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Fiscalité verte

15e législature

Question d'actualité au gouvernement n° 0526G de M. Jacques Genest (Ardèche - Les Républicains)

publiée dans le JO Sénat du 31/10/2018 - page 14812

M. Jacques Genest. Ma question s'adressait à M. Griveaux, porte-parole du Gouvernement, mais je vois que ce n'est pas lui qui me répondra… Courage, fuyons !

Je serai très bref et poserai une simple devinette.

Je roule au diesel tant que je peux payer le plein – voilà trois ans, on nous encourageait à acheter un véhicule diesel… Je fume des Gauloises. Je me chauffe au fioul tant que je peux payer le remplissage de ma cuve. Je ne peux plus me faire soigner. Je vais bientôt payer plus cher les marchandises à cause de la taxe sur les poids lourds que le Gouvernement veut instaurer, sachant que la route est le seul moyen d'approvisionnement près de chez moi. Un dernier indice : j'habite à la campagne.

En conclusion, je paie, je paie encore et je paie toujours. Qui suis-je ? (Rires et vifs applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains et du groupe Union Centriste.)



Réponse du Ministère de la transition écologique et solidaire

publiée dans le JO Sénat du 31/10/2018 - page 14812

M. François de Rugy, ministre d'État, ministre de la transition écologique et solidaire. Monsieur le sénateur, étant donné que vous n'avez pas utilisé tout votre temps de parole, je ne doute pas que vous répondrez vous-même à votre devinette dans quelques instants…

J'avoue avoir du mal à voir qui peut à la fois payer la taxe sur les poids lourds et celle sur les voitures… (Exclamations sur les travées du groupe Les Républicains.)

Un sénateur du groupe Les Républicains. Il faut sortir de son bureau !

M. le président. Mes chers collègues, veuillez laisser M. le ministre d'État s'exprimer.

M. François de Rugy, ministre d'État. Monsieur Genest, vous avez eu le mérite de poser votre question sur le ton de l'humour, ce qui est toujours appréciable. Il s'agit toutefois de sujets très sérieux.

Soyons concrets : la taxe sur le carburant des poids lourds n'est pas du tout au même niveau que celle qui concerne les voitures. Encore une fois, il me semble étonnant qu'une même personne fasse le plein d'une voiture et d'un camion, même si cela peut arriver… (Vives protestations sur les travées du groupe Les Républicains.)

Je vous remercie d'avoir fait le parallèle avec la cigarette. Je crois que nous voulons tous lutter contre le tabagisme, à l'instar des actions menées par les différents gouvernements qui se sont succédé ces dernières années. Il s'agit d'un problème de santé publique à l'encontre duquel il faut agir dans la durée, avec constance, en s'appuyant notamment sur le prix des cigarettes.

Nous voulons faire preuve de la même constance et de la même détermination face au dérèglement climatique. Il s'agit d'un véritable changement, d'une transformation, et je ne connais pas de changement facile, de transformation sans difficulté !

Nous voulons accompagner les Français et leur donner les moyens de s'adapter à ce changement. (Lesquels ? sur les travées du groupe Les Républicains – Vives protestations sur les mêmes travées.)

M. Alain Fouché. C'est du racket !

M. François de Rugy, ministre d'État. Si vous ne les connaissez pas déjà, vous pourrez les faire connaître autour de vous : 30 % de subventions pour changer sa cuve de fioul. C'est du concret ! Il ne s'agit pas d'annuler quelques taxes pendant quelques mois, mais d'économiser du fioul, de l'argent et, surtout, les ressources de notre planète ! (Vives exclamations et huées sur les travées du groupe Les Républicains.)

M. le président. La parole est à M. Jacques Genest, pour la réplique.

M. Jacques Genest. Vous n'avez pas trouvé, monsieur le ministre. La réponse à ma devinette était pourtant facile, je m'étais contenté de citer M. Griveaux.

Je fais partie de la France qui fume et qui roule au diesel et qui n'est pas celle du XXIe siècle que souhaite M. Griveaux.

Quelle insulte, quelle arrogance à l'égard du peuple dans la bouche d'un « techno » devenu ministre. Nous n'avons jamais vu cela ! Que devons-nous faire ? Partir dans un pays où les droits et les devoirs sont les mêmes pour tous et où les gouvernants respectent le peuple ou aller dans une banlieue déshéritée d'une métropole rejoindre les autres oubliés de la Macronie ?

Nous vivons dans la nature. Nous respectons, nous aimons et nous faisons tout pour défendre l'environnement. Mais ne nous prenez pas pour des imbéciles : seule une infime partie des taxes sur les carburants est dévolue à la défense de l'écologie.

Arrêtez de nous prendre pour des culs-terreux et des Français de deuxième zone. Arrêtez de nous faire les poches pour remplir celles des super-riches. (Exclamations amusées sur les travées du groupe communiste républicain citoyen et écologiste.)

Mme Éliane Assassi. Qu'avez-vous fait pendant des décennies ?

M. Jacques Genest. Surtout, n'oubliez jamais que la révolte en 1789 est venue des campagnes ! Nous vous donnons tous rendez-vous le 17 novembre avec le tiers état. (Vifs applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains et sur des travées du groupe Union Centriste.)