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Port du voile

15e législature

Question d'actualité au gouvernement n° 0966G de Mme Jacqueline Eustache-Brinio (Val-d'Oise - Les Républicains)

publiée dans le JO Sénat du 17/10/2019

Mme Jacqueline Eustache-Brinio. Ma question s'adresse à M. le Premier ministre.

Monsieur le Premier ministre, je souhaite vous interroger à partir de mon expérience, celle d'une élue qui a vu progresser dans nos quartiers le communautarisme (Exclamations sur les travées des groupes SOCR et CRCE.), qui a vu les jeunes femmes se mettre à porter le voile sous la pression, alors que leurs mères s'en étaient libérées.

Le voile, en 2019, n'est pas anodin, et nous aurions tort de considérer qu'il n'est que l'expression d'une pratique religieuse. D'ailleurs, beaucoup de femmes musulmanes, dans notre pays, ne le portent pas.

Le voile est trop souvent le symbole d'un islam politique, qui considère la femme comme un « objet soumis » plus que comme un « individu émancipé », pour reprendre un qualificatif cher au Président de la République. Nous aurions tort de baisser les yeux et de ne pas voir que le port de signes religieux ostentatoires dans le cadre des sorties scolaires est un instrument de prosélytisme et parfois même de provocation. L'école de la République doit montrer aux petites filles qu'elle ne transige pas avec les principes de laïcité et d'égalité.

Or, sur cette question centrale du respect de la laïcité et de la neutralité religieuse des adultes intervenant dans le cadre de l'école hors les murs, la majorité et le Gouvernement se divisent.

Vous avez tenté, monsieur le Premier ministre, de désamorcer les querelles au sein de votre majorité, mais, une fois de plus, vous avez, en définitive, baissé les bras. Vous ne cessez de dire qu'il faut lutter contre le communautarisme et, en même temps, vous ne cessez de renoncer à agir. Ce n'est pas l'ambiguïté qui contribuera au réarmement moral de notre pays (Exclamations sur des travées des groupes SOCR et CRCE.) et au respect des principes qui font la France et qui unissent les Français.

Monsieur le Premier ministre, pouvez-vous nous dire exactement ce que le Gouvernement compte faire vraiment pour lutter contre la communautarisation de notre société et faire respecter les principes de notre République laïque et indivisible ? (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)


Mme Éliane Assassi. Attendez le débat sur votre proposition de loi !



Réponse du Ministère de l'éducation nationale et de la jeunesse

publiée dans le JO Sénat du 17/10/2019 - page 13269

M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse. Madame la sénatrice Eustache-Brinio, je vous remercie de votre question, qui porte sur un sujet important : la République. Nous sommes tous très heureux, me semble-t-il, d'avoir en commun l'héritage républicain ; il est ce qui nous unit tous ensemble et ce qui fonde notre contrat social. Nous sommes aussi tous très heureux du principe de laïcité. C'est un trésor qui nous vient de la IIIe République. Cet héritage est extrêmement précieux, d'autant plus qu'il est un outil pour le XXIe siècle.

La laïcité est on ne peut plus moderne ; elle nous est très utile : dans la société d'aujourd'hui, en effet, nous avons besoin d'une République une, de citoyens égaux. Ce point est très important – c'est ce qui nous différencie d'autres pays, y compris de pays voisins. La société anglaise, par exemple, est une société communautariste, avec les dangers que cela représente.

Oui, vous avez raison, donc : la République et la laïcité sont nos outils d'organisation.

Sur le sujet particulier que vous évoquez, qui n'est pas le seul sujet à traiter, tant s'en faut, en matière de laïcité – beaucoup de gens insistent sur celui-là de manière privilégiée, alors que d'autres sont plus importants (Mme Patricia Schillinger applaudit.) –, on doit d'abord éviter la confusion. Je retrouve mélangées, dans le débat public, des choses très différentes.

D'abord, il y a la radicalisation, contre laquelle le Gouvernement lutte. C'est un sujet très important, sur lequel le Président de la République s'est exprimé en des termes fermes, vous le savez.

Ensuite, il y a la lutte contre le communautarisme, ce dont je viens de parler : l'enjeu républicain d'une société de citoyens égaux veillant en particulier à l'égalité entre les hommes et les femmes.

Enfin, il y a la laïcité, qui s'applique évidemment à toutes les religions et qui est notre bien précieux, parce qu'elle nous permet à tous de vivre ensemble. L'école est la matrice de cette laïcité, et nous devons à chaque enfant, dans sa vie quotidienne, la neutralité politique et religieuse.

La question des sorties scolaires est un enjeu hybride, parce qu'il y va de l'enfant en dehors de l'école, mais dans un cadre qui, en effet, est scolaire. Je l'ai dit, nous ne souhaitons pas une loi, parce qu'une loi créerait plus de problèmes que de solutions : elle serait contre-productive, y compris eu égard à l'enjeu républicain qui consiste à scolariser tous les enfants et à faire en sorte que tous les parents se sentent bienvenus à l'école de la République. En revanche, je l'ai dit aussi, et c'est le sens de l'expression que j'ai utilisée, le voile n'est pas souhaitable. Nous ne souhaitons pas que ce soit un élément qui puisse être interprété comme du prosélytisme dans ces sorties scolaires.

Mme Éliane Assassi. Ce n'est pas ça, le prosélytisme !

M. Jean-Michel Blanquer, ministre. Et nous sommes capables de mettre en œuvre cette exigence concrètement. (MM. Jean Bizet et Bruno Sido s'exclament.)

Tout cela me rappelle un adage latin, qui nous vient de la République romaine : in medio stat virtus.

M. le président. Il va falloir conclure !

M. Jean-Michel Blanquer, ministre. On peut traduire « virtus » de deux façons : c'est la vertu, mais c'est aussi le courage. (Applaudissements sur les travées des groupes LaREM, RDSE et Les Indépendants.)

M. le président. La parole est à Mme Jacqueline Eustache-Brinio, pour la réplique.

Mme Jacqueline Eustache-Brinio. Je n'ai rien entendu de très concret, mais je ne peux pas croire que, aujourd'hui, vous puissiez rater une occasion de faire montre d'une réelle volonté de lutter contre les velléités de l'islamisme en France, alors que deux Français sur trois sont prêts à soutenir la proposition de loi interdisant le port du voile pendant les sorties scolaires. Franchement, je trouve qu'il y a là un manque de courage ! (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)