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Plan anti-drogues présenté à Marseille

15e législature

Question d'actualité au gouvernement n° 0919G de M. Antoine Karam (Guyane - LaREM)

publiée dans le JO Sénat du 25/09/2019

M. Antoine Karam. Ma question s'adresse à M. le ministre de l'intérieur.

Monsieur le ministre, il y a une semaine, à Marseille, vous avez dévoilé les contours d'un nouveau plan anti-drogues destiné à réorganiser la lutte contre le trafic de stupéfiants en France.

Outre la création d'un nouvel office spécial, l'Ofast, vous avez annoncé la reconduction du plan d'action interministériel lancé en mars dernier pour renforcer la lutte contre le trafic de stupéfiants en provenance de Guyane. Pour rappel, ce trafic représenterait, selon l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies, près de 30 % du marché français, évalué entre 25 et 30 tonnes.

Dans le même temps, en Guyane, les réseaux sociaux, puis la presse, ont révélé que, le 5 août dernier, un colis contenant 8 kilos de cocaïne avait été retrouvé « par hasard » sur la coque du cargo MN Toucan, navire essentiellement dédié au transport d'éléments de la fusée Ariane entre Kourou et l'Hexagone. Je dis bien : « par hasard », puisque le colis aimanté à la coque du cargo se serait détaché seul, attirant ainsi l'attention du personnel du port de Pariacabo, qui a donné l'alerte aux autorités.

Je ne suis pas de ceux qui s'émerveillent de l'ingéniosité des trafiquants. Je suis plutôt de ceux qui s'inquiètent qu'une telle information soit découverte plus d'un mois après les faits. Je suis de ceux qui sont ahuris par le fait qu'un cargo puisse quitter un port aussi surveillé que celui de Kourou, principalement utilisé pour les besoins du Centre spatial guyanais, avec à son bord du matériel spatial et de la cocaïne !

Vous l'avez dit, monsieur le ministre, la France ne peut pas être le terrain de jeu des trafiquants. De l'autre côté de l'Atlantique, la Guyane non plus ne peut pas être un territoire où tout est permis, où tous les moyens sont bons pour faire transiter de la drogue vers l'Europe.

Monsieur le ministre, pouvez-vous préciser comment ce nouveau plan anti-drogues permettra de mieux lutter contre les trafics, de Marseille à Cayenne en passant par Paris ? Enfin, quelles mesures spécifiques entendez-vous prendre pour sécuriser les voies maritimes entre la Guyane et l'Hexagone ? (Applaudissements sur les travées du groupe La République En Marche, ainsi que sur des travées du groupe Union Centriste. – Mmes Catherine Conconne et Samia Ghali applaudissent également.)



Réponse du Secrétariat d'État auprès du ministre de l'intérieur

publiée dans le JO Sénat du 25/09/2019 - page 12403

M. Laurent Nunez, secrétaire d'État auprès du ministre de l'intérieur. Monsieur le sénateur, comme vous le savez, la lutte contre les trafics de stupéfiants en provenance de la Guyane est une priorité de Christophe Castaner, de moi-même et de l'ensemble du Gouvernement.

Nous avons créé une antenne Ocrtis à Cayenne en 2017, laquelle est désormais complètement opérationnelle. Nous avons renforcé les effectifs, implanté des officiers de liaison au Suriname et en Guyana. Nous avons lancé en mars 2019 un plan interministériel de lutte contre les trafics de « mules », ces personnes qui voyagent avec des produits stupéfiants in corpore, notamment de la cocaïne. Nous avons accru les contrôles aux aéroports de Cayenne, d'Orly, mais aussi à la frontière, à Saint-Laurent-du-Maroni, et le long du Suriname. Nous avons de nouveau augmenté les effectifs pour lutter contre ce trafic de cocaïne.

Vous avez évoqué le plan national lancé à la demande du Président de la République et du Premier ministre pour lutter contre les trafics de stupéfiants. Il intègre bien évidemment les deux mesures que je viens d'évoquer, les actions engagées depuis 2017 et le plan d'action interministériel de lutte contre le phénomène des mules en provenance de Guyane. Ce plan va permettre d'accroître la coordination entre l'ensemble des administrations concernées et les contrôles par toutes les administrations, sur terre comme sur mer, de renforcer notre réseau d'officiers de liaison dans les différents pays d'Amérique du Sud et d'Amérique centrale et d'augmenter les contrôles dans les ports d'entrée en France. Les mesures de ce plan permettront de lutter contre les trafics de stupéfiants en provenance de Guyane.

Je rappelle par ailleurs que, depuis 2016, nous avons triplé le nombre de saisies de cocaïne en Guyane. Nous sommes en effet passés de plus de 300 kilos à plus de 900 kilos entre 2016 et 2018.

Ces plans produisent d'excellents résultats, et je ne doute pas que le nouveau plan national produira les mêmes effets. Le mode opératoire que vous avez décrit, monsieur le sénateur, totalement inédit, vise à détourner les contrôles renforcés que nous mettons en place. Nous avons bien évidemment sensibilisé la gendarmerie maritime pour prévenir de nouvelles tentatives de fraude de cette manière.

Vous pouvez compter sur la détermination du Gouvernement pour lutter contre le trafic de stupéfiants en provenance de Guyane. (Applaudissements sur les travées du groupe La République En Marche, ainsi que sur des travées du groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen.)