Question de M. DURAN Alain (Ariège - SOCR) publiée le 27/06/2019

M. Alain Duran interroge M. le ministre de l'action et des comptes publics sur le projet de nouvelle organisation des services des finances publiques.

A été présenté, le 6 juin 2019, un projet de nouvelle organisation des services des finances publiques à l'horizon 2022, dans le but « de renforcer fortement la présence des services publics dans les territoires et de moderniser l'action publique ».
La direction générale des finances publiques (DGFIP) est une des administrations d'État au maillage le plus fin et le plus dense sur le territoire national, avec 3 600 points de contact. Cela s'explique par son rôle auprès des collectivités, dont elles sont un partenaire indispensable, et auprès de nos administrés, pour lesquels il s'agit souvent du dernier service public de proximité dans bon nombre de nos territoires.
En Ariège, il existe aujourd'hui douze trésoreries et trois accueils de proximité. Sur les deux cent quarante-cinq agents que comptent les services de la DGFIP, une quarantaine sont affectés dans ces services.
Cette réforme est censée améliorer le service rendu aux usagers et aux collectivités territoriales. Cette démarche ne peut être que soutenue. S'agissant du début de la concertation, il lui demande quels seront les moyens affectés à cette nouvelle organisation et notamment aux deux nouvelles antennes de la DGFIP en Ariège.

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Réponse du Secrétariat d'État auprès du ministre de l'économie et des finances et du ministre de l'action et des comptes publics, chargé du numérique publiée le 17/07/2019

Réponse apportée en séance publique le 16/07/2019

M. Alain Duran. Ma question porte également sur la nouvelle organisation des services des finances publiques à l'horizon de 2022 qui, selon le ministre de l'action et des comptes publics, a pour but de « renforcer fortement la présence des services publics dans les territoires et de moderniser l'action publique ».

La direction générale des finances publiques est une des administrations d'État au maillage le plus fin et le plus dense sur le territoire national. Dans mon département, l'Ariège, il existe aujourd'hui 12 trésoreries et 3 accueils fiscaux de proximité, auxquels sont affectés une quarantaine des 245 agents que comptent les services de la direction départementale des finances publiques, la DDFiP.

Vous l'avez dit, monsieur le secrétaire d'État, nous en sommes au début de la concertation, mais permettez-moi de vous faire part de mes inquiétudes.

Je m'inquiète d'abord pour les usagers. Dans mon département, vous prévoyez de transformer les 12 trésoreries actuelles en accueils dits « de proximité ». Vous prévoyez même d'en déployer 2 autres pour mieux mailler le territoire.

On pourrait applaudir des deux mains, sauf que, pour prendre un exemple, la trésorerie de mon canton, située à Tarascon-sur-Ariège, est ouverte au public tous les matins cinq jours sur sept alors que, à quelques kilomètres de là, dans le canton voisin, les agents des finances publiques de l'accueil de proximité qui a remplacé la perception il y a trois ans ne sont présents que trois demi-journées par semaine. Désolé, monsieur le secrétaire d'État, mais ce n'est pas le même service !

Vous le savez, ce ne sont pas les nouveaux usages – que vous maîtrisez très bien –, tels que la démarche en ligne ou la dématérialisation, qui pourront remplacer cette présence humaine pour bon nombre de nos administrés, souvent âgés et peu familiers des outils numériques.

Plus inquiétant encore pour nos communes, vous créez des « conseillers aux collectivités locales » implantés au plus près des élus. Le comptable public, présent aujourd'hui dans les perceptions, occupera demain un bureau dans les locaux de l'établissement public de coopération intercommunale, ce qui lui fera perdre du même coup son statut.

Alors que cette nouvelle organisation vise, selon le ministre, à « améliorer les prestations offertes en matière de gestion financière et comptable aux collectivités locales et aux élus », je m'interroge sur la qualité du service rendu aux communes. Je pense en particulier à mon département où 8 emplois ont déjà disparu cette année et où la direction départementale des finances publiques prévoit la suppression de 25 postes dans les trois ans à venir.

