Gouvernement compte-t-il mettre en place pour lutter contre ces exclusions et intégrer davantage le droit aux vacances dans les politiques familiales, sociales et de jeunesse ? (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et républicain et du groupe communiste républicain citoyen et écologiste.)



Réponse du Ministère de l'éducation nationale

publiée dans le JO Sénat du 25/07/2018 - page 11525

M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale. Madame la sénatrice Marie-Pierre Monier, je vous remercie pour cette question très importante qui est à la fois d'actualité, puisque nous sommes dans la période des vacances, et structurelle.

Je suis d'accord avec l'essentiel des termes de votre question. Il y a en effet un problème social concernant le départ des enfants en vacances.

Ce problème n'est pas nouveau. Vous l'avez rappelé, si l'on regarde l'évolution depuis le début de la décennie, il y a beaucoup moins d'enfants qui partent en colonie de vacances chaque année. Il faut donc s'interroger sur ce phénomène au plan tant quantitatif que qualitatif.

Environ 1,5 million d'enfants partent en colonie chaque année. Ils étaient 300 000 de plus au début de la décennie. Ce que nous voyons aussi, en regardant les chiffres et les données, c'est qu'il y a de moins en moins de mixité sociale. En effet, l'offre de vacances pour les enfants est souvent payante, et n'est parfois pas attractive du point de vue de certaines familles.

Nous avons donc lancé des enquêtes afin de mieux comprendre l'attitude des familles en la matière, et ce qui empêche certains enfants de partir. C'est pourquoi, aussi, nous avons lancé une campagne de promotion pour les colonies de vacances au cours des derniers mois.

Pour ces raisons, je suis favorable aux propositions faites par les associations que vous avez citées, et avec lesquelles nous devons poursuivre le travail réalisé, de façon à inverser la tendance au cours des prochaines années. Pour y réussir, il faut un diagnostic juste ; c'est ce que nous sommes en train de faire. Il faut aussi que nous regroupions davantage les moyens publics et privés, ceux des collectivités locales et de l'État, afin de pouvoir mener une action sociale vis-à-vis des enfants.

Cela commencera l'année prochaine, avec le plan Mercredi, qui traduit un nouvel élan du périscolaire. Nous mettrons plus de moyens, avec les caisses d'allocations familiales en particulier, pour les activités périscolaires des enfants le mercredi. Cela continuera avec les activités extrascolaires et les vacances. Je m'y engage. (Applaudissements sur les travées du groupe La République En Marche et sur des travées du groupe socialiste et républicain. – Mme Michèle Vullien applaudit également.)