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Injonctions gouvernementales contradictoires en matière de ressources en eau

15e législature

Question d'actualité au gouvernement n° 0950G de Mme Nadia Sollogoub (Nièvre - UC)

publiée dans le JO Sénat du 10/10/2019

Mme Nadia Sollogoub. Monsieur le président, mesdames, messieurs les ministres, mes chers collègues, les paysans étaient hier dans la rue. Ils sont dans une situation difficile et multifactorielle dont ils ne voient pas l'issue. Ils sont coincés entre des forces contraires. On leur demande plus de qualité, mais avec chaque jour plus de contraintes. La loi pour l'équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine et durable, ou loi Égalim, devait leur permettre de gagner leur vie, et les cours se sont effondrés.

On leur demande d'être exemplaires, sans craindre des concurrents qui le seraient moins ; on leur demande de nous nourrir, et on les suspecte de nous empoisonner. Et maintenant, cette terrible sécheresse achève de les mener au désespoir.

De nouveau, des forces contradictoires se manifestent.

D'un côté, il y a vous, monsieur le ministre de l'agriculture, que j'ai entendu dire : « on ne peut pas regarder l'eau tomber pendant six mois et la chercher les six autres mois de l'année. » De l'autre côté, sur le terrain, les instructions du ministère de la transition écologique et solidaire tendent à faire démonter tous les seuils, à interdire les retenues d'eau, et même le nettoyage des points d'eau qui permettraient simplement d'abreuver les animaux.

Monsieur le ministre, les paysans vont très mal ; ils ne peuvent pas, en plus, se trouver coincés entre des injonctions contradictoires.

Ma question porte sur un point précis : pour se préparer à la prochaine sécheresse, qui interviendra peut-être dans quelques mois, doit-on retenir l'eau ou la laisser s'écouler ? (Applaudissements sur les travées des groupes UC et Les Républicains.)



Réponse du Ministère de l'agriculture et de l'alimentation

publiée dans le JO Sénat du 10/10/2019 - page 12930

M. Didier Guillaume, ministre de l'agriculture et de l'alimentation. Madame la sénatrice, comme avec le sénateur Cabanel tout à l'heure, je crois que nous sommes tous d'accord pour partager le constat que vous faites de la situation actuelle.

Sur l'eau, il n'y a aucun problème, aucune différence, aucune divergence entre le ministère de la transition écologique et solidaire et le ministère de l'agriculture et de l'alimentation (Exclamations ironiques sur les travées du groupe Les Républicains.), pour la simple raison…

M. Jean Bizet. Ce n'est pas clair !

M. Didier Guillaume, ministre. Mais je vais répondre très clairement, et vous le savez, monsieur Bizet.

Tout simplement, M. le Premier ministre a arbitré, et les services de l'État doivent mettre en œuvre ce qui a été arbitré. Vous le savez, madame la sénatrice, vous que je sais très investie dans ce domaine.

Non, on ne peut pas regarder l'eau tomber du ciel pendant six mois, et la chercher les six autres mois de l'année.

On sait très bien que le réchauffement climatique va continuer et que, si nous voulons que l'agriculture française soit résiliente, il faudra qu'elle soit irriguée. C'est la position de tout le Gouvernement. En même temps, on ne peut pas faire tout et n'importe quoi. (M. Bruno Sido s'exclame.)

À cet égard, je veux encore une fois saluer les agriculteurs, qui, en dix ans, ont dépensé 30 % d'eau en moins pour irriguer leurs cultures. Voilà l'innovation !

Pour l'année 2020, nous avons annoncé la possibilité de créer 60 retenues d'eau sur le territoire national, pour ne pas aller au-delà de la substitution et pouvoir retenir l'eau au moment où elle tombe, et la restituer en période de sécheresse. Si nous avions fait cela ces dernières années – je rappelle que les retenues d'eau sont interdites depuis vingt ans (M. François Bonhomme s'exclame.) –, dans le Massif central, où j'étais la semaine dernière, les bêtes auraient pu rester sur leurs prairies. (Applaudissements sur les travées du groupe LaREM. – M. Jean-Marc Gabouty applaudit également.)

M. le président. La parole est à Mme Nadia Sollogoub, pour la réplique.

Mme Nadia Sollogoub. Merci, monsieur le ministre. Ce sont bien les chiffres que j'avais. On parle de 60 retenues d'eau pour toute la France, c'est-à-dire pas même une par département. Sans mauvais jeu de mots, c'est une goutte d'eau.

Ce qui serait très intéressant, mais vous m'avez rassurée sur ce point, ce serait de savoir si le ministre de la transition écologique et solidaire, saisi de la même question, me ferait la même réponse ! (Sourires.)

En tout cas, je suis très heureuse que vous m'ayez répondu dans ce sens. Je suis rassurée et convaincue, monsieur le ministre, qu'il faut vous laisser continuer d'avancer sur ce point. Faute de quoi, nous allons tuer notre agriculture à coups de paperasse, ce qui ne cache peut-être qu'une incapacité à se mettre d'accord ! (Applaudissements sur les travées des groupes UC et Les Républicains.)