En fermant 8 perceptions, on concentre sur 3 sites la gestion comptable des 327 communes ariégeoises. Or je peux vous assurer, monsieur le secrétaire d'État, que le volume comptable restera le même, car le nombre de collectivités ne diminuera pas.

Ma question est simple : compte tenu des transformations que vous engagez et de la diminution des personnels, le principe de séparation des ordonnateurs et des comptables, qui apporte aujourd'hui un certain nombre de garanties en termes de sécurité et de probité dans la gestion de l'argent public, et auquel les élus dont je fais partie sont très attachés, sera-t-il maintenu ?

M. le président. La parole est à M. le secrétaire d'État.

M. Cédric O, secrétaire d'État auprès du ministre de l'économie et des finances et du ministre de l'action et des comptes publics, chargé du numérique. Monsieur le sénateur, comme vous l'avez indiqué, votre question est assez proche de la précédente : j'ai donc un peu peur que ma réponse le soit également. (Sourires.)

Vous avez appelé l'attention du ministre de l'action et des comptes publics sur le projet de nouvelle organisation des services des finances publiques.

Le maillage de la direction générale des finances publiques est l'un des plus denses de l'administration d'État avec, en 2019, près de 3 600 points de contact avec les usagers, particuliers, entreprises et collectivités locales. Cette présence importante traduit la diversité des missions qu'exerce la DGFiP et leur évolution. Cela étant, elle doit être repensée pour mieux répondre aux besoins actuels des usagers, des collectivités locales, notamment rurales, et permettre une amélioration des conditions de travail des agents.

Comme je le disais, la DGFiP a vu ses missions profondément évoluer depuis deux ans et continuera à se transformer avec des chantiers d'ampleur : le prélèvement à la source, la suppression de petites taxes, la fin programmée de la taxe d'habitation, le paiement en liquide externalisé vers d'autres réseaux, la poursuite de la simplification de la déclaration de revenus en sont des exemples emblématiques.

Le réseau se transforme en permanence pour s'adapter aux évolutions démographiques et aux nouveaux modes de relation avec le public, liés notamment aux nouvelles technologies, tout en cherchant à s'adapter le plus possible aux besoins.

Depuis 2012, près de 700 points de contact ont été fermés, soit environ 18 % du réseau. Jusqu'à présent, ces évolutions se décidaient annuellement, sans visibilité territoriale d'ensemble et sans que les élus, la population et les agents soient toujours bien informés en amont. Si des accueils dans d'autres lieux, mutualisés avec d'autres services publics, étaient parfois prévus, ce n'était pas systématiquement le cas. Le ministre de l'action et des comptes publics a souhaité mettre fin à cette mauvaise méthode.

À la suite des annonces du Président de la République et sous l'autorité du Premier ministre, le ministre de l'action et des comptes publics a engagé une démarche fondamentalement différente, privilégiant une réflexion globale, pluriannuelle, concertée et prenant en compte l'attente forte de nos concitoyens de bénéficier d'un service public plus proche d'eux, mais aussi plus efficace.

Le Gouvernement souhaite en effet assurer une meilleure accessibilité des services publics à la population, notamment dans les territoires où le sentiment d'abandon de l'État se développe.

Il s'agit de tirer parti des nouvelles organisations du travail comme des nouveaux usages – démarches en ligne, dématérialisation, travail à distance et développement d'un traitement plus automatique de certaines tâches répétitives – pour s'organiser différemment.

D'un côté, nous voulons concentrer et dématérialiser les tâches non visibles par le public pour gagner en efficacité et en rapidité de traitement, et permettre ainsi à l'État de réaliser des gains de productivité sans dégrader la qualité du service public : je pense en particulier au traitement des factures et des mandats.

De l'autre, notre but est de fournir une offre de service nouvelle en augmentant très fortement les sites où un accueil physique de proximité sera assuré. L'extension de l'accueil sur rendez-vous améliorera la réponse apportée aux questions des contribuables. L'objectif est d'augmenter le nombre d'accueils de proximité de 30 % d'ici à 2022. Il s'agit d'un effort sans précédent, qui rompt avec la disparition programmée des accueils de service public.

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