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Suppressions d'emplois à General Electric

15e législature

Question d'actualité au gouvernement n° 0812G de M. Cédric Perrin (Territoire de Belfort - Les Républicains)

publiée dans le JO Sénat du 29/05/2019 - page 7634

M. Cédric Perrin. Ma question s'adresse à M. le ministre de l'économie et des finances.

Monsieur le ministre, il y a moins de deux mois, j'exprimais dans cet hémicycle les craintes des salariés de General Electric, GE, et des élus du Territoire de Belfort.

Il y a deux mois, le gouvernement auquel vous appartenez affirmait suivre avec la plus grande attention la réorganisation de GE. Il expliquait souhaiter accompagner le développement d'activités nouvelles, telles que l'aéronautique, le grand carénage ou encore l'hydrogène, auquel je crois beaucoup.

Plus inquiétant, le Gouvernement excluait d'office son soutien aux projets liés aux énergies fossiles, notamment le gaz, comme l'exprimait votre secrétaire d'État dans cet hémicycle le 4 avril dernier. Vous avez même personnellement affirmé qu'il n'y avait pas d'avenir pour le marché des turbines à gaz.

C'est aujourd'hui que la nouvelle tant redoutée est tombée. Une catastrophe industrielle pour mon département et pour le nord de la Franche-Comté : 1 044 emplois seront supprimés par General Electric à Bourogne, à Boulogne-Billancourt et à Belfort, site qui va perdre 985 de ses salariés !

Un salarié sur quatre sera touché. Des drames s'annoncent ; des familles vont se trouver en difficulté. Mes premières pensées vont, bien entendu, aux femmes et aux hommes touchés par ce tsunami industriel.

Monsieur le ministre, l'heure n'est plus aux petits arrangements calendaires, comme avec cette annonce que GE a opportunément retardée jusqu'au lendemain des élections européennes. Les salariés ont besoin de réponses concrètes.

Quels choix stratégiques le Gouvernement met-il en œuvre pour le redressement de l'industrie belfortaine ? Quels efforts de réindustrialisation êtes-vous en mesure de porter pour ce territoire ? Excluez-vous, oui ou non, les projets liés aux énergies fossiles ? (Applaudissements sur des travées du groupe Les Républicains.)



Réponse du Ministère de l'économie et des finances

publiée dans le JO Sénat du 29/05/2019 - page 7635

M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances. Monsieur Perrin, je partage totalement le choc qu'éprouvent les salariés, tous ceux qui travaillent sur le site de GE à Belfort et l'ensemble des élus locaux, que j'ai rencontrés à plusieurs reprises. Mais je ne suis pas là pour vendre des illusions.

Lorsque j'examine aujourd'hui la situation du marché des turbines à gaz, je constate – je rappelle les chiffres – que GE en vendait une centaine en 2008, qu'il en a vendu 29 en 2018, et que les perspectives pour 2019, 2020 et 2021 s'établissent autour d'une vingtaine. Or l'équilibre du point de charge sur les turbines à gaz, vous le savez aussi bien que moi, se situe au niveau d'une quarantaine de pièces par an, ce qui est la condition pour garantir la rentabilité du site.

Ce que je souhaite, c'est qu'il y ait un avenir industriel pour le site de GE à Belfort. Il me serait facile de vous dire que l'on va se battre pour les turbines à gaz, mais ce serait mentir aux salariés ! Vous me connaissez suffisamment pour savoir que telle n'est pas ma façon de faire de la politique. (Exclamations ironiques sur les travées du groupe Les Républicains et du groupe communiste républicain citoyen et écologiste.)

En revanche, je suis convaincu qu'il y a un avenir industriel pour le site de Belfort. Si nous y travaillons tous ensemble, notamment en utilisant les 50 millions d'euros du fonds qui a été mis à disposition pour réindustrialiser ce site avec d'autres projets, il y a de belles perspectives.

Il y a des perspectives pour l'aéronautique, qui faisaient partie des propositions que vous m'avez faites et auxquelles je souscris ; nous pouvons y travailler ensemble.

Il y a des perspectives dans le carénage des usines nucléaires, notamment pour leur démantèlement en France ou à l'étranger.

Il y a des perspectives également pour l'hydrogène. Je sais, monsieur le sénateur, que vous soutenez totalement ces projets, et le site de Belfort est très bien placé dans ce domaine. Là aussi, nous pouvons y travailler tous ensemble.

Je propose que nous nous rencontrions de nouveau, avec tous les élus de Belfort et de la région qui sont concernés, pour examiner attentivement chacune des solutions possibles et les investissements nécessaires.

On sait ainsi qu'il faudra faire des investissements supplémentaires si l'on veut développer la filière aéronautique à Belfort. Il nous faut examiner comment la région et l'État peuvent accompagner ces propositions et faire en sorte de rassurer l'ensemble des salariés, en leur disant que ce site a un avenir industriel.

M. le président. Il faut conclure !

M. Bruno Le Maire, ministre. Cela, vous le croyez profondément, et je le crois aussi. (Applaudissements sur les travées du groupe La République En Marche.)

M. le président. La parole est à M. Cédric Perrin, pour la réplique.

M. Cédric Perrin. Monsieur le ministre, les salariés de GE sont éprouvés et ils demandent, évidemment, des actes. Il faut se battre pour eux ! Ce sont 11 % des emplois industriels de mon département qui vont être supprimés.

Il faut se battre pour la diversification, vous l'avez dit. Mais il faut aussi se battre pour l'avenir de la France et pour son avenir industriel. Baisser les bras à cause d'une baisse temporaire des commandes de turbines à gaz n'est pas un bon calcul ! Notre indépendance énergétique, notre savoir-faire industriel et nos compétences peuvent être entretenus.

M. le président. Il faut conclure !

M. Cédric Perrin. En effet, lorsque les commandes reviendront, il faudra que la France puisse y répondre ! (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)