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Actions en faveur de la biodiversité

15e législature

Question d'actualité au gouvernement n° 0772G de M. Jérôme Bignon (Somme - Les Indépendants)

publiée dans le JO Sénat du 08/05/2019 - page 6178

M. Jérôme Bignon. Monsieur le ministre d'État, ministre de la transition écologique et solidaire, nous sommes entrés dans la sixième extinction de la biodiversité, qui est majeure, ce n'est plus discutable. Alors que l'homme en est le principal responsable, sommes-nous à la hauteur pour arrêter ce désastre et en protéger les générations qui viennent ?

La biodiversité n'est pas un catalogue d'espèces ni une obsession d'écolo à la mode ; ce n'est pas un sujet d'actualité ni un argument de campagne ; c'est un « miracle » qui a nécessité quelques milliards et plusieurs centaines de millions d'années d'évolution. Or le monde est pourtant en train de l'anéantir, à une vitesse qui s'accélère.

Cette année, nous fêterons le dixième anniversaire du Grenelle de la mer. Nous avions déjà dénoncé, à l'époque, les millions de bouteilles en plastique qui dévalaient nos vallées pour atteindre l'océan ; dix ans après, l'océan contient un septième continent…

Les dossiers des Dreal et des DDT sont remplis de demandes d'artificialisation des sols, qui sont la plupart du temps approuvées, toujours pour de bonnes raisons… Ainsi, tous les cinq ans, la surface agricole utile équivalente à un département disparaît ! Quand arrêterons-nous définitivement de morceler nos campagnes, de polluer nos rivières, de détruire les myriades d'étangs et autres zones humides qui sont la richesse de notre pays ?

Depuis des années, s'accumulent sur les étagères des ministères des rapports sur l'extinction de la biodiversité et sur les solutions pour y mettre fin. Pour nous rassurer, depuis des années, tous les gouvernements successifs s'étourdissent de mots, de réunions, de colloques, de plans d'action.

Monsieur le ministre d'État, le Parlement a les mains liées ; la Constitution confie au Gouvernement la charge de l'urgence et de l'ordre du jour prioritaire. C'est aussi le Gouvernement qui a les clefs de Bercy. Pouvez-vous donc nous annoncer le calendrier de la mise en œuvre des dispositions destinées à arrêter la perte irréversible de ces millions d'insectes, d'oiseaux, de mammifères qui peuplent notre planète ? (Applaudissements sur les travées du groupe Les Indépendants – République et Territoires, ainsi que sur des travées du groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen, du groupe La République En Marche et du groupe socialiste et républicain. – M. François Grosdidier applaudit également.)



Réponse du Ministère de la transition écologique et solidaire

publiée dans le JO Sénat du 08/05/2019 - page 6178

M. François de Rugy, ministre d'État, ministre de la transition écologique et solidaire. Monsieur le sénateur Bignon, je connais votre engagement en faveur de la biodiversité.

Vous le savez, voilà encore quelques années, quand je me suis engagé pour l'écologie, beaucoup de gens ridiculisaient un tel engagement : « À quoi bon s'intéresser aux petites fleurs et aux petits oiseaux ? Il y a bien d'autres sujets beaucoup plus importants. » Or, aujourd'hui, des scientifiques du monde entier ont fait un rapport précis sur l'état de la biodiversité ; cela passe, en effet, par la mesure des petites fleurs et des petits oiseaux, chez nous, en France, comme partout dans le monde.

Pour ma part, je suis fier d'être un ministre nommé par un Président de la République qui a reçu ces scientifiques. C'est la première fois qu'un Président de la République fait de la biodiversité un enjeu dans la politique internationale, dans la diplomatie française, de même niveau que le climat. Par ailleurs, il demande au Gouvernement d'agir, ici et maintenant, dans sa politique pour la biodiversité.

Je veux vous donner deux exemples pour garder espoir, car vous m'avez semblé céder un peu au fatalisme ; pour ma part, je ne céderai jamais au fatalisme sur ce sujet.

Dans les années 1970 et 1980, le bouquetin avait quasiment disparu des Pyrénées et des Alpes ; aujourd'hui, il y en a dix mille en France. Dans les années 1970, il n'y avait plus que trois espèces de poisson dans la Seine ; aujourd'hui, il y en a près de quarante. Pourquoi ? Parce que nous avons su prendre des mesures de prévention, de lutte contre les problèmes de pollution, à la racine. En matière d'eau, il s'agit de la lutte contre les pollutions industrielles et de l'amélioration du traitement des eaux usées, et, pour continuer avec l'exemple du bouquetin, il s'agit de la protection des endroits où il peut se développer.

C'est exactement ce que nous allons continuer à faire. Nous le faisons à travers la création de l'Office français de la biodiversité, qui disposera de 5 000 agents dédiés à la biodiversité sur l'ensemble du territoire français, et celle du parc naturel forestier. Nous allons protéger près de 30 % du territoire national, comme nous l'a demandé le Président de la République.

M. le président. Il faut conclure !

M. François de Rugy, ministre d'État. Croyez en notre détermination à agir pour l'écologie en général et pour la biodiversité en particulier. (Applaudissements sur les travées du groupe La République En Marche, ainsi que sur des travées du groupe Les Indépendants – République et Territoires.)