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Situation en Algérie

15e législature

Question d'actualité au gouvernement n° 0693G de M. Jean-Claude Requier (Lot - RDSE)

publiée dans le JO Sénat du 13/03/2019 - page 2953

M. Jean-Claude Requier. Monsieur le Premier ministre, depuis le 22 février dernier, une grande partie du peuple algérien est descendue dans la rue pour s'opposer à un cinquième mandat du Président Bouteflika – dans un esprit pacifique, il faut le souligner. Cette mobilisation, inédite sous cette forme depuis très longtemps, a évidemment contribué à faire évoluer les positions du pouvoir, d'abord lorsque le Président Bouteflika a annoncé qu'il ne terminerait pas son cinquième mandat s'il venait à être réélu, puis, hier soir, lorsqu'il a annoncé renoncer à une nouvelle candidature, invoquant cette fois son âge et sa santé.

Si cette annonce satisfait à court terme les revendications des manifestants pour une modernisation du système politique, elle ne répond pas aux attentes fondamentales du peuple algérien, ne soyons pas naïfs ! Aujourd'hui, la contestation pourrait évoluer vers une volonté de changement plus large.

Le scrutin présidentiel devrait avoir lieu après une conférence nationale « inclusive et indépendante », représentative de toutes les composantes de la société, avec, pour mission, d'élaborer avant la fin de l'année un projet de Constitution à soumettre au référendum. Cela revient à reporter l'élection présidentielle à une date non fixée.

Le Président Emmanuel Macron a accueilli avec satisfaction ces annonces, appelant au passage à « une transition d'une durée raisonnable ». Or, on le sait, nos deux pays entretiennent depuis longtemps des relations complexes, passionnelles, mais étroites. Pourriez-vous, monsieur le Premier ministre, nous préciser la position de votre gouvernement après ces dernières évolutions ? (Applaudissements sur les travées du groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen, ainsi que sur des travées du groupe Union Centriste.)



Réponse du Premier ministre

publiée dans le JO Sénat du 13/03/2019 - page 2953

M. Édouard Philippe, Premier ministre. Monsieur le président Requier, complexes, passionnées, anciennes, c'est effectivement ainsi que l'on peut qualifier les relations entre la France et l'Algérie, parce que notre histoire est, à bien des égards, une histoire commune, parce qu'elle a connu des moments de lumière et des moments d'ombre, parce que l'Algérie, située juste de l'autre côté de la Méditerranée, est notre voisine, qu'elle est un État ami, souverain et clé pour la région. Pour toutes ces raisons, nous suivons avec beaucoup d'attention les événements qui s'y déroulent actuellement.

Je veux le dire, même si personne n'a de doute sur le sujet, l'Algérie est un État souverain, et nous respectons totalement cette souveraineté. Les évolutions récentes de la situation nous recommandent, nous imposent de rappeler sans cesse, avec force et clarté, cette évidence.

Où en sommes-nous au lendemain des annonces du Président Bouteflika ?

Le Président Bouteflika a fait savoir hier, dans son message à la nation, qu'il renonçait à se présenter à l'élection présidentielle initialement prévue le 18 avril. Il a proposé les jalons d'une rénovation du système politique algérien, avec un remaniement ministériel, qui s'est traduit par la nomination d'un nouveau Premier ministre et d'un vice-Premier ministre, l'organisation d'une conférence nationale, dont les travaux doivent se conclure d'ici à la fin de l'année et devraient déboucher sur l'adoption, par référendum, d'une nouvelle Constitution, et enfin – après tout cela – la tenue de l'élection présidentielle à laquelle lui-même ne serait pas candidat.

Nous avons salué ces derniers développements.

Ces annonces interviennent à l'issue de plusieurs semaines de manifestations à travers tout le pays, qui ont vu des millions d'Algériens et d'Algériennes exprimer, dans le calme, dans la dignité, leurs aspirations. Nous notons aussi que ce civisme des manifestants s'est accompagné d'une grande retenue des forces de l'ordre, lesquelles ont été exemplaires. Nous souhaitons que cet esprit de responsabilité, relevé par l'ensemble de la communauté internationale, puisse perdurer afin que se mettent en place les conditions d'une solution démocratique.

Ce qui doit maintenant s'engager, c'est une dynamique à même de répondre aux aspirations profondes du peuple algérien, avec, surtout, l'élaboration d'un calendrier politique de transition raisonnable, l'affichage et le respect de ce calendrier étant une condition essentielle à la crédibilité de l'ensemble du processus. Tel est le vœu que nous formons, nous qui souhaitons une Algérie stable, prospère et unie. Mais cela relève avant tout de la responsabilité des Algériens eux-mêmes, nous le disons en toute amitié et avec toute l'attention que nous portons à la situation actuelle. (Applaudissements sur les travées du groupe La République En Marche, ainsi que sur des travées du groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen.)

M. le président. La parole est à M. Jean-Claude Requier, pour la réplique.

M. Jean-Claude Requier. Vis-à-vis de l'Algérie, monsieur le Premier ministre, vous êtes sur le fil du rasoir, entre accusation d'ingérence et accusation d'indifférence.

Quant au peuple algérien, je ne souhaite pas que s'illustre pour lui cette réflexion de Giuseppe Tomasi di Lampedusa dans Le Guépard : « Il faut que tout bouge pour que rien ne change » ! (Applaudissements sur des travées du groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen.)