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Réforme des retraites

15e législature

Question d'actualité au gouvernement n° 0892G de Mme Monique Lubin (Landes - SOCR)

publiée dans le JO Sénat du 19/07/2019

Mme Monique Lubin. Ma question s'adresse à M. le Premier ministre et porte sur la future réforme des retraites.

La communication officielle de M. Delevoye affirme que la réforme envisagée renforcera l'équité entre les générations, protégera les plus fragiles, restaurera la confiance des Français et redonnera de la valeur au travail. Ces affirmations, monsieur le Premier ministre, ne relèvent-elles pas de la méthode Coué ?

Comment affirmer que le niveau des retraites ne faiblira pas, alors qu'elles seront calculées sur la durée totale des carrières ? Que les pensions versées aux femmes seront meilleures, alors que celles-ci subissent toujours les effets des écarts de salaire et de carrières parfois hachées ?

Comment assurer aujourd'hui une valeur du point, alors que vous exigez d'ores et déjà que le poids des retraites dans le PIB n'excède pas 14 %, comme c'est le cas aujourd'hui, et que la valeur du point servira évidemment de variable d'ajustement ? D'ailleurs, comment la valeur du point sera-t-elle pilotée, et par qui ? La question n'est pas neutre, si l'on se réfère à mes remarques précédentes.

Le principe du départ à 62 ans semble préservé, mais avec l'épée de Damoclès inacceptable d'une décote pour celles et ceux qui décideront de partir avant 64 ans. Inacceptable pour ceux qui exercent les métiers les plus contraignants et qui ont commencé à travailler tôt, dont le niveau de pension est plus faible et qui ne pourront se permettre le principe d'une baisse de leurs revenus. Inacceptable pour ceux, nombreux, qui à 62 ans déjà sont bannis du monde du travail.

Alors, monsieur le Premier ministre, vous avancerez certainement des arguments tels que l'amélioration des retraites pour les plus modestes et certaines professions, comme les agriculteurs. Mais, au vu de toutes les incertitudes que je viens d'évoquer, même ces bonnes intentions peuvent être soumises à caution.

En clair, vous allez nous proposer de passer d'un système qui n'est certes pas parfait à un système qui risque de nous plonger dans l'inconnu.


M. le président. Il faut conclure !


Mme Monique Lubin. La balle est maintenant dans votre camp. Compte tenu de toutes les valses-hésitations que nous avons vues ces derniers mois au sein de votre gouvernement, quelles garanties pouvez-vous aujourd'hui nous apporter…


M. le président. Merci de conclure !


Mme Monique Lubin. … que nous n'entrerons pas dans la spirale du travailler plus longtemps…


M. le président. Concluez ! (Marques d'impatience sur les travées du groupe Les Républicains.)


Mme Monique Lubin. … pour vivre moins longtemps avec moins de ressources ? (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et républicain. – Mme Laurence Cohen et M. Pierre Laurent applaudissent également.)



Réponse du Ministère des solidarités et de la santé

publiée dans le JO Sénat du 19/07/2019 - page 11544

Mme Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé. Madame la sénatrice Monique Lubin, je vous remercie pour votre question, qui me permet de m'exprimer devant les parlementaires après la remise des préconisations du haut-commissaire à la réforme des retraites au Premier ministre et à moi-même, ce matin, devant les partenaires sociaux.

Les recommandations de Jean-Paul Delevoye sont, vous le savez, le fruit d'une très longue concertation, à la fois citoyenne et avec les partenaires sociaux ; la qualité de cette concertation a été soulignée par tous les acteurs ce matin.

Il s'agit bien de recommandations : les propositions de M. Delevoye seront soumises au débat et serviront de base à la concertation qui s'ouvrira, dès la rentrée, afin de préparer le futur projet de loi.

Il ne m'appartient pas, à ce stade, de me prononcer sur telle ou telle proposition du haut-commissaire. Ce dont nous sommes convaincus aujourd'hui, c'est que, demain, le système universel sera plus juste, puisqu'il ouvrira les mêmes droits pour tous. L'équité et la justice sont les deux mots d'ordre de ce système universel des retraites : un euro cotisé vaudra la même chose pour les salariés, les fonctionnaires, les commerçants, les agriculteurs.

Plus lisible, le système universel s'adaptera aux carrières futures, chaque euro cotisé donnant des points ; il sera également plus solidaire, puisqu'il ouvrira des points lors des périodes de maladie, de congé maternité et de chômage.

La deuxième étape de la concertation s'ouvre à présent, sur la base des propositions du haut-commissaire à la réforme des retraites ; elle se fera avec les parlementaires, les partenaires sociaux et avec nos concitoyens. (Applaudissements sur les travées du groupe La République En Marche.)