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Dangers de la consommation des médicaments opioïdes

15e législature

Question écrite n° 09588 de Mme Christine Herzog (Moselle - NI)

publiée dans le JO Sénat du 21/03/2019 - page 1514

Mme Christine Herzog attire l'attention de Mme la ministre des solidarités et de la santé sur l'augmentation préoccupante des prescriptions de médicaments antidouleur à base d'opioïdes. En effet, le nombre de décès liés à la consommation d'antidouleurs a augmenté de 146 % entre 2000 et 2015 et le nombre d'hospitalisations dues à l'usage d'opioïdes est passé de 15 à 40 par million d'habitants entre 2000 et 2017, soit une hausse de 167 %. L' agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) indique dans un rapport récent que le nombre de décès suit la même courbe avec une hausse de 146 % entre 2000 et 2015, provoquant aujourd'hui quatre décès par semaine. Par ailleurs, en 2017, près de 12 millions de Français se sont vu prescrire des antalgiques opioïdes, sans être toujours bien informés des risques encourus, notamment l'addiction à ces molécules et les risques liés au surdosage. La banalisation de ces prescriptions constitue aujourd'hui un problème majeur de santé publique, entraînant de graves dérives dans les usages. Elle lui demande donc quelles sont les intentions du Gouvernement pour encadrer de manière plus stricte la prescription d'opioïdes et pour sensibiliser les professionnels de santé sur ce sujet.



Réponse du Ministère des solidarités et de la santé

publiée dans le JO Sénat du 28/03/2019 - page 1694

Les opioïdes sont des substances d'origine naturelle ou de synthèse, ayant un potentiel d'abus et de dépendance élevé, mais possédant des propriétés pouvant être utiles en thérapeutique. Certains opioïdes sont utilisés comme médicaments, dans le traitement de la douleur ou pour la prise en charge de la dépendance aux opiacés (traitement de substitution). Ils peuvent parfois faire l'objet d'un usage non conforme aux standards thérapeutiques. L'enjeu pour les autorités sanitaires est de garantir l'accessibilité des médicaments opioïdes pour toute personne en ayant besoin tout en sécurisant au mieux leur utilisation. D'autres opioïdes sont illicites et utilisés pour des usages récréatifs ou dans un contexte d'addiction. Les opioïdes, licites ou illicites, peuvent être à l'origine de surdoses avec un risque de décès. En France, le nombre de décès par surdose aux opioïdes (licites et illicites) était estimé à 373 en 2015. Ce nombre tend à augmenter ces quinze dernières années, mais reste sans commune mesure avec la situation des États-Unis. L'évolution de la consommation des antalgiques opioïdes est à mettre en perspective avec l'amélioration de la prise en charge de la douleur. Certains signaux incitent cependant à la vigilance, comme le développement d'usages problématiques ou de dépendance concernant des personnes avec des prescriptions d'opioïdes initialement à visée antalgique, et la hausse des hospitalisations en lien avec des intoxications par des opioïdes. Par ailleurs, la diffusion de nouveaux opioïdes de synthèse très puissants tels que les analogues du Fentanyl incite également à une vigilance accrue. Plusieurs mesures en place contribuent à la prévention des surdoses et des décès par surdoses d'opioïdes, parmi lesquelles : un encadrement étroit des conditions de prescription et de délivrance des médicaments opioïdes, une offre sanitaire spécialisée en addictologie en ville et à l'hôpital incluant soins et réduction des risques, une offre de soins structurée pour la prise en charge de la douleur, un dispositif de surveillance (en particulier le dispositif d'addictovigilance de l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé organisé dans les territoires par les centres d'évaluation et d'information sur la pharmacodépendance et le dispositif TREND/SINTES de l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies). En 2017, a débuté la mise à disposition de Naloxone (antidote spécifique des surdoses aux opioïdes) pour les usagers d'opioïdes et leur entourage afin de permettre une intervention rapide face à un cas de surdose, dans l'attente des secours, suivant les recommandations de l'Organisation mondiale de la santé. Des travaux sont en cours pour consolider et amplifier ces mesures.