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Retard de versement des aides de conversion pour les agriculteurs

15e législature

Question écrite n° 09373 de M. Alain Chatillon (Haute-Garonne - Les Républicains)

publiée dans le JO Sénat du 14/03/2019 - page 1354

M. Alain Chatillon attire l'attention de M. le ministre de l'agriculture et de l'alimentation afin de l'alerter sur les dossiers de la politique agricole commune (PAC) et, plus précisément, sur les aides attendues par de nombreux agriculteurs qui se sont progressivement convertis au « bio ».
Il est notoire que l'agriculture bio reçoit un fort plébiscite que ce soit du Gouvernement tout autant que des consommateurs français. Il y est lui-même très attaché.
Afin de parvenir aux 15 % de la surface agricole utile (SAU) en bio d'ici 2022, de nombreux agriculteurs s'engagent ou se sont déjà engagés dans de nouvelles pratiques agricoles à travers les mesures agro-environnementales et climatiques (MAEC) et l'agriculture biologique. Cependant, les aides promises dans ce cadre de conversion ne sont toujours pas versées aux agriculteurs alors que les contrôles des services de l'État prouvent que les agriculteurs respectent le cahier des charges.
Une grande partie des dossiers de la PAC déposés en 2016 ne sont toujours pas soldés tout autant que ceux déposés les années suivantes. De surcroît l'apport de trésorerie remboursable (ATR) a été versé à hauteur de 60 % pour 2016 et 2017, alors que rien n'a été fait pour 2018.
Aussi, il lui demande comment le Gouvernement justifie ces retards de paiement qui pénalisent de nombreux agriculteurs qui se sont endettés dans le cadre de cette reconversion au bio, sachant que celle-ci ne leur permettra pas de vivre de leur production rapidement puisqu'il leur faudra quelques années avant d'obtenir le label agriculture biologique (AB) et de valoriser leurs produits.
Il y a urgence à sortir ces agriculteurs d'une situation dont ils ne sont pas responsables !



Réponse du Ministère de l'agriculture et de l'alimentation

publiée dans le JO Sénat du 04/04/2019 - page 1815

Les retards de paiement des aides de la politique agricole commune (PAC) à partir de la campagne 2015 s'expliquent par la conjonction de deux facteurs : la révision complète du système de gestion et de contrôle des aides imposée par la Commission européenne. Cette révision a fortement impacté le système informatique de l'agence de service et de paiement (ASP) concernée par ces aides ; la réforme des aides de la PAC, mise en œuvre également en 2015, qui s'est traduite par une plus grande complexité des soutiens agricoles, déclinés en de nombreuses mesures et sous-mesures. Pour éviter les difficultés de trésorerie des exploitations agricoles que ces retards auraient pu engendrer, le Gouvernement a mis en place dès 2015 un système d'avance, sous la forme d'un apport de trésorerie remboursable (ATR) payé dans les délais habituels, sans attendre la finalisation de l'instruction via les nouveaux outils. Le montant de l'ATR a été calibré sur la base d'une estimation simplifiée du paiement réel attendu. Ainsi 7,4 Mds€ d'ATR ont été payés à partir d'octobre 2015 pour la campagne 2015. Des montants équivalents ont été apportés en 2016 et 2017. En parallèle, le Gouvernement s'est engagé sur un calendrier de rattrapage des retards afin de revenir au calendrier normal de versement de toutes les aides pour la campagne 2018. Les services de l'État, que ce soit au niveau national, régional ou départemental ont été pleinement mobilisés pour résorber ce retard. Des moyens supplémentaires ont notamment été déployés au niveau des services instructeurs. D'autre part, l'ASP a renforcé les moyens mobilisés sur le chantier de l'instrumentation de ces aides et sa capacité à traiter en parallèle les chantiers du premier et du deuxième pilier de la PAC. Les moyens de son prestataire informatique ont également été renforcés. En ce qui concerne les aides du premier pilier de la PAC et l'indemnité compensatoire de handicaps naturels, le retard a été entièrement résorbé et le calendrier de versement des aides est aujourd'hui revenu à une situation normale. Ainsi, pour la campagne 2018, 7,1 Mds d'euros ont été versés avant fin décembre 2018, concernant plus de 99 % des exploitants. Pour les mesures agroenvironnementales et les aides à l'agriculture biologique, les paiements des campagnes 2016 et 2017 sont en cours de finalisation. La campagne 2018 retrouvera un calendrier normal, avec le début des paiements dès mars 2019. Plus précisément les premiers paiements des aides à l'agriculture biologique de la campagne 2016, ont été effectués à la fin du mois de mai 2018. À la date du 15 mars 2019, 85 % des dossiers ont été payés. Enfin, les premiers paiements de la campagne 2017 sont intervenus début octobre 2018. À la date du 15 mars 2019, près de 60 % des dossiers ont été payés. Afin que cette situation ne se reproduise pas avec la prochaine réforme de la PAC, le Gouvernement veillera à ce que les futurs dispositifs qui seront définis pour la période 2021-2027 soient moins nombreux et plus simples à instruire, contrôler et payer